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Dimanche 13 décembre 2015 : Troisième Dimanche de l'Avent



Livre de Sophonie 3,14-18a :

Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie, fille de Jérusalem ! 
Le Seigneur a levé les sentences qui pesaient sur toi, il a écarté tes ennemis. Le roi d’Israël, le Seigneur, est en toi. Tu n’as plus à craindre le malheur. 
Ce jour-là, on dira à Jérusalem : « Ne crains pas, Sion ! Ne laisse pas tes mains défaillir ! 
Le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui, le héros qui apporte le salut. Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour ; il exultera pour toi et se réjouira, 
comme aux jours de fête. »



Livre d'Isaïe 12,2-3.4bcde.5-6 :

Voici le Dieu qui me sauve : « J’ai confiance, je n’ai plus de crainte. 


Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ; 
il est pour moi le salut. 


Exultant de joie, vous puiserez les eaux 
aux sources du salut. 



Rendez grâce au Seigneur,
proclamez son nom,


Annoncez parmi les peuples ses hauts faits ! » 
Redites-le : « Sublime est son nom ! »

Jouez pour le Seigneur, il montre sa magnificence, 
et toute la terre le sait. 


Jubilez, criez de joie, habitants de Sion, 


Car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël ! 





Lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens 4,4-7 :

Frères, soyez toujours dans la joie du Seigneur ; je le redis : soyez dans la joie. 
Que votre bienveillance soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. 
Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes. 
Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus. 



Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 3,10-18 :

En ce temps-là, les foules qui venaient se faire baptiser par Jean lui demandaient : « Que devons-nous faire ? »
Jean leur répondait : « Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ! »
Des publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts) vinrent aussi pour être baptisés ; ils lui dirent : « Maître, que devons-nous faire ? »
Il leur répondit : « N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. »
Des soldats lui demandèrent à leur tour : « Et nous, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « Ne faites violence à personne, n’accusez personne à tort ; et contentez-vous de votre solde. »
Or le peuple était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ.
Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu.
Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas ».
Par beaucoup d’autres exhortations encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.


5° Commentaire du jour : Origène1: « Il tient à la main la pelle à vanner » :

Le baptême par lequel Jésus baptise est « dans l'Esprit Saint et dans le feu ». Si tu es saint, tu seras baptisé dans l'Esprit Saint ; si tu es pécheur, tu seras plongé dans le feu. Le même baptême deviendra condamnation et feu pour les pécheurs indignes ; mais les saints, ceux qui se convertissent au Seigneur avec une foi entière, recevront la grâce du Saint Esprit et le salut. Donc, celui dont il est dit qu'il baptise « dans l'Esprit Saint et dans le feu, tient la pelle à vanner et va nettoyer son aire à battre le blé ; il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s'éteint pas ». Je voudrais découvrir pour quel motif notre Seigneur tient la pelle à vanner, et par quel souffle la paille légère est emportée çà et là, tandis que le blé, plus lourd, s'accumule en un seul lieu, car, si le vent ne souffle pas, on ne peut pas séparer le blé de la paille. Je crois que le vent est le symbole des tentations qui, dans la masse mélangée des croyants, révèlent que les uns sont de la paille, les autres, du froment. Car, lorsque votre âme a été dominée par une tentation, ce n'est pas la tentation qui l'a changée en paille, mais c'est parce que vous étiez de la paille, c'est-à-dire des hommes légers et sans foi, que la tentation a dévoilé votre nature cachée. En revanche, quand vous affrontez courageusement les tentations, ce n'est pas la tentation qui vous rend fidèles et constants ; elle révèle seulement les vertus de constance et de courage qui étaient en vous, mais de façon cachée... « Je t'ai affligé et je t'ai fait sentir la faim pour manifester ce que tu avais dans le cœur » (Dt 8,2).


6° Jean le Baptiste : prophète de la joie, par Mgr Follo2 :


1.  Réjouissez-vous !

           Ce troisième dimanche de l’Ave3 constitue une invitation à la joie, parce que la visite de Dieu dans le monde est imminente. Dans quelques jours, Jésus, l’Evangile de la joie, vient habiter parmi nous. Le premier qui se réjouit de cette visite fut Jean le Baptiste, qui exulta de joie dans les entrailles de sa mère lorsqu’il perçut la présence du Sauveur au sein de sa mère qui était venue rendre visite à sa cousine Elisabeth.

         Que, dans le désert, Jean le Baptiste mène une vie austère, mais qui n’est pas triste pour autant, ne doit pas nous induire en erreur. Il est vrai que ses vêtements sont en poils de chameau, qu’il mange des sauterelles, mais il est tout aussi vrai qu’il annonce la joie de Jésus présent. Déjà petit, Jean (= Dieu est miséricorde) avait accueilli le Christ naissant et avait ressenti une joie naissante. Devenu adulte, ce prophète prépare la voie au Christ et l’indique en disant : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde. » Comment pourrait-il annoncer cette nouvelle joyeuse et ne pas être dans la joie ? A la question de plusieurs personnes qui se rendent chez lui pour apprendre à vivre une vie vraie : « Que devons-nous faire ? » (Lc 3,10.12.14), nous pourrions répondre que non seulement Jean indique ce qu’il faut faire en donnant des conseils pratiques et profonds (je l’expliquerai plus loin), mais il fait siennes les paroles de la première et deuxième lecture car il répond : « Réjouissez-vous... Soyez toujours heureux dans le Seigneur... » (So 3,14 ; Ph 4,4). Ces mots donnent la clé de lecture de son « évangile » fait de comportements concrets, pour une conversion qui touche la simplicité du quotidien. La vie quotidienne n’est jamais banale lorsque chaque geste est posé selon l’Evangile. Dans ce cas, le geste tout simple ouvre la fenêtre sur l’infini.


2.  Que faire ?

           Si le prophète Sophonie (première lecture) nous invite à dire « oui » à Dieu, dans l’Evangile d’aujourd’hui, Jean le Baptiste nous invite à dire « oui » au prochain, en répondant à la question : « que faire ? » Cette question : « Que devons-nous faire ? » est adressée à Jean par trois catégories de personnes :

A ceux-là, Jean le Baptiste répond en donnant trois indications qui sont toujours d’actualité :

          Ainsi, le Baptiste demande concrètement à tous d’avoir un comportement honnête et respectueux, qui exprime un sentiment de fraternité et, partant, d’accueil de la paternité commune de Dieu. Son sens concret se manifeste aussi par l’invitation au baptême par immersion, un geste palpable qui rend visible à soi-même et aux autres notre propre désir d’abandonner le péché et de commencer une nouvelle vie, afin d’accueillir le Christ et son Règne des cieux.


3.  Joie et Miséricorde

          Jean dit que « un plus fort que moi viendra et vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu ». Jésus est le plus fort, parce qu’il est Dieu, un Dieu d’amour qui parle au cœur et gagne avec la force du pardon. Il est plus fort parce qu’il a le pouvoir de la Miséricorde.

         Celui de Jean est un baptême de pénitence, bien différent du sacrement que Jésus institua. Avec le baptême du Christ, nous sommes immergés non simplement dans les eaux du Jourdain pour proclamer notre engagement de conversion, mais dans le sang rédempteur du Christ qui se propage sur nous, nous purifie et nous sauve. Grâce à Jésus, et à son baptême, nous gagnons la dignité et la joie de nous reconnaître comme « fils de Dieu » et de l’être vraiment. La Miséricorde est le vêtement de lumière que le Père nous a donné au baptême.

         Le baptême de Jean – avec de l’eau – purifie et prépare le croyant au baptême de Jésus – dans le Saint Esprit – qui est un don radical et absolument gratuit de la miséricorde divine qui fait de nous une seule chose avec Lui et en Lui. En cette Année sainte de la Miséricorde, souvenons-nous de notre baptême par lequel nous sommes immergés au sein de l’Amour miséricordieux de Dieu qui nous garde comme la pupille de ses yeux. Vivons la miséricorde comme un « deuxième baptême », qui utilise en guise d’eau nos larmes de pécheurs repentis. Avec notre cœur purifié, devenons des Cyrénéens et des Samaritains en témoignant, avec les œuvres tout comme avec notre vie donnée et offerte au Christ et, avec Lui, pour le salut du monde. La Miséricorde est le nom de Dieu (Pape François). De la Miséricorde divine qui pacifie nos cœurs, jaillit la paix dans le monde, la paix entre les peuples, les cultures et les différentes religions.

          Ainsi, les Vierges consacrées dans le monde sont bel et bien des apôtres « particulières » de la Miséricorde divine parce qu’elles ont pris au sérieux l’invitation de saint Paul aux Romains : « Je vous exhorte donc, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte. Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait » (Rm 12, 1-2). Dans cette offrande complète d’elles-mêmes, grâce au don de la virginité, les Vierges vivant dans le monde consacrent au Seigneur et à son Règne toutes leurs forces d’amour. Conscientes que le Seigneur, dans sa miséricorde, les a choisies, leur a pardonné leurs péchés, les a embrassées et ré-embrassées, elles peuvent offrir, avec leur prière et leur vie de bonté et de droiture, la tendresse de la miséricorde aux personnes rencontrées dans leur vie quotidienne (cf. Rituel de la consécration des Vierges, n° 24).

         Grâce au don de leur virginité, ces femmes consacrées aiment le Seigneur d’un cœur pur, non partagé, et deviennent ainsi des êtres proches des autres par amour pour Lui, qui est Miséricorde infinie. Je souhaite à ces femmes, mais à nous tous également, de devenir des êtres de la Miséricorde de Dieu. Revêtus du vêtement brillant de la Miséricorde, nous apporterons au monde l’annonce joyeuse que Dieu est dans la joie lorsqu’il peut pardonner, parce que « la joie de Dieu est de pardonner » (Pape François). En cette Année sainte de la Miséricorde, imitons Jésus Christ qui est venu « porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur » (Lc 4,18-19). En Lui, dans son mystère pascal de mort et de résurrection, le sens le plus profond du Jubilé trouve son plein achèvement. Lorsque l’Eglise, au nom du Christ, convoque un Jubilé, nous sommes alors tous invités à vivre un moment extraordinaire de grâce. L’Eglise même est appelée à offrir abondamment des signes de la présence et de la proximité de Dieu, à réveiller dans nos cœurs la capacité de voir l’essentiel.

         Elle est appelée à être lieu de fête et de pardon, en particulier en cette Année sainte de la Miséricorde qui « est le temps pour l’Eglise de retrouver le sens de la mission que le Seigneur lui a confiée le jour de Pâques : être instrument de la miséricorde du Père » (Pape François, homélie des Premières Vêpres du dimanche de la Divine Miséricorde, 11 avril 2015).

 

Lecture Patristique : Origène (+ 253) ; Homélies sur saint Luc, 26, 3-5 : SC 87, 340-342.

Le baptême par lequel Jésus baptise est dans l'Esprit Saint et dans le feu (Lc 3,17). Si tu es saint, tu seras baptisé dans l'Esprit Saint ; si tu es pécheur, tu seras plongé dans le feu. Le même baptême deviendra condamnation et feu pour les pécheurs indignes ; mais les saints, ceux qui se convertissent au Seigneur avec une foi entière, recevront la grâce du Saint-Esprit et le salut. Donc, celui qui est dit baptisé dans l'Esprit Saint et dans le feu tient la pelle à vanner et va nettoyer son aire à battre le blé il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s'éteint pas (Lc 3,17-18). Je voudrais découvrir pour quelle raison notre Seigneur tient la pelle à vanner, et par quel souffle la paille légère est emportée çà et là, tandis que le blé, plus lourd, s'accumule en un seul lieu, car, si le vent ne souffle pas, on ne peut séparer le blé de la paille.

Je crois que le vent doit s'entendre comme les tentations qui, dans la masse mélangée des croyants, révèlent que les uns sont de la paille, les autres, du froment. Car, lorsque votre âme a été dominée par une tentation, ce n'est pas la tentation qui l'a changée en paille, mais c'est parce que vous étiez de la paille, c'est-à-dire des hommes légers et sans foi, que la tentation a dévoilé votre nature cachée. En revanche, quand vous affrontez courageusement les tentations, ce n'est pas la tentation qui vous rend fidèles et constants ; elle révèle seulement les vertus de constance et de courage qui étaient en vous, mais de façon cachée. Penses-tu, dit le Seigneur, que j'avais un autre but, en parlant ainsi, que de faire apparaître ta justice (Jb 40,3 LXX) ? Et il dit ailleurs : Je t'ai affligé et je t'ai fait sentir la faim pour manifester ce que tu avais dans le cœur (Dt 8,3-5). De la même manière, la tempête ne rend pas solide l'édifice bâti sur le sable (Mt, 7,24-25). Mais, si tu veux bâtir, que ce soit sur la pierre. Alors, quand la tempête se lèvera, elle ne renversera pas ce qui est fondé sur la pierre ; mais pour ce qui vacille sur le sable, elle montre aussitôt que ses fondations ne valent rien. Aussi, avant que ne s'élève la tempête, que se déchaînent les rafales de vent, que débordent les torrents, tandis que tout demeure encore en silence, tournons toute notre attention sur le fondement de l'édifice, construisons notre demeure avec les pierres variées et solides des commandements de Dieu ; quand la persécution se déchaînera et qu'une cruelle tourmente s'élèvera contre les chrétiens, nous pourrons montrer que notre édifice est fondé sur la pierre, le Christ Jésus.

Mais si quelqu'un le renie – que ce malheur nous soit épargné ! – qu'il le sache bien : ce n'est pas au moment où son reniement est devenu visible qu'il a renié le Christ ; il portait en lui des semences et des racines de reniement déjà anciennes ; mais c'est plus tard qu'on a découvert ce qu'il portait et qui, alors, devenait public. Aussi, prions le Seigneur pour que nous soyons un édifice solide, qu'aucune tempête ne peut renverser, parce que fondé sur la pierre, sur notre Seigneur Jésus Christ, à qui appartiennent la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen.


 7° PAPE FRANCOIS : Aujourd’hui, il faut du courage pour parler de la joie4 :

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, il y a une question qui revient trois fois : « Que devons-nous faire ? » (Lc 3, 10.12.14). Trois catégories de personnes la posent à Jean-Baptiste : premièrement, la foule en général ; deuxièmement, les publicains, c’est-à-dire les collecteurs d’impôts ; et troisièmement, des soldats. Chacun de ces groupes interroge le prophète sur ce qu’il doit faire pour mettre en place la conversion qu’il prêche :

Ce sont les trois réponses aux trois questions de ces groupes. Trois réponses pour un chemin de conversion identique, qui se manifeste dans des engagements concrets de justice et de solidarité. C’est le chemin que Jésus indique dans toute sa prédication : la voie de l’amour en actes envers son prochain. À partir de ces avertissements de Jean-Baptiste, nous comprenons quelles étaient les tendances générales de ceux qui, à l’époque, détenaient le pouvoir, sous des formes diverses. Les choses n’ont pas tellement changé. Toutefois, aucune catégorie de personnes n’est exclue du chemin de conversion à parcourir pour obtenir le salut, pas même les publicains, considérés par définition comme des pécheurs. Dieu n’écarte personne de la possibilité d’être sauvé. Il est, pour ainsi dire, anxieux de faire miséricorde, de faire miséricorde à tout le monde, et d’accueillir chacun dans la tendre étreinte de la réconciliation et du pardon.

Cette question – que devons-nous faire ? – nous sentons qu’elle est aussi la nôtre. La liturgie d’aujourd’hui nous redit, avec les paroles de Jean, qu’il faut se convertir, il faut orienter nos pas dans une autre direction et emprunter la voie de la justice, de la solidarité et de la sobriété : ce sont les valeurs incontournables d’une existence pleinement humaine et authentiquement chrétienne. Convertissez-vous ! Telle est la synthèse du message du Baptiste. Et la liturgie de ce troisième dimanche de l’Avent nous aide à redécouvrir une dimension particulière de la conversion : la joie. Celui qui se convertit et s’approche du Seigneur, éprouve de la joie. Le prophète Sophonie nous dit aujourd’hui : « Réjouis-toi, fille de Sion ! » en s’adressant à Jérusalem (So 3,14) ; et l’apôtre exhorte ainsi les chrétiens de Philippes : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur » (Ph 4,4).

Aujourd’hui, il faut du courage pour parler de la joie, il faut surtout la foi ! Le monde est assailli de tant de problèmes, l’avenir est lourd d’inconnues et de craintes. Et pourtant, le chrétien est une personne joyeuse et sa joie n’est pas quelque chose de superficiel et d’éphémère, mais de profond et de stable, parce que c’est un don du Seigneur qui remplit la vie. Notre joie découle de la certitude que « le Seigneur est proche » (Ph 4,5) : il est proche avec sa tendresse, avec sa miséricorde, avec son pardon et son amour. Que la Vierge Marie nous aide à fortifier notre foi, pour que nous sachions accueillir le Dieu de la joie, le Dieu de la miséricorde, qui veut toujours habiter parmi ses enfants. Et que notre Mère nous enseigne à partager les larmes de ceux qui pleurent, pour pouvoir partager aussi leur sourire.

Angelus Domini nuntiavit Mariae… © Traduction de Zenit, Constance Roques


8° HOMÉLIE DE CLAUDE TASSIN :

Pousse des cris de joie, fille de Sion !... Soyons toujours dans la joie !... Ces exhortations bibliques nous conviennent-elles vraiment ? Le dictionnaire propose des synonymes de ce sentiment : jubilation, allégresse, liesse, exultation … Ce n’est pas tous les jours que nous exultons, que nous jubilons. Viennent plutôt des moments où nous disons, comme mon petit-neveu : « J’ai une boule au ventre. » Un artiste disparu chantait ceci « Au niveau des embarras d’Paris, c’est pas la joie (bis). Au niveau de la montée des prix, c’est pas la joie (bis). » Et s’il était là en ce 13 décembre, il ajouterait peut-être : « Au niveau des attentats d’Paris, c’est pas la joie… ; Au niveau des votes d’aujourd’hui, c’est pas la joie… »

C’est pas la joie !... On entend cela plus souvent que « je suis dans la joie ». Notre santé se délabre, notre vieillissement s’accentue. Nous voudrions réussir nos projets dans notre travail, nos affections, mais nous n’y arrivons pas. C’est pas la joie ! Nos familles se déchirent parfois, l’avenir de nos jeunes est bouché. C’est pas la joie ! Bien sûr, il y a des instants de joie dans notre quotidien. Ces moments se traduisent par des mots tels que ceux-ci : contentement, plaisir, satisfaction… Mais les moments de joie ne sont pas encore la joie.

Selon nos Saintes Écritures, la joie se nourrit de cette expérience humaine. Mais elle est bien autre chose. Elle est une vertu. Et cette vertu a pour contraire un vice qui s’appelle la tristesse. La joie chrétienne est un don de Dieu. Que l’on accepte ou que l’on refuse. La tristesse, elle, est une désespérance, un mépris de nous-mêmes, un dépit en face de notre santé, de nos déceptions en tout genre, depuis nos relations communautaires et familiales. La tristesse est un vice, lorsque, dans un égoïsme irréfléchi, elle se replie, pour les élections, dans le désintérêt. Cette tristesse-là est surtout un désaveu de Dieu. Il vient à nous sans cesse, spécialement en ce temps de l’Avent, si nous faisons l’effort de ressourcer notre espérance, selon le beau verset du poème d’Isaïe que Dominique, au mileu de ses multiples soucis matériels, vient de chanter : Exultant de joie, vous puiserez les eaux aux sources du salut.

La joie dont parlent nos Saintes Écritures n’est pas une gaîté fugitive et superficielle. Elle est une paix. Elle est une sérénité. Elle est la part de nous-mêmes qui résiste aux épreuves et la sortie de nos légitimes aigreurs. Cette joie sainte entre dans une constellation de huit qualités qui tissent le vêtement de l’amour, selon les belles paroles de saint Paul, que je cite ici : « Le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, [c’est-à-dire] joie, paix, patience, serviabilité, bonté, fiabilité, douceur, maîtrise de soi » (Galates 5, 22-23).

Au fond, cette joie orne ce que le vieux catéchisme catholique appellait les « trois vertus théologales » : foi, espérance et charité :

En latin, les litanies de la Vierge saluaient Marie en cette expression : Cause de notre joie. Que Notre Dame nous accompagne au long de cet Avent, dans notre recherche de la vraie joie. Et puisque notre pape aimé, se réclame de François d’Assise, rappelons-nous que ce saint italien a inventé cette expression : « la joie parfaite ». Ce que Madame Dominique Frié a retraduit dans une strophe : « Frère François qui parles de joie parfaite en parfait dénuement, que rien n’arrête notre élan, vers le partage, le pur courage, et la transparence du cœur, jusqu’au jour du Seigneur ».

1 (v. 185-253), prêtre et théologien ; Homélies sur l'évangile de Luc, 26, 3-5; SC 87 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 317 rev.) (v. 185-253), prêtre et théologien ; Homélies sur l'évangile de Luc, 26, 3-5; SC 87 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 317 rev.) 

2 L'Observateur permanent du Saint-Siège à l'UNESCO, à Paris, Mgr Francesco Follo, propose ce commentaire théologique et spirituel des lectures de la messe de dimanche prochain, 13 décembre 2015, troisième dimanche de l'Avent (Année C) . Il propose comme lecture spirituelle un texte d'Origène (IIIe siècle). Les lectures sont extraites du livre de Sophonie (So 3, 14 – 18) ; du psaume 1 (Ps 1s, 12) ; de la lettre aux Philippines (Ph 4, 4 – 7) ; eyt de l'Evangile de Luc (Lc 3, 10 – 18). http://www.zenit.org/fr/articles/jean-le-baptiste-prophete-de-la-joie-par-mgr-follo?utm_campaign=francaishtml&utm_content=%5BZF151212%5D%20Le%20monde%20vu%20de%20Rome&utm_medium=email&utm_source=dispatch&utm_term=Image

3 Ce dimanche s’appelle dimanche du Gaudete (« Réjouissez-vous ! »).

4 « Aujourd’hui, il faut du courage pour parler de la joie », fait observer le pape François. Il a en effet commenté les lectures de la messe du 3e dimanche de l’Avent, avant l’angélus, dimanche, 13 décembre, place Saint-Pierre, soulignant que les « trois réponses » de Jean-Baptiste proposent « un chemin de conversion ». « Aujourd’hui, il faut du courage pour parler de la joie, il faut surtout la foi ! », a souligné le pape. Et d’ajouter : « Le monde est assailli de tant de problèmes, l’avenir est lourd d’inconnues et de craintes. Et pourtant, le chrétien est une personne joyeuse et sa joie n’est pas quelque chose de superficiel et d’éphémère, mais de profond et de stable, parce que c’est un don du Seigneur qui remplit la vie. Notre joie découle de la certitude que “le Seigneur est proche” (Ph 4,5) : il est proche avec sa tendresse, avec sa miséricorde, avec son pardon et son amour. » A.B. http://www.zenit.org/fr/articles/aujourd-hui-il-faut-du-courage-pour-parler-de-la-joie?utm_campaign=francaishtml&utm_content=%5BZF151214%5D%20Le%20monde%20vu%20de%20Rome&utm_medium=email&utm_source=dispatch&utm_term=Image