Dimanche 06 décembre 2015 : 2° Dimanche de l'Avent
1° Livre de Baruch 5,1-9 :
Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours, enveloppe-toi dans le manteau de la justice de Dieu, mets sur ta tête le diadème de la gloire de l’Éternel. Dieu va déployer ta splendeur partout sous le ciel, car Dieu, pour toujours, te donnera ces noms : « Paix-de-la-justice » et « Gloire-de-la-piété-envers-Dieu ». Debout, Jérusalem ! tiens-toi sur la hauteur, et regarde vers l’orient : vois tes enfants rassemblés du couchant au levant par la parole du Dieu Saint ; ils se réjouissent parce que Dieu se souvient. Tu les avais vus partir à pied, emmenés par les ennemis, et Dieu te les ramène, portés en triomphe, comme sur un trône royal. Car Dieu a décidé que les hautes montagnes et les collines éternelles seraient abaissées, et que les vallées seraient comblées : ainsi la terre sera aplanie, afin qu’Israël chemine en sécurité dans la gloire de Dieu. Sur l’ordre de Dieu, les forêts et les arbres odoriférants donneront à Israël leur ombrage ; car Dieu conduira Israël dans la joie, à la lumière de sa gloire, avec sa miséricorde et sa justice.
2° Psaume 126(125),1-2ab.2cd-3.4-5.6 :
Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion, nous étions comme en rêve !
Alors notre bouche était pleine de rires, nous poussions des cris de joie.
Alors on disait parmi les nations : « Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! »
Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous : nous étions en grande fête !
Ramène, Seigneur, nos captifs, comme les torrents au désert.
Qui sème dans les larmes moissonne dans la joie.
Il s'en va, il s'en va en pleurant, il jette la semence ;
Il s'en vient, il s'en vient dans la joie, il rapporte les gerbes.
3° Lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens 1,4-6.8-11 :
Frères, à tout moment, chaque fois que je prie pour vous tous, c’est avec joie que je le fais, à cause de votre communion avec moi, dès le premier jour jusqu’à maintenant, pour l’annonce de l’Évangile. J’en suis persuadé, celui qui a commencé en vous un si beau travail le continuera jusqu’à son achèvement au jour où viendra le Christ Jésus. Oui, Dieu est témoin de ma vive affection pour vous tous dans la tendresse du Christ Jésus. Et, dans ma prière, je demande que votre amour vous fasse progresser de plus en plus dans la pleine connaissance et en toute clairvoyance pour discerner ce qui est important. Ainsi, serez-vous purs et irréprochables pour le jour du Christ, comblés du fruit de la justice qui s’obtient par Jésus Christ, pour la gloire et la louange de Dieu.
4° Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 3,1-6 :
L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode étant alors au pouvoir en Galilée, son frère Philippe dans le pays d’Iturée et de Traconitide, Lysanias en Abilène, les grands prêtres étant Hanne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, le fils de Zacharie. Il parcourut toute la région du Jourdain, en proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés, comme il est écrit dans le livre des oracles d’Isaïe, le prophète : « Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les chemins rocailleux seront aplanis; et tout être vivant verra le salut de Dieu. »
5° Commentaire du jour : Origène1: « Préparez le chemin du Seigneur » :
Il est écrit au sujet de Jean : « Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers ». Mais la suite concerne uniquement le Seigneur notre Sauveur. Car ce n'est pas Jean qui a « comblé toute vallée », mais le Seigneur notre Sauveur. Que chacun considère ce qu'il était avant d'avoir la foi : il constatera qu'il était une vallée profonde, en pente, plongeant dans les abîmes. Mais le Seigneur Jésus est venu et a envoyé l'Esprit Saint à sa place ; alors « toute vallée a été comblée ». Elle a été comblée avec les bonnes œuvres et les fruits du Saint Esprit. La charité ne laisse pas subsister en toi de vallée et, si tu possèdes la paix, la patience et la bonté, non seulement tu cesseras d'être vallée, mais tu commenceras à devenir montagne de Dieu ... « Toute montagne et toute colline seront abaissées. » Dans ces montagnes et ces collines abaissées, on peut voir les puissances ennemies qui se dressaient contre les hommes. En effet pour que les vallées dont nous parlons soient comblées, les puissances ennemies, montagnes et collines, devront être abaissées. Mais voyons si la prophétie suivante concernant l'avènement du Christ s'est accomplie. De fait, le texte poursuit : « Et tout ce qui était tortueux deviendra droit ». Chacun de nous était tortueux — si du moins il s'agit de ce qui était autrefois et non de ce que nous restons encore aujourd'hui — et la venue du Christ qui s'accomplit jusqu'en notre âme a redressé tout ce qui était tortueux ... Prions pour que chaque jour son avènement s'accomplisse en nous et que nous puissions dire : « Je vis, mais ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20).
6° Jean le Baptiste : prophète de la miséricorde, par Mgr Follo2 :
1 Jean3 : Une voix à écouter pour rencontrer Jésus
Dans le passage d’Évangile proposé pour ce IIe dimanche de l’Avent, temps d’attente, de préparation pour accueillir le Dieu qui vient, saint Luc situe la vie de Jean le Baptiste dans l’histoire du peuple d’Israël, pour mettre en lumière l’accomplissement de la promesse de Dieu d’envoyer le Messie. Cet évangéliste établit un parallèle très étroit entre Jésus et son précurseur Jean, construisant dans les deux premiers chapitres de son livre des diptyques où il présente alternativement Jésus et Jean le Baptiste dans leur enfance. Le parallèle continue aussi dans le récit de la vie publique, avec une attention précise : quand la scène est occupée par Jésus, Jean disparaît. Luc veut souligner aussi de cette façon qu’avec Jésus commence un temps nouveau, celui du salut que Jean avait la tâche d’introduire.
En nous présentant la figure de Jean, le Précurseur et « celui qui baptise », la liturgie de l’Avent nous enseigne qu’à l’homme en marche correspond la venue de Dieu et la rencontre, par la foi, se fait dans la chair du Christ. Nous sommes invités, par la voix du prophète Jean, à préparer le chemin du Seigneur. Il ne s’agit plus d’un chemin dans le désert qui doit être ouvert, mais de la route du cœur de chacun qui doit s’ouvrir à Dieu qui va venir. Laissons-nous donc guider par la Voix qui nous indique la Parole de miséricorde (« Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde »). « Il est très doux, ce nom de « miséricorde », frères bien-aimés, mais si le nom est déjà doux, combien plus l’est la réalité elle-même. Bien que tous veuillent que l’on use de miséricorde à leur égard, tous ne se comportent pas de façon à la mériter. Alors que tous veulent que leur soit fait miséricorde, peu nombreux sont ceux qui en usent envers les autres. Ô homme, avec quel courage oses-tu demander ce que tu te refuses à accorder aux autres ? Qui désire obtenir la miséricorde au ciel doit l’accorder sur cette terre. Puisque, donc, nous tous, très chers frères, nous désirons que nous soit fait miséricorde, cherchons à en faire notre protectrice en ce monde, pour qu’elle soit notre libératrice dans l’autre » (saint Césaire d’Arles, Discours 25, Notre traduction).
Pour bien vivre cet Avent, pendant lequel – le 8 décembre – s’ouvrira l’Année de la miséricorde, prenons au sérieux l’invitation de saint Jean, prophète de la miséricorde, qui proclame le pardon et qui crie (le texte grec emploie le mot kerisso qui veut dire « hurler, dire à haute voix ») : « Préparez le chemin du Seigneur » (Is 40,3 ; Lc 3,4), qui vient pardonner comme l’Agneau qui enlève les péchés du monde. « Préparez le chemin du Seigneur » est pour nous un « commandement » de regarder notre vie, d’orienter (convertir) notre vie au Seigneur Jésus qui vient à Noël, de même qu’il vient tous les jours jusqu’à la fin de la vie de chacun et qu’il viendra à la fin de l’histoire des hommes.
« Préparez le chemin du Seigneur » est une « invitation » à imiter la figure de Jean-Baptiste, qui prépare le chemin du Seigneur en demandant aux gens avec force de se convertir, c’est-à-dire d’orienter leur vie vers le Seigneur Jésus. Il n’y a pas de conversion personnelle qui ne devienne aussi une invitation adressée aux autres : l’expérience personnelle pousse à y faire participer tout le monde parce que ce qui est beau doit être partagé. En partageant Celui qui vient, la poussière d’histoire que sont nos petites vies devient l’histoire même de Dieu et tout homme verra son salut. C’est seulement ainsi que nous deviendrons les témoins et les annonciateurs d’une présence forte, bouleversante, engageante du Seigneur Jésus. Chacun de nous doit devenir la voix de la Parole qu’est Jésus, prenant au sérieux le commandement : « Préparez le chemin du Seigneur. » Ce qui veut dire : préparez des routes où résonne la Parole, multipliez les chemins pour écouter la Parole, préparez le chemin à la Parole qui se fait chair.
2) Dans le désert pour préparer la rencontre avec le Dieu qui vient
Mais où aller pour pouvoir entendre la Parole (le Verbe) prononcée par la Voix et pour écouter le témoin de la lumière et de la miséricorde ? En regardant la figure de Jean le Précurseur, la réponse est : « Dans le désert », parce que c’est là que prêche le Baptiste. C’est pourquoi l’Église fait sien le cri de l’Écriture sainte : « Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur » (Is 40,3). Désert (en hébreu midebar) veut dire « ce qui vient du Verbe ». Sur le plan géographique, le désert de la Terre sainte est une région montagneuse, avec une végétation rare, peu habitée, lieu des pasteurs, des bandits et des ermites (éremos, en grec, veut dire « lieu solitaire, désertique »). Mais dans la Bible, le désert est un lieu par lequel il faut passer. Que l’on pense à l’exode des Hébreux sortant d’Égypte. On ne peut rejoindre nulle part, aucune terre promise si l’on n’a pas le courage et la force d’affronter son propre désert. Cela a été un passage nécessaire après la libération d’Égypte (Ex 5,1 ; 13,17-21), et celle de Babylone (Is 40,3) ; cela a été un lieu nécessaire pour Moïse (Ex 3), pour Élie (1 R 19), pour Paul (Ga 1,17) et pour Jésus (Lc 4,1-13). Plus qu’un lieu physique, le désert4[2] est le lieu du cœur (« Je te conduirai au désert et là je parlerai à ton cœur », cf. Os 2,16), une dimension de la vie.
Le désert est le lieu où il est possible de simplifier sa vie. Le désert, lieu du choix radical, où toutes les idoles (pouvoir, succès, popularité, orgueil, richesse) meurent, où la relation entre Dieu, l’homme et la terre se purifie, lieu où l’homme accepte de parcourir le chemin avec Dieu, en ne s’appuyant que sur lui. Dans le désert, l’homme expérimente une solitude, mais qui n’est pas sa propre fin mais la condition à laquelle Dieu nous conduit pour que nous puissions mieux écouter sa voix qui parle toujours à notre cœur (cf. supra Os 2,16). Dans le désert, Jean-Baptiste dit avec fermeté : « Convertissez-vous », un verbe qui, en grec, se dit de deux façons. L’une, epistréfo = « se tourner vers », qui indique le retour à Dieu, par conséquent la conversion religieuse, retourner au temple, aux pratiques religieuses. L’autre, celui qui est employé aujourd’hui dans l’Évangile, signifie « changer de mentalité » (metanoéo), il implique un changement de comportement. L’invitation au changement, à la conversion est motivée par le fait que Dieu est proche, Jésus arrive.
Noël est proche : rénovons les chemins, redressons les voies tordues de l’égoïsme et de l’orgueil, en laissant la place à la voie de la charité, la seule capable de préparer vraiment à la rencontre. Préparer le chemin du Seigneur, c’est restructurer le chemin du cœur qui permet de « discerner ce qui est important. Ainsi, serez-vous purs et irréprochables pour le jour du Christ » (Ph 1,10).
- Préparer le chemin du Seigneur signifie renoncer au péché, à la méchanceté et à la jalousie.
- Préparer le chemin du Seigneur signifie recevoir le baptême de pénitence, mendier la miséricorde pour recevoir le pardon de ses péchés.
Enfin, en cette Année de la miséricorde qui s’ouvre précisément le jour consacré à l’Immaculée, préparer le chemin du Seigneur, c’est imiter la Vierge Marie qui a préparé le chemin du Seigneur dans la prière, le silence, la charité envers son prochain, à travers sa pleine disponibilité. Demandons la grâce de Dieu par l’intercession de la Vierge immaculée pour pouvoir préparer notre cœur et notre esprit afin qu’ils soient dignes d’accueillir Jésus, « visage de la miséricorde du Père » (pape François). Dans cette façon mariale de préparer le chemin, les vierges consacrées dans le monde nous sont un exemple. Par leur « oui » au Christ, elles imitent la Vierge Marie, Mère de miséricorde, de vie, de douceur et notre espérance. Dans un silence du cœur attentif, ces femmes consacrées accueillent dans la prière la richesse de la Parole divine. En cultivant l’amour du Christ, elles aiment la vie et se mettent au service de celui qui mendie la vie. Je leur souhaite que, par l’intercession de la Mère de miséricorde, elles répondent à l’appel de leur époux, Jésus, à être lumière du monde et sel de la terre (cf. Mt 5,13-14), à ne jamais manquer à leur sublime vocation, sans céder à la fascination trompeuse du monde, en préservant leur chasteté. Que la Mère de la miséricorde leur concède de refléter son amour maternel, afin qu’elles deviennent d’authentiques mères spirituelles. Dans l’adhésion à Dieu comme seul Bien absolu et insubstituable, elles s’ouvrent aux nécessités et aux souffrances des frères et elles persévèrent avec toutes les dimensions de la personne – l’âme, le cœur et aussi le corps – dans l’attente vigilante et fructueuse du seul Epoux et Seigneur de leur propre vie (cf. Rite de la Consécration des Vierges, Projet d’Homélie, n. 29 ; Rites explicatifs, n. 39-40).
Lecture Patristique : Origène (+ 253)Homélies sur saint Luc, 21. SC 87, 292-299
La parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, fils de Zacharie, et il parcourait toute la région du Jourdain (Lc 3,2-3). Ce sont évidemment ces lieux proches du Jourdain que Jean devait parcourir : ainsi celui qui voulait faire pénitence pourrait facilement être plongé dans l'eau. Le nom de "Jourdain" signifie : "celui qui descend." Le fleuve de Dieu "qui descend" avec la puissance d'un flot abondant, c'est le Sauveur, notre Seigneur, en qui nous sommes baptisés dans l'eau véritable, dans l'eau du salut.
Jean Baptiste prêche un baptême pour le pardon des péchés (Lc 3,4) : "Venez, catéchumènes, faites pénitence afin de recevoir le baptême pour le pardon des péchés. Il reçoit ce baptême pour le pardon des péchés, celui qui cesse d'en commettre. Mais celui qui vient au baptême en demeurant dans le péché, ses péchés ne lui sont pas pardonnés. Ainsi, je vous en conjure, ne venez pas au baptême sans réflexion et examen attentif : donnez d'abord des fruits qui expriment votre conversion (Lc 3,8). Ayez pendant quelque temps une conduite honorable, gardez-vous purs de toutes les souillures et de tous les vices, et vous recevrez le pardon de vos péchés quand vous aurez commencé vous-mêmes à mépriser vos propres péchés. Quittez ces fautes, et l'on vous en tiendra quittes. La citation de l'Ancien Testament, qui est alléguée ensuite, se lit chez le prophète Isaïe : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers (cf. Is 40,3). Quel chemin allons-nous préparer pour le Seigneur ? Un chemin matériel ? Mais la Parole de Dieu suit-elle un pareil chemin ? Ou faut-il préparer au Seigneur une route intérieure, et ménager dans notre cœur des sentiers droits et unis ? Tel est le chemin par lequel est entré le Verbe de Dieu qui s'installe dans le cœur humain, capable de l'accueillir.
Il est grand le cœur de l'homme, il est spacieux et hospitalier, pourvu qu'il soit pur. Voulez-vous connaître son ampleur et sa largeur ? Voyez quelle abondance de connaissances divines il peut embrasser ! Il le dit lui-même : Il m'a donné une connaissance exacte du réel. Il m'a appris la structure de l'univers et l'activité des éléments, le commencement, la fin et le milieu des temps, les alternances des solstices et les changements de saisons, les cycles de l'année et les positions des astres, les natures des animaux et les humeurs des bêtes sauvages, les impulsions violentes des esprits et les pensées des hommes, les variétés des plantes et les vertus des racines (Sg 7,17-23). Vous voyez qu'il n'est pas petit, le cœur des hommes, pour embrasser tant de choses ! Entendez cette grandeur non de ses dimensions physiques, mais de la puissance de sa pensée, capable d'embrasser une aussi grande connaissance de la vérité. Pour amener tous les gens simples à reconnaître la grandeur du cœur humain, j'apporterai quelques exemples familiers. Toutes les villes que nous avons traversées, nous les gardons dans notre esprit : leurs caractéristiques, la situation des places, des remparts et des édifices demeurent dans notre cœur. Le chemin que nous avons parcouru, nous le conservons dessiné et inscrit dans notre mémoire ; la mer où nous avons navigué, nous la contenons dans notre pensée silencieuse. Je le répète, il n'est pas petit le cœur qui peut embrasser tant de choses ! Et s'il n'est pas petit pour embrasser tant de choses, on peut bien y préparer le chemin du Seigneur et rendre droit son sentier, pour que puisse y marcher celui qui est la Parole et la Sagesse. Préparez le chemin du Seigneur par une conduite honorable, par des œuvres excellentes ; aplanissez le sentier afin que le Verbe de Dieu marche en vous sans rencontrer d'obstacle et vous donne la connaissance de ses mystères et de son avènement, lui à qui appartiennent la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen (1P 4,11).
Lecture patristique : Saint Grégoire le Grand (VIe-VIIe siècle) Hom., 20, 1-7
La quinzième année du règne de Tibère César, Ponce Pilate étant procurateur de la Judée, Hérode, tétrarque de Galilée, Philippe, son frère, tétrarque d’Iturée et de Trachonitide, Lysanias, tétrarque d’Abilène, sous les grands-prêtres Anne et Caïphe, la parole du Seigneur fut adressée à Jean, fils de Zacharie, dans le désert. Et il vint dans toute la région du Jourdain, prêchant un baptême de pénitence pour la rémission des péchés, comme il est écrit dans le livre des oracles du prophète Isaïe : «Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Toute vallée sera comblée, toute montagne ou colline sera abaissée. Les chemins tortueux deviendront droits, et les raboteux seront aplanis. Et toute chair verra le salut de Dieu.»
Il disait aux foules qui venaient se faire baptiser par lui : « Race de vipères, qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Faites donc de dignes fruits de pénitence, et n’essayez pas de dire en vous-mêmes : “Nous avons Abraham pour père.” Car je vous l’affirme, de ces pierres mêmes, Dieu peut faire des enfants d’Abraham. Déjà la cognée est à la racine de l’arbre. Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. » Et les foules lui demandaient : « Que devons-nous donc faire ? » Il leur répondait : « Que celui qui a deux tuniques en donne une à celui qui n’en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même. »
Le temps où le précurseur de notre Rédempteur reçut la parole de sa prédication est désigné par la mention du chef de l’Etat romain et des rois de Judée : « La quinzième année du règne de Tibère César, Ponce Pilate étant procurateur de la Judée, Hérode, tétrarque de Galilée, Philippe, son frère, tétrarque d’Iturée et de Trachonitide, Lysanias, tétrarque d’Abilène, sous les grands-prêtres Anne et Caïphe, la parole du Seigneur fut adressée à Jean, fils de Zacharie, dans le désert. » Puisque Jean-Baptiste venait annoncer celui qui devait racheter quelques Juifs et beaucoup de païens, le temps de sa prédication est désigné par la mention de l’empereur des païens et des princes des Juifs. Mais parce que les païens devaient être réunis, et les Juifs dispersés à cause de leur incroyance, cette description du gouvernement du monde indique qu’un chef unique était à la tête de l’Etat romain, alors que le royaume de Judée, partagé en quatre, était gouverné par plusieurs princes. Notre Rédempteur n’a-t-il pas dit : « Tout royaume divisé contre lui-même court à sa ruine » (Lc 11, 17). Il est donc clair que celui de Judée était arrivé au terme de son existence comme royaume, puisqu’il était divisé entre tant de rois. C’est encore bien à propos que cet évangile ne nous dit pas seulement sous quels rois, mais aussi sous quels prêtres ces faits se produisirent. Jean-Baptiste annonçait celui qui devait être à la fois Roi et Prêtre ; c’est pourquoi l’évangéliste Luc situe le temps de la prédication de Jean en référence aux autorités royales et sacerdotales.
2. « Et il vint dans toute la région du Jourdain, prêchant un baptême de pénitence pour la rémission des péchés. » Il est évident pour tous les lecteurs que Jean n’a pas seulement prêché le baptême de pénitence, mais qu’il l’a aussi administré à certains, sans pouvoir toutefois conférer par ce baptême la rémission des péchés. En effet, la rémission des péchés nous est accordée par le seul baptême du Christ. Aussi faut-il remarquer qu’il est dit : « Prêchant un baptême de pénitence pour la rémission des péchés », car ne pouvant administrer le baptême qui remet les péchés, il l’annonçait. De même que la parole de sa prédication était l’avant-coureur de la Parole du Père faite chair, ainsi son baptême, par lequel les péchés ne pouvaient être remis, devait être l’avant- coureur du baptême de pénitence, par lequel les péchés sont remis ; et de même que sa parole était l’avant-coureur de la personne du Rédempteur, ainsi son baptême, précédant celui du Seigneur, devait être l’ombre de la vérité.
3. Le texte poursuit : « Comme il est écrit dans le livre des oracles du prophète Isaïe : “Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers” (Is 40, 3). » Interrogé sur ce qu’il était, Jean-Baptiste répondit : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert » (Jn 1, 23). Comme nous venons de le dire, s’il fut appelé « la voix » par le prophète, c’est qu’il précédait la Parole. La suite nous révèle ce qu’il criait : « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. » Tous ceux qui prêchent la foi droite et les bonnes œuvres, que font-ils d’autre que préparer le chemin au Seigneur qui vient dans les cœurs de ceux qui les écoutent ? Leur dessein est que la force de la grâce pénètre ces cœurs, et que la lumière de la vérité les éclaire ; ils veulent rendre droits les sentiers du Seigneur, en suggérant aux âmes des pensées pures par leur bonne prédication. « Toute vallée sera comblée, toute montagne ou colline sera abaissée. » Que désignent ici les vallées, sinon les humbles, et les montagnes ou les collines, sinon les orgueilleux ? A la venue du Rédempteur, les vallées ont donc été comblées, et les montagnes ou les collines abaissées, parce que, suivant sa parole, « tous ceux qui s’élèvent seront abaissés, et tous ceux qui s’abaissent seront élevés » (Lc 14, 11). Oui, la vallée est comblée et son niveau s’élève, tandis que la montagne ou la colline est abaissée et que son niveau descend : par leur foi au Médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ fait homme (cf. 1 Tm 2, 5), les païens ont reçu la plénitude de la grâce, tandis que les Juifs, en s’écartant de la vérité par leur refus de croire, ont perdu cela même qui faisait leur orgueil. Toute vallée sera comblée, car les cœurs des humbles, recevant la doctrine sacrée de l’Ecriture, seront remplis de la grâce des vertus, selon ce qui est écrit : « Il fait jaillir des sources dans les vallées » (Ps 104, 10), et aussi : « Les vallées regorgeront de froment » (Ps 65, 14). L’eau s’écoule du haut des montagnes, c’est-à-dire que la doctrine de vérité abandonne les esprits orgueilleux ; mais les sources naissent dans les vallées, en ce sens que les esprits humbles reçoivent la parole de la prédication. Que les vallées regorgent de froment, nous le voyons et le constatons déjà, puisque tant d’hommes doux et simples, qui paraissaient méprisables à ce monde, ont été comblés à satiété de l’aliment de la vérité.
4. Ayant reconnu de quelle admirable sainteté Jean-Baptiste était investi, le peuple voyait en lui cette montagne d’une hauteur et d’une fermeté incomparables, dont il est écrit : « A la fin des jours, la montagne de la maison du Seigneur sera affermie au sommet des montagnes » (Mi 4, 1). Car on pensait que Jean était le Christ, ainsi que le rapporte l’Evangile : « Comme le peuple était dans l’attente et que tous se demandaient dans leur cœur, au sujet de Jean, s’il n’était pas le Christ, ils l’interrogèrent : “Serais-tu le Christ ?” » (cf. Lc 3, 15). Mais si Jean ne s’était pas considéré comme une vallée, il n’aurait pas été rempli de l’esprit de grâce. Et pour bien montrer ce qu’il était, il déclara : « Un plus fort que moi vient après moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de sa sandale » (Mc 1, 7). Il dit ailleurs : « Celui qui a l’épouse est l’époux, mais l’ami de l’époux, qui se tient là et l’écoute, se réjouit d’une grande joie à la voix de l’époux. Ainsi, ma joie est complète. Il faut qu’il croisse et que je diminue » (Jn 3, 29-30). Voyez : alors que Jean se montrait d’une vertu si extraordinaire dans ses œuvres qu’on le prenait pour le Christ, il répondit non seulement qu’il n’était pas le Christ, mais même qu’il n’était pas digne de délier la courroie de sa sandale, c’est-à-dire de sonder le mystère de son Incarnation. Ceux qui le prenaient pour le Christ croyaient aussi que l’Eglise était son épouse ; mais il affirma : « Celui qui a l’épouse est l’époux. » C’est comme s’il avait dit : « Je ne suis pas l’époux, mais l’ami de l’époux. » Et il déclarait se réjouir, non pas du fait de sa propre voix, mais à la voix de l’époux. En effet, ce qui réjouissait son cœur, ce n’était pas que le peuple écoute sa parole avec humilité, mais que lui-même entende au-dedans la voix de la Vérité qui le faisait parler au-dehors. C’est ce qu’il appelle justement une joie complète ; car celui qui se réjouit de sa propre voix n’a pas une joie parfaite.
5. Le Précurseur ajoute encore ceci : « Il faut qu’il croisse et que je diminue. » Ici, il faut se demander en quoi le Christ a crû, en quoi Jean a diminué. Ne serait-ce pas que le peuple, voyant l’austérité de Jean et le considérant éloigné des hommes, pensait qu’il était le Christ, alors qu’apercevant le Christ lui-même mangeant avec les publicains et circulant au milieu des pécheurs, il croyait qu’il n’était pas le Christ, mais un prophète ? Mais lorsqu’au bout d’un certain temps, le Christ, qu’on pensait être un prophète, fut reconnu comme étant le Christ, tandis que Jean, qu’on croyait être le Christ, se découvrit n’être qu’un prophète, ce que le Précurseur avait dit du Christ se réalisa : « Il faut qu’il croisse et que je diminue. » Dans l’opinion du peuple, en effet, le Christ a grandi en étant reconnu pour ce qu’il était, et Jean a baissé en cessant d’être dit ce qu’il n’était pas. Ainsi, puisque Jean a persévéré dans la sainteté pour être demeuré dans l’humilité du cœur, alors que beaucoup d’autres sont tombés pour s’être gonflés de pensées d’orgueil, c’est à bon droit qu’on dit : « Toute vallée sera comblée, toute montagne ou colline sera abaissée. » Car les humbles reçoivent le don que repoussent les cœurs orgueilleux.
6. Le texte poursuit : « Les chemins tortueux deviendront droits, et les raboteux seront aplanis. » Les chemins tortueux deviennent droits quand les cœurs des méchants, que l’injustice a tordus, sont ramenés à la rigueur d’une droite justice. Et les chemins raboteux sont aplanis lorsque les esprits violents et colériques redeviennent doux et bons par l’infusion de la grâce céleste. En effet, quand un esprit colérique n’accueille pas la parole de vérité, c’est comme si un chemin raboteux détournait les pas du marcheur. Mais lorsque cet esprit colérique, ayant reçu une grâce de bonté, accueille la parole de réprimande ou d’exhortation, le prédicateur trouve une route aplanie au lieu du chemin raboteux qui l’empêchait auparavant d’avancer, c’est-à-dire de poser le pied de sa prédication.
7. Le texte poursuit : « Et toute chair verra le salut de Dieu. » « Toute chair » signifie tout homme ; or il n’a pas été donné à tout homme de voir en cette vie le salut de Dieu, c’est-à-dire le Christ ; il est donc bien clair que dans cette sentence prophétique, le prophète a en vue le jour du jugement dernier, où, devant les cieux ouverts, le Christ apparaîtra sur son trône de majesté, au milieu des anges qui le serviront et des apôtres qui siégeront avec lui. Tous, élus et réprouvés, le verront pareillement, en sorte que les justes se réjouissent sans fin de leur récompense et que les pécheurs gémissent à jamais dans le supplice de leur châtiment.
Lectures patristiques : Chaîne d’Or 9303 : Sur Lc 3,3-6
Ambroise : Le Verbe s'est fait entendre, la voix suivit de près, car le Verbe agit d'abord à l'intérieur, et la voix lui sert ensuite d'instrument et d'interprète : " Et il vint dans toute la région du Jourdain. "
Origène : Le mot Jourdain signifie « qui descend », parce que le fleuve des eaux salutaires descend des hauteurs de Dieu. Or quels lieux Jean-Baptiste devait-il parcourir de préférence, si ce n'est les bords du Jourdain ; ainsi lorsque le repentir touchait un cœur, on pouvait aussitôt recevoir le baptême de la pénitence dans les eaux du fleuve : " Prêchant le baptême de pénitence pour la rémission des péchés. "
Grégoire : Chacun voit par ces paroles que non seulement Jean prêchait le baptême de la pénitence, mais qu'il le donnait à quelques-uns, et cependant ce baptême ne pouvait en réalité remettre les péchés.
Chrysostome : Et quelle rémission des péchés était possible, alors que la victime pour les péchés du monde n'était pas encore immolée, et que l'Esprit Saint n'était pas encore descendu sur la terre ? Pourquoi donc ces paroles de saint Luc : " Pour la rémission des péchés ? " Les Juifs étaient profondément ignorants, et vivaient dans une grande indifférence à l'égard de leurs fautes, c'était là la cause de tous leurs maux. Ce fut donc pour les obliger à reconnaître leurs péchés et à chercher le Rédempteur, que Jean vint les exhorter à faire pénitence, afin que contrits de leurs fautes et revenus à de meilleurs sentiments, ils fissent tous leurs efforts pour obtenir leur pardon. C'est donc avec dessein que l'Évangéliste, après avoir dit que " Jean vint prêchant le baptême de la pénitence ", ajoute : " Pour la rémission des péchés ". Il les exhortait à se repentir, pour les disposer à obtenir plus facilement leur pardon par la foi en Jésus-Christ. Si en effet ils n'avaient pas été conduits par la pénitence, ils n'auraient pas songé à demander la grâce de la rémission de leurs péchés. Or ce baptême les préparait à croire en Jésus-Christ. Sous le nom de montagne, Jean-Baptiste désigne les orgueilleux et les superbes que Jésus-Christ a humiliés, les collines sont ceux qui sont désespérés, non seulement à cause de l'orgueil de leur esprit, mais par suite de l'impuissance et de la stérilité de leur désespoir, car une colline ne produit aucun fruit.
Origène : Par ces collines et ces montagnes, vous pourriez encore entendre les puissances ennemies qui ont été abaissées par la venue du Christ.
Basile : Comme les collines, si on les compare aux montagnes, en diffèrent par la grandeur, mais leur sont semblables pour le reste ; ainsi les puissances ennemies sont toutes égales par la volonté qu'elles ont de nous nuire, mais diffèrent entre elles par l'énormité du mal qu'elles causent.
Grégoire : Ou bien cette vallée qui croît en se comblant, cette montagne qui décroît en s'abaissant, c'est la gentilité que la foi en Jésus-Christ a remplie de la plénitude de la grâce, et les Juifs qui, par leur coupable perfidie, ont perdu cette hauteur dont ils étaient si fiers, car les humbles reçoivent les grâces que les superbes éloignent de leur cœur par leur orgueil.
Chrysostome : Ou bien par cette comparaison il nous apprend qu'aux difficultés de la loi va succéder la facilité de la foi, comme s'il disait : Vous n'aurez plus à craindre ni travaux pénibles, ni douleurs, mais la grâce et la rémission des péchés vous ouvriront une voie facile pour arriver au salut.
Grégoire de Nysse : Ou bien, il ordonne de combler les vallées et d'abaisser les collines et les montagnes, pour nous apprendre que la vertu bien réglée ne doit ni présenter de vide causé par le défaut des bonnes œuvres, ni offrir d'inégalités par l'excès du bien.
Grégoire : Les chemins tortueux deviennent droits lorsque les cœurs des méchants, que l'iniquité avait rendus tortueux, rentrent dans la droiture de la justice, et les chemins raboteux deviennent unis, lorsque les âmes irascibles et violentes reviennent à la bénignité de la douceur par l'infusion de la grâce céleste.
Chrysostome : Le saint Précurseur motive ensuite la nécessité de tous ces changements : " Et toute chair verra le salut de Dieu. " Il nous apprend ainsi que la vertu et la connaissance de l'Évangile se répandront jusqu'aux extrémités de la terre pour changer en douceur et en bonté les mœurs féroces et l'opiniâtre volonté du genre humain. Ce ne sont pas seulement les Juifs appelés prosélytes, mais toute la nature humaine qui est appelée à contempler le salut de Dieu.
Cyrille : C'est-à-dire le salut de Dieu le Père qui a envoyé son Fils pour être notre Sauveur. La chair est prise ici pour l'homme tout entier.
Grégoire : Ou bien dans un autre sens, toute chair, c'est-à-dire tout homme, n'a pu voir en cette vie le salut de Dieu qui est Jésus-Christ ; le saint prophète porte donc ses regards jusqu'au jour du jugement dernier, où tous les hommes, les réprouvés comme les élus, verront également le salut de Dieu.
7° Homélie de Paul Coulon, spiritain :
Frères et Sœurs,
La liturgie de ce deuxième dimanche de l’Avent est dominée par la figure de Jean le Baptiste, aujourd’hui dans l’évangile de Luc qui va nous accompagner tout au long de cette année : à la jointure de l’ancien et du nouveau Testament, Jean le Baptiste est l’agrafe, comme disait un père grec, saint Pierre Chrysologue.
Dieu se dit dans l’histoire
On ne peut qu’être frappé par la solennité de la phrase par laquelle Luc introduit la présentation du ministère de Jean Baptiste : « L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode, prince de Galilée, etc. » Cette référence appuyée à l’histoire profane est suivie d’une citation du prophète Isaïe : « À travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur… » Par ce rapprochement Luc suggère que l’histoire du salut s’intègre dans le cours de l’histoire des hommes, et, lui le païen devenu disciple de Jésus, poursuit la citation d’Isaïe plus loin que les autres évangélistes Marc et Matthieu, en ajoutant : « Et tout homme verra le salut de Dieu. »
Or le salut pour nous n’est pas d’abord de l’ordre de la connaissance d’une doctrine – d’une gnose, comme disent les savants – mais de l’ordre d’une incarnation de Dieu dans notre histoire. Le Père de Lubac avait donné pour titre à un commentaire sur la révélation chrétienne : Dieu se dit dans l’histoire. Pas simplement l’histoire d’Israël – d’Abraham, Moïse et les Prophètes, jusqu’à Jean-Baptiste, culminant dans le corps et la parole de Jésus, Verbe de Dieu fait chair – mais encore dans l’histoire au long des siècles du Corps du Christ qu’est l’Église. Cette Église que l’Esprit du Père et du Fils amène peu à peu à la vérité tout entière. Cette Église qui nous parle à travers les saints de tous les âges, à travers les évêques et les papes (pas toujours saints), à travers les Conciles : la tradition, c’est cela, la partition notée des évangiles chantée et interprétée par tous les disciples du Christ au cours des siècles.
Du concile Vatican II au jubilé de la Miséricorde
Comment ne pas faire mémoire en ce dimanche de cette formidable mise à jour évangélique qu’a été le Concile Vatican II ? Dans deux jours, le 8 décembre, nous ferons sainte mémoire de la clôture de ce concile en 1965 : j’y étais présent !… J’aime à rappeler les paroles du bienheureux pape Paul VI ouvrant la dernière session du Concile, le 14 septembre 1965, et parlant du futur historien qui se pencherait sur Vatican II : « Que faisait donc l’Église catholique en ce moment-là ? demandera-t-il ; et la réponse sera : l’Église aimait. » Il faut mesurer le côté bouleversant de cette parole ! Paul VI reprendra la même affirmation, le 7 décembre 1965, dans l’homélie de la dernière séance du Concile, clôturé le lendemain, en disant : « La vieille histoire du Samaritain a été le modèle de la spiritualité du Concile […] Non, l’Église n’a pas dévié, mais elle s’est tournée vers l’homme. »
N’est-ce pas très exactement ce que le pape François veut faire en ouvrant, le 8 décembre qui vient, 50 ans après le Concile, une année de la Miséricorde ? Son invitation commence par ces mots : « Jésus-Christ est le visage de la miséricorde du Père. Le mystère de la foi chrétienne est là tout entier. […] Combien je désire que les années à venir soient comme imprégnées de miséricorde pour aller à la rencontre de chacun en lui offrant la bonté et la tendresse de Dieu ! Qu’à tous, croyants ou loin de la foi, puisse parvenir le baume de la miséricorde comme signe du Règne de Dieu déjà présent au milieu de nous. » Et puisque nous sommes le visage de Jésus-Christ en ce temps, c’est par nous qu’il veut manifester la miséricorde du Père. C’est tout à fait possible si l’on en croit ce que l’apôtre Paul écrivait à sa chère communauté des Philippiens : « Puisque Dieu a si bien commencé chez vous son travail, je suis persuadé qu’il le continuera jusqu’à son achèvement au jour où viendra le Christ Jésus. »
Le combat quotidien pour que vienne le Royaume
Comme le premier avènement du Seigneur, le second doit être préparé personnellement et dans la communauté des croyants par la fidélité à la volonté de Dieu, l’accueil actif de la grâce, la prière, le combat quotidien par nos engagements professionnels, économiques et politiques – il faut aller voter aujourd’hui pour les régionales, il faut s’intéresser à la COP21 –, pour que notre terre devienne celle que Dieu a voulue pour tous les hommes et non pas celle que nous gâchons par nos égoïsmes et nos péchés.
Dans un instant, au milieu de notre assemblée dominicale, retentira au moment de la communion, le cri du Baptiste : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ! » Une fois de plus, le Mystère de la foi déploiera sa grandeur au milieu de notre petitesse. Le pain eucharistique nourrira la vie de notre baptême pour faire transparaître sur nos pauvres visages quelques traits de la Sainte Face de Jésus qui réjouissait tant la foule des pauvres sur son passage. Que l’Eucharistie surtout nous donne la force des combats quotidiens pour être simplement, jour après jour, des hommes et des femmes selon le cœur de Dieu au milieu de tous les hommes, c’est-à-dire des hommes et des femmes dont les actes les plus ordinaires laissent transparaître quelque chose de l’attention de Jésus pour les aveugles, les boiteux, les lépreux, les étrangers, bref pour tous les malheurs du monde. Que tout homme en voyant l’Église que nous sommes et se demandant ce qu’elle fait en ce moment, puisse dire aujourd’hui : « Elle aime ! » Amen.
Paul Coulon Chevilly-Larue, 6 décembre 2015.
1 (v. 185-253), prêtre et théologien ; Homélies sur St Luc, n°22, 1-3 (trad. SC 87, p. 301 rev. Solesmes)
2 L'Observateur permanent du Saint-Siège à l'UNESCO, à Paris, Mgr Francesco Follo, propose ce commentaire théologique et spirituel des lectures de la messe de dimanche prochain, 6 décembre 2015, deuxième dimanche de l'Avent (Année C) : Bar 5,1-9 ; Ps 125 ; Ph 1,4-6.8-11 ; Lc 3,1-6 Il propose comme lectures spirituelles un texte d'Origène (IIIe siècle), de saint Grégoire le Grand (VIe-VIIe siècle) ainsi qu'un florilège (Chaîne d'Or) de Pères de l'Église sur Luc 3,3-6. http://www.zenit.org/fr/articles/jean-le-baptiste-prophete-de-la-misericorde-par-mgr-follo?utm_campaign=francaishtml&utm_content=%5BZF151204%5D%20Le%20monde%20vu%20de%20Rome&utm_medium=email&utm_source=dispatch&utm_term=Image
3 Le nom de Jean dérive du mot en langue hébraïque Yehōchānān formé des termes Yehō (une abbréviation de Yahweh), nom propre de Dieu, et chānān qui signifie « a eu miséricorde » ou « a eu la grâce ». La signification du nom Jean est donc « Dieu a eu miséricorde » ou « don de Dieu ».
4 Le désert, lieu physique caractérisé par l’aridité inhospitalière, par la chaleur et le manque de vie, est, dans la Bible et dans la spiritualité chrétienne, le lieu où l’homme se retrouve seul et peut rencontrer Dieu. C’est aussi un lieu d’ascèse et de prière. À partir de l’expérience monastique, le désert est devenu aussi synonyme d’érémitisme ou de retraite spirituelle.