Dimanche 03 janvier 2016 : Épiphanie du Seigneur
1° Livre d'Isaïe 60,1-6.
Debout, Jérusalem, resplendis ! Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Voici que les ténèbres couvrent la terre, et la nuée obscure couvre les peuples. Mais sur toi se lève le Seigneur, sur toi sa gloire apparaît. Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. Lève les yeux alentour, et regarde : tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur la hanche. Alors tu verras, tu seras radieuse, ton cœur frémira et se dilatera. Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi, vers toi viendront les richesses des nations. En grand nombre, des chameaux t’envahiront, de jeunes chameaux de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens ; ils annonceront les exploits du Seigneur.
2° Psaume 72(71),1-2.7-8.10-11.12-13 :
Dieu, donne au roi tes pouvoirs, à ce fils de roi ta justice.
Qu'il gouverne ton peuple avec justice, qu'il fasse droit aux malheureux !
En ces jours-là, fleurira la justice, grande paix jusqu'à la fin des lunes !
Qu'il domine de la mer à la mer, et du Fleuve jusqu'au bout de la terre !
Les rois de Tarsis et des Îles apporteront des présents.
Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande.
Tous les rois se prosterneront devant lui, tous les pays le serviront.
Il délivrera le pauvre qui appelle et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre, du pauvre dont il sauve la vie.
3° Lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens 3,2-3a.5-6 :
Vous avez appris, je pense, en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous : par révélation, il m’a fait connaître le mystère. Ce mystère n’avait pas été porté à la connaissance des hommes des générations passées, comme il a été révélé maintenant à ses saints Apôtres et aux prophètes, dans l’Esprit. Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile.
4° Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 2,1-12 :
Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ. Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël. »
Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. » Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
5° Commentaire du jour : Saint Jean Chrysostome1: « Tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui » :
Frères, suivons les mages, quittons nos mœurs païennes. Partons ! Faisons un long voyage pour voir le Christ. Si les mages n'étaient pas partis loin de leur pays, ils n'auraient pas vu le Christ. Quittons nous aussi les intérêts de la terre. Tant qu'ils restaient dans leur pays, ce n'est que l'étoile que les mages voyaient ; mais quand ils ont quitté leur patrie, ils ont vu le Soleil de justice (Ma 3,20). Disons mieux : s'ils n'avaient pas généreusement entrepris leur voyage, ils n'auraient même pas vu l'étoile. Nous aussi, levons-nous donc, et même si tout le monde à Jérusalem se trouble, courons là où se trouve l'Enfant... « Entrant dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie, sa mère ; et tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui ; puis, ouvrant leurs cassettes, ils lui offrirent leurs présents. » Quel motif les a poussés à se prosterner devant cet enfant ? Rien de remarquable dans la Vierge ni dans la maison ; pas un objet capable de frapper le regard et de les attirer. Et pourtant, non contents de se prosterner, ils ouvrent leurs trésors, des cadeaux qu'on n'offre pas à un homme, mais seulement à Dieu — l'encens et la myrrhe symbolisent la divinité. Quelle raison les a poussés à agir de la sorte ? La même qui les avait décidés à quitter leur patrie, à partir pour ce long voyage. C'est l'étoile, c'est à dire la lumière dont Dieu avait rempli leur cœur et qui les conduisait peu à peu à une connaissance plus parfaite. S'il n'y avait pas eu cette lumière, comment auraient-ils pu rendre de tels hommages alors que ce qu'ils voyaient était si pauvre et si humble ? S'il n'y a pas de grandeur matérielle, mais seulement une crèche, une étable, une mère dénuée de tout, c'est pour que tu voies plus nettement la sagesse des mages, pour que tu comprennes qu'ils sont venus non pas à un homme, mais à un Dieu, leur bienfaiteur.
6° Homélie du pape François : Les Mages avaient le cœur inquiet : 2
Les paroles du Prophète Isaïe – adressées à la ville sainte de Jérusalem – nous appellent à nous lever, à sortir, sortir de nos fermetures, sortir de nous-mêmes, et à reconnaître la splendeur de la lumière qui illumine notre existence : « Debout, Jérusalem, resplendis! Elle est venue ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi » (60,1). “Ta lumière”, c’est la gloire du Seigneur. L’Église ne doit pas croire qu’elle brille de sa propre lumière; elle ne le doit pas. Saint Ambroise le rappelle dans une belle expression, en utilisant la lune comme métaphore de l’Église: «L’Église est véritablement comme la lune: […] elle brille non pas de sa propre lumière, mais de celle du Christ. Elle tire sa splendeur du Soleil de justice, de sorte que l’on peut dire: “Ce n’est plus moi qui vit mais le Christ qui vit en moi”» (Exameron, IV, 8, 32). Le Christ est la vraie lumière qui éclaire; et dans la mesure où l’Église demeure ancrée en lui, dans la mesure où l’Eglise se laisse éclairer par lui, elle parvient à éclairer la vie des personnes et des peuples. C’est pourquoi les saints Pères reconnaissaient dans l’Église le “mysterium lunae”. Nous avons besoin de cette lumière qui vient d’en haut pour correspondre de manière cohérente à la vocation que nous avons reçue. Annoncer l’Évangile du Christ n’est pas un choix que nous pourrions faire parmi tant d’autres, ce n’est pas non plus une profession. Pour l’Église, être missionnaire ne signifie pas faire du prosélytisme. Pour l’Église, être missionnaire revient à exprimer sa nature même: être illuminée par Dieu et réfléchir sa lumière. C’est cela son service. Il n’y a pas d’autre voie. La mission est sa vocation: faire resplendir la lumière du Christ est son service. Combien de personnes attendent de nous cet engagement missionnaire, parce qu’elles ont besoin du Christ, elles ont besoin de connaître le visage du Père.
Les Mages, dont parle l’Évangile de Matthieu, sont un témoignage vivant du fait que les semences de vérité sont présentes partout, parce qu’elles sont un don du créateur qui appelle chacun à le reconnaître comme Père bon et fidèle. Les Mages représentent les hommes de partout dans le monde, qui sont accueillis dans la maison de Dieu. Devant Jésus, il n’existe plus aucune division de race, de langue ni de culture: dans cet Enfant, toute l’humanité trouve son unité. Et l’Église a la tâche de reconnaître et de faire apparaître de manière plus claire le désir de Dieu que chacun porte en soi. C’est le service de l’Église, avec la lumière qu’elle réfléchit, faire apparaître le désire de Dieu que chacun porte en soi. Comme les Mages beaucoup de personnes, aussi de nos jours, vivent avec le “cœur inquiet” qui continue à interroger sans trouver de réponses certaines – c’est l’inquiétude de l’Esprit Saint qui se meut dans les cœurs. Elles sont encore à la recherche de l’Étoile qui indique la route vers Bethléem. Combien d’étoiles il y a dans le ciel! Et pourtant, les Mages en ont suivi une autre, nouvelle, qui brillait pour eux beaucoup plus. Ils avaient scruté longtemps le grand livre du ciel pour trouver une réponse à leurs interrogations – ils avaient le cœur inquiet –, et finalement la lumière était apparue. Cette étoile les a changés. Elle leur a fait oublier leurs intérêts quotidiens, et ils se sont mis tout de suite en chemin. Ils ont écouté une voix qui, de l’intérieur, les poussait à suivre cette lumière– la voix de l’Esprit Saint qui opère chez toutes les personnes –; et elle les a guidés jusqu’à ce qu’ils trouvent le roi des juifs dans une pauvre maison de Bethléem. Tout cela est un enseignement pour nous. Aujourd’hui, répéter la question des Mages nous fera du bien: «Où est le roi des juifs qui vient de naître? Nous avons vu son étoile à l’Orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui» (Mt 2, 2). Nous sommes sollicités, surtout à une époque comme la nôtre, à nous mettre à la recherche des signes que Dieu offre, sachant qu’ils demandent notre engagement pour les déchiffrer, et comprendre ainsi sa volonté. Nous sommes interpellés à aller à Bethléem pour trouver l’Enfant et sa Mère. Suivons la lumière que Dieu nous offre – toute petite…; l’hymne du bréviaire nous dit de manière poétique que les Mages lumen requirunt lumine: c’est une petite lumière –, la lumière qui émane du visage du Christ, plein de miséricorde et de fidélité. Et, une fois arrivés devant lui, adorons-le de tout notre cœur, et présentons-lui nos dons: notre liberté, notre intelligence, notre amour. La vraie sagesse se cache dans le visage de cet Enfant. C’est là, dans la simplicité de Bethléem, que se trouve résumée la vie de l’Église. C’est là la source de cette lumière, qui attire à elle toute personne dans le monde, et oriente le chemin des peuples sur la voie de la paix.
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7° Comme les rois mages : en marche pour adorer et donner, par Mgr Follo3 :
1) Deux Etoiles « théologiques »
Le thème de la lumière domine les fêtes de Noël et de l’Epiphanie qui, antiquement – et encore aujourd’hui en Orient4 – étaient réunies en une seule grande fête : la « fête des lumières ». A Noël, en naissant dans une grotte pendant la nuit, en se manifestant à de pauvres bergers de la région de Bethléem, le Fils de Dieu incarné s’est révélé sous forme de lumière. Lumière à l’extérieur de l’homme, dans l’histoire du monde, mais aussi à l’intérieur de l’homme, dans l’histoire personnelle de chacun de nous. A l’Epiphanie, le sauveur continue de se révéler comme étant la lumière des peuples, en tout lieu et en tout temps. Pour les mages, venus l’adorer d’Orient, la lumière du roi nouveau-né prend la forme d’un astre du ciel. La brillance de l’Etoile est telle que leurs regards se fixent sur elle. Celle-ci les guidera jusqu’à Jérusalem, puis du palais royal d’Hérode, à Jérusalem, à un nouveau Palais royal : la grotte-étable de Bethléem. Autour de lui, tout se présente comme une réalité terrestre extrêmement pauvre. Mais ceux qui regardent avec un regard de foi, voient un roi, le Roi des rois, grâce à un signe lumineux. Quel est ce signe royal qui permit aux mages, à l’époque, et à nous aujourd’hui, de reconnaître le Roi des rois sous les traits du Fils de Marie, dans l’humble condition de cet enfant habitant une pauvre étable ? L’Etoile indique le chemin et l’endroit où rencontrer le Roi qui sauve. L’Etoile indique le chemin aux chercheurs d’infini, pour qu’ils regardent le ciel et tentent d’interpréter correctement les signes. Les mages sont donc des hommes qui s’interrogent sur la réalité, ne se contentent pas de la réponse des autres. Ils recherchent une intelligence plus profonde de la réalité et du sens de la vie. Cette Etoile extraordinaire, que nous pourrions définir « théologique » parce qu’elle « parle de Dieu », parce qu’elle « enseigne Dieu », guide les mages tout au long de leur marche jusqu’à Bethléem. Elle leur indique, leur enseigne, que cet enfant est le Fils du Très-Haut, le prince de la paix. Cette Etoile transforme la crèche – où l’on contemple Dieu fait homme et placé dans une mangeoire – en palais lumineux et illumine la Vierge Marie comme un trône royal : la Vierge Marie tient Jésus sur ses genoux, le porte dans ses bras maternels et le montre aux mages qui, agenouillés, se mettent à l’adorer. Marie, l’Etoile « théologique » de la Mer de la vie humaine éclaire le Roi des rois, couché dans la grotte de Bethléem.
2) L’autorité de l’amour
Les mages s’inclinent devant l’autorité de l’amour. Ils croient à cet amour infini renfermé en l’Enfant Jésus. Devant ce nouveau-né, reconnu comme étant le Roi messianique tant attendu, les rois mages sont dans une attitude de prosternation, d’adoration sincère. Ils offrent des cadeaux symboliques : l’or, l’encens et la myrrhe. Ces dons offerts au Messie « symbolisent la vraie adoration » (cf. saint Jean-Paul II). Ces dons expriment une foi consolidée par la rencontre avec Jésus, qui est Roi, à honorer avec de l’or, qui est Dieu, à adorer avec l’encens et la prière qui s’élève vers Lui comme le plus agréable des encens, l’Homme, le Fils de Dieu, qui mourra pour nous sauver. Comme les rois mages, nous sommes invités aujourd’hui à renouveler, aux pieds du Verbe incarné, notre acte de fidèle adhésion, en faisant don du peu ou de tout ce que nous possédons, mais don aussi de nous-mêmes, comme un saint sacrifice fait pour le plus grand plaisir de Dieu. Grâce à cette offrande quotidienne nous devenons, dans le monde et pour le monde, des signes de la nouvelle humanité rachetée par le Christ, témoins du mystère d’amour célébré à Noël. Comme les rois mages, laissons-nous surprendre par l’amour de Dieu, qui est né pour nous, et agenouillons-nous aux pieds du Verbe incarné, devant le Seigneur Jésus Christ, vivant au milieu de nous et vivant dans l’Eucharistie. Allons plus souvent à l’église, approchons-nous de l’autel et, humblement, imitons les saints mages, en offrant l’or de notre amour de Dieu et de nos frères, l’encens de notre louange et de nos prières, et la myrrhe de nos peines qui ne manquent jamais dans notre vie.
La stupeur5, comme l’étonnement, est la capacité de se laisser surprendre par Dieu qui, en Jésus Christ, se donne entièrement à nous, nous permettant de connaître la vérité et de rencontrer le vrai amour à donner. Surpris par la lueur d’une étoile, les rois mages se sont mis en marche. Leur étonnement les poussait à suivre une étoile, à s’interroger sur le sens de la vie, les attirait vers l’Enfant Jésus et les faisait rester auprès de lui, en adoration. La certitude la foi fleurit de l’étonnement face à une présence divine dans la chair que les yeux purs des mages peuvent voir.
3) Quel don offrir à Celui qui s’est donné à nous intégralement ?
A Celui qui a tout donné de Lui, donnons nous aussi de nous-mêmes, en commençant par lui offrir le peu ou tant de nos biens matériels. Pour être plus clair, je me sers des paroles adressées par saint Jean-Paul II aux jeunes : « Vous aussi, offrez au Seigneur l'or de votre existence, c'est-à-dire votre liberté pour le suivre par amour, en répondant fidèlement à son appel ; faites monter vers lui l'encens de votre prière ardente, à la louange de sa gloire ; offrez-lui la myrrhe, c'est-à-dire votre affection pleine de gratitude envers lui, vrai Homme, qui nous a aimés jusqu'à mourir comme un malfaiteur sur le Golgotha » (Message pour la XXe Journée mondiale de la jeunesse, 6 août 2004). Les Vierges consacrées dans le monde, en se donnant entièrement à Dieu, ont répondu à l’appel. Elles sont un exemple pour nous. Certes, ces femmes ont conscience que Dieu donne l’infinie richesse de sa divinité tandis qu’elles n’ont rien d’autre à offrir (et nous avec elles) que la pauvreté (et nous la nôtre) de leur existence humaine. Mais elles savent que ce n’est pas tant la grandeur du don qui réalise l’union nuptiale avec le Christ, que sa totalité, le fait de se donner entièrement à Lui, de ne se réserver plus rien à soi, de ne plus s’appartenir, de ne vouloir appartenir qu’à Lui.
En vivant le don de soi dans la virginité, les femmes consacrées témoignent que se donner à Dieu n’est pas renoncer à vivre, mais renoncer « aux limites d’une vie vécue comme de pauvres créatures malades pour vivre la plénitude d’une vie immense comme la vie divine » (Divo Barsotti, 6 janvier 1963). Consacrées par le rite nuptial et solennel au Christ (Rituel de la consécration des vierges, n° 30), ces femmes témoignent avec humilité, délicatesse et constance de l'amour unique et indivisible du Christ pour chaque homme et chaque femme, montrant ainsi l'importance de répondre par le don de soi au don que le Christ fait de lui-même par amour rédempteur.
Traduction d'Océane Le Gall
Lecture Patristique : Saint Basile le Grand (330-379),
Homélies sur Noël (2PG 31, 1472-1476)
L'étoile vient de s'arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l'enfant. C'est pourquoi les mages, quand ils virent l'étoile, éprouvèrent une très grande joie (Mt 2,9-10). Accueillons, nous aussi, cette grande joie dans nos cœurs. Car c'est de la joie que les anges annoncent aux bergers. Adorons avec les mages, rendons gloire avec les bergers, dansons avec les anges ! Il nous est né aujourd'hui un Sauveur, qui est le Messie, le Seigneur (Lc 2,11). C'est Dieu, le Seigneur, qui nous illumine (Ps 117,27), non pas sous la forme de Dieu, pour ne pas épouvanter notre faiblesse, mais sous la forme du serviteur, afin de donner la liberté à ceux qui étaient réduits en servitude. Qui donc a un cœur assez endormi, qui donc est assez ingrat pour ne pas se réjouir, exulter et rayonner devant un tel événement ? Cette fête est commune à toute la création : elle accorde à notre monde les biens qui sont au-delà du monde, elle envoie des archanges à Zacharie et à Marie, elle constitue des chœurs d'anges qui proclament : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, paix sur la terre, bienveillance aux hommes (Lc 1,14). Les étoiles accourent du haut du ciel, les mages quittent les nations païennes, la terre offre son accueil dans une grotte. Personne n'est indifférent, personne n'est ingrat. Nous-mêmes, fêtons le salut du monde, le jour de naissance de l'humanité. On ne peut plus dire maintenant : Tu es poussière, et tu retourneras à la poussière (Gn 3,19), mais : Rattaché à l'homme céleste (cf. 1 Co 15,48), tu seras élevé au ciel. On n'entendra plus dire : Tu enfanteras dans la souffrance, (Gn 3,16), car bienheureuse celle qui a enfanté l'Emmanuel, et les mamelles qui l'ont allaité. Un enfant nous est né, un fils nous a été donné, l'insigne du pouvoir est sur son épaule (Is 9,6).
Unissez-vous à ceux qui ont reçu avec joie le Seigneur venant du ciel. Pensez aux bergers pénétrés de sagesse, aux grands prêtres qui prophétisent, aux femmes remplies de joie, quand Marie est invitée par Gabriel à se réjouir, et que Jean tressaille dans les entrailles d'Elisabeth. Anne propageait la bonne nouvelle ; Syméon tenait dans ses bras ce petit enfant dans lequel tous adoraient le Dieu de majesté. Bien loin de mépriser ce qu'ils voyaient, ils magnifiaient la grandeur de sa divinité. Car la vertu divine apparaissait à travers ce corps humain, comme la lumière à travers les vitres, resplendissante, pour ceux dont les yeux du cœur étaient purifiés. Puissions-nous être trouvés avec eux, nous aussi, contemplant la gloire du Seigneur comme dans un miroir, et être nous-mêmes transfigurés de gloire en gloire (2 Co 3,18), par la grâce et la tendresse miséricordieuse de notre Seigneur Jésus Christ : à lui la gloire et la puissance, pour les siècles des siècles. Amen.
8° HOMÉLIE DE JEAN BERNARCHON, SPIRITAIN :
Frères et sœurs, aujourd’hui dimanche 3 Janvier de l’an du Seigneur 2016, en fait tous les historiens reconnaissent que Jésus est né 6 ans plus tôt car on sait que le roi Hérode est mort en l’an mois 4, donc je voudrais souligner bien simplement 2 points :
- C’est le premier dimanche de l’année civile
- C’est la fête de l’Epiphanie, pour les Chrétiens d’Orient, la plus grande fête chrétienne après la Pâques
C’est le premier dimanche de l’année civile, c’est la période des vœux. Avant hier, nous avons terminé la célébration liturgique par la bénédiction solennelle : que le Seigneur vous entoure de sa grâce et vous garde en elle tout au long cette année. Puisque nous habitons une maison d’ainés, permettez-moi un souvenir personnel. L’an dernier, le supérieur de la maison Mère m’avait invité à passer quelques jours à Paris. J’ai quitté Rennes où j’étais en soutien à deux confrères africains le 2 Janvier et le lendemain après avoir pris pour la 1° fois le Tramway jusqu’à la station Bretagne, j’ai rejoint Chevilly. En arrivant, j’apprends le décès du père André Bonningues dont j’ai fréquenté la famille depuis mon service militaire en 1953. Pour moi ce fut un choc ! Depuis 14 confrères nous ont quitté ici. Sommes-nous prêts à nous jeter dans les bras de notre Père des cieux lorsque le moment sera venu ? J’ai songé à ces paroles de l’opuscule de Charles Péguy le porche de la seconde vertu : « La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’espérance, la toute petite espérance ».
Mais aujourd’hui, c’est l’Epiphanie, la manifestation du Christ à toutes les nations représentées par les mages guidés par une étoile mystérieuse. Cette étoile mystérieuse comme le souligne le pape Benoît XVI dans son livres l’enfance de Jésus, pourrait être la conjonction des planètes Jupiter et Saturne en 6 avant Jésus Christ. Comme l’a souligné le Saint Père, le cosmos parle du Christ. Le langage de la création offre de multiplies indications. Il suscite dans l’homme l’intuition du Créateur.
Dieu nous a parlé aussi par les Saintes Ecritures. Ce sont les théologiens de Jérusalem qui renseignent les mages. C’est à Bethléem, la cité du pain, que doit naître le Messie. Et les mages se remettent en route, nous dit l’Évangéliste. Saint Matthieu, ne l’oublions pas, écrit pour des communautés judéo chrétiennes et pourtant c’est lui qui nous montre que ce sont des non - juifs qui se sont dérangés pour saluer l’enfant – Roi. C’est lui aussi achève son Évangile par l’envoi en mission des Apôtres par Jésus après sa résurrection. Allez dans le monde entier, annoncez la Bonne Nouvelle à toute créature de toutes les Nations faites des disciples ! Oui, l’Épiphanie est la fête missionnaire par excellence. Offrons, nous aussi, au Seigneur l’or de notre amour, l’encens de notre prière et la myrrhe de nos efforts.
Pour achever cette méditation, je me permets de rappeler les confidences d’un confrère. Cet épisode s’est déroulé début janvier 1960 à Madagascar/ Après 5 heures de marche, halte dans un village païen ? On achète des œufs et on fait chauffer le riz. Hélas, sur 4 œufs, 3 sont pourris ! Il faut repartir, la pluie tombe et à 17h on arrive au 1° village chrétien. On sonne la cloche, on prie et on boit 6 tasses de thé. S’en suivra une crise de paludisme.
Nous, missionnaires spiritains, après avoir rencontré Jésus et sa mère à Chevilly durant nos longues années de théologie, nous sommes repartis comme les mages pour annoncer aux hommes de bonne volonté que Dieu nous a aimés comme on n’a jamais aimé et qu’il a envoyé son Fils pour nous sauver ? Ce témoignage missionnaire n’est il pas toujours d’actualité ?
1 (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église ; Homélies sur St Matthieu, 7-8 (trad. Véricel, l'Evangile commenté, p. 50 rév)
2 Aujourd'hui mercredi 6 janvier, solennité de l'Epiphanie du Seigneur au Vatican et en Italie, le pape François a présidé la messe dans la basilique Saint-Pierre. Nous reproduisons ci-dessous la traduction officielle de son homélie. http://www.zenit.org/fr/articles/les-mages-avaient-le-coeur-inquiet-homelie?utm_campaign=francaishtml&utm_content=%5BZF160106%5D%20Le%20monde%20vu%20de%20Rome&utm_medium=email&utm_source=dispatch&utm_term=Image
3 « Comme les rois mages : en marche pour adorer et donner » : c’est le titre de la méditation proposée par Mgr Francesco Follo, Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, à Paris, pour l’Epiphanie, mardi6 janvier 2016, et dimanche,3 janvier 2016, dans les pays où le 6 n’est pas férié. Lectures, rites romain et ambrosien :Isaïe 60,1-6 ; Psaume 71 ; Ephésiens 3,2-3.5-6 ; Matthieu 2,1-12.http://www.zenit.org/fr/articles/comme-les-rois-mages-en-marche-pour-adorer-et-donner-par-mgr-follo?utm_campaign=francaishtml&utm_content=%5BZF151230%5D%20Le%20monde%20vu%20de%20Rome&utm_medium=email&utm_source=dispatch&utm_term=Image
4 L’Epiphanie, la « manifestation » de notre Seigneur Jésus Christ, est un mystère multiforme. La tradition occidentale l’identifie à la visite des mages à l’Enfant Jésus à Bethléem, et donc l’interprète surtout comme une révélation du Messie d’Israël aux peuples païens. La tradition orientale, elle, privilégie le moment du baptême de Jésus dans les eaux du Jourdain, quand il se manifesta comme étant le Fils Unique du Père céleste, consacré par l’Esprit Saint. Mais l’Evangile de Jean invite à considérer aussi comme « une épiphanie » les noces de Cana, où « Jésus manifesta sa gloire et ses disciples crurent en Lui » (Jn 2,11).
5 Dans la vie naturelle, la stupeur est une réduction des capacités visuelles, provoquée par une lumière excessive. Dans la vie spirituelle, la situation est la même, provoquée par l’éblouissement de la lumière spirituelle. A ce propos, nous lisons dans l’Ancien Testament : « Moïse s’approcha de la nuée obscure où Dieu était » (Ex 20, 21). Dans le Nouveau Testament (cf. Ac 9, 3) nous lisons par contre que Saul, sur le chemin de Damas, a été complètement ébloui par une lueur venue du ciel. En parlant à Agrippa, il a lui-même affirmé que la luminosité de cette lumière était encore plus forte que celle du soleil (cf. Ac 26, 13), au point de ne plus rien voir (cf. Ac 9, 8). Mais les bergers aussi qui veillaient à Bethléem la nuit de la naissance du Seigneur, ont vu briller la gloire de Dieu (cf. Lc 2, 9), alors que durant la transfiguration du Seigneur sur le mont Thabor « son visage devint brillant comme le soleil et ses vêtements blancs comme la lumière (...) et une nuée lumineuse recouvrit l’assistance » (cf. Mt 17, 2. 5). Enfin, à la résurrection du Seigneur, les embaumeuses qui s’étaient rendues au sépulcre de bon matin, virent un jeune homme vêtu de blanc et furent saisies d’étonnement (cf. Mc 16, 5), parce qu’il avait l’aspect de l’éclair, et son vêtement était blanc comme neige (cf. Mt 28, 3).