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Dimanche 10 janvier 2016 : Fête du Baptême de Notre Seigneur



1° Livre d'Isaïe 40,1-5.9-11 :

Consolez, consolez mon peuple, – dit votre Dieu – 
parlez au cœur de Jérusalem. Proclamez que son service est accompli, que son crime est expié, qu’elle a reçu de la main du Seigneur le double pour toutes ses fautes. 
Une voix proclame : « Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur ; tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu. 
Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! Que les escarpements se changent en plaine, et les sommets, en large vallée ! 
Alors se révélera la gloire du Seigneur, et tout être de chair verra que la bouche du Seigneur a parlé. » 
Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion. Élève la voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem. Élève la voix, ne crains pas. Dis aux villes de Juda : « Voici votre Dieu ! » 
Voici le Seigneur Dieu ! Il vient avec puissance ; son bras lui soumet tout. Voici le fruit de son travail avec lui, et devant lui, son ouvrage. 
Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, il mène les brebis qui allaitent. 



2° Psaume 104(103),1c-3a.3bc-4.24-25.27-28.29-30 :

Bénis le Seigneur, ô mon âme ; Seigneur mon Dieu, tu es si grand !

Revêtu de magnificence, 
tu as pour manteau la lumière !

Comme une tenture, tu déploies les cieux, 
tu élèves dans leurs eaux tes demeures ;

Des nuées, tu te fais un char, tu t'avances sur les ailes du vent ; 


Tu élèves dans leurs eaux tes demeures ; des nuées, tu te fais un char,

Tu t'avances sur les ailes du vent ; 

tu élèves dans leurs eaux tes demeures ;

Des nuées, tu te fais un char, tu t'avances sur les ailes du vent ; 


Tu prends les vents pour messagers, pour serviteurs, les flammes des éclairs. 


Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur ! 


Tout cela, ta sagesse l'a fait ; 

la terre s'emplit de tes biens. 


Voici l'immensité de la mer, son grouillement innombrable d'animaux grands et petits,

Tous, ils comptent sur toi 
pour recevoir leur nourriture au temps voulu. 



Tu donnes : eux, ils ramassent ; 
tu ouvres la main : ils sont comblés. 


Tu caches ton visage : ils s'épouvantent ; tu reprends leur souffle,

Ils expirent et retournent à leur poussière. 


Tu envoies ton souffle : ils sont créés ; 

tu renouvelles la face de la terre. 



3° Lettre de saint Paul Apôtre à Tite 2,11-14.3,4-7 :

Bien-aimé, la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. 
Elle nous apprend à renoncer à l’impiété et les convoitises de ce monde, et à vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété, 
attendant que se réalise la bienheureuse espérance : la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus Christ. 
Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien. 
Mais lorsque Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et son amour pour les hommes, 
il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa miséricorde. Par le bain du baptême, il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit-Saint. 
Cet Esprit, Dieu l’a répandu sur nous en abondance, par Jésus Christ notre Sauveur, 
afin que, rendus justes par sa grâce, nous devenions en espérance héritiers de la vie éternelle. 



4° Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 3,15-16.21-22 :

Or le peuple était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ.
Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Comme tout le peuple se faisait baptiser et qu’après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait, le ciel s’ouvrit. 
L’Esprit Saint, sous une apparence corporelle, comme une colombe, descendit sur Jésus, et il y eut une voix venant du ciel : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. » 



5° Commentaire du jour : Saint Cyrille d'Alexandrie1: « Alors le ciel s'ouvrit. L'Esprit Saint descendit sur Jésus » :

Si l'on dit que le Christ a reçu le Saint Esprit, c'est en tant qu'il s'est fait homme et en tant qu'il convenait à l'homme de le recevoir. Sans doute, il est le Fils de Dieu le Père et engendré de sa substance, et cela avant l'Incarnation et même avant tous les siècles. Malgré cela, il n'éprouve aucune tristesse à entendre le Père lui dire, maintenant qu'il s'est fait homme : « Tu es mon Fils ; moi, aujourd'hui, je t'ai engendré ». 

Celui qui était Dieu, engendré par lui avant les siècles, le Père dit qu'il est engendré aujourd'hui ; cela signifie qu'il nous accueille en lui comme des fils adoptifs, car toute l'humanité était contenue dans le Christ en tant qu'il était homme. En ce sens on dit que le Père, alors que son Fils possédait déjà son Esprit, le lui donne de nouveau, de telle sorte que nous recevions le don de l'Esprit en lui. Le Christ n'a pas reçu l'Esprit Saint pour lui-même, mais plutôt pour nous, qui étions en lui. Car c'est par lui que nous parviennent tous les biens.


6° MGR FOLLO : Baptême de Jésus, Fils de Dieu et notre frère à tous :

Année C – 10 janvier 20162 :

- Rite romain : Is 40, 1-5 ; 9-11 ; Ps 103 ; Tt 2, 1-14 ; 3, 4-7 ; Lc 3, 15-16 ; 21-22

- Rite ambrosien Is 55, 4-7 ; Ps 28 ; Eph 2, 13-22 ; Lc 3, 15-16 ; 21-22

 

1)  Baptême de joie et de miséricorde

Avec la fête du Baptême de Jésus, la liturgie de ce dimanche prolonge l’Épiphanie (c'est-à-dire la manifestation) du Christ. Suite au mystère de l’Épiphanie où le Fils de Dieu se manifesta petit enfant aux mages venus l'adorer à Bethléem, aujourd'hui nous sommes appelés à faire mémoire du Christ adulte, baptisé par Jean le Baptiste. Le Christ « fut baptisé, il est vrai, comme homme ; mais prit sur lui les péchés comme Dieu ; non parce qu'il avait besoin de purification, mais pour apporter la sainteté par les eaux mêmes du baptême » (Saint Grégoire de Naziance, Oraison, 29, 19-20). Cette épiphanie de Jésus a comme témoin non seulement Jean le Baptiste, les disciples de ce dernier, et les pécheurs qui étaient venus recevoir un baptême de pénitence, mais aussi la Sainte Trinité : le Père (l'Aimant) – la voix venue d'en haut – révèle Jésus comme le Fils Unique (l'Aimé) consubstantiel au Père, et tout cela se réalise en vertu de l'Esprit Saint (l'Amour) qui descend sur le Messie sous forme de colombe.

En effet, au moment où, Jésus, sorti de l'eau du Jourdain, est recueilli en prière, l'Esprit Saint descend sur lui comme une colombe et, le ciel s'ouvrant, on entend la voix du Père, qui, d'en haut, dit à Jésus : « Toi, tu es mon fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie » (Luc 3, 22). La traduction italienne emploie le mot « complaisance3 » qui correspond à quelque chose de profond ; je ne crois pas qu'on puisse la réduire à une sorte de convergence des sentiments ou bien à une identité d'opinions. La « complaisance » de Dieu, c'est vraiment le Père qui se reflète dans le Fils et qui s'identifie à lui.

La première conséquence « pratique » pour nous sera de faire nôtre la prière par laquelle le prêtre commence la prière de ce dimanche : « Dieu éternel et tout-puissant, quand le Christ fut baptisé dans le Jourdain et que l'Esprit Saint reposa sur lui, tu l'as désigné comme ton Fils bien-aimé ; accorde à tes fils adoptifs, nés de l'eau et de l'Esprit, de persévérer toujours dans “ta joie amoureuse et bienveillante”4.» De cette manière, la fête du Baptême de Jésus ne sera pas seulement pour nous un moment où nous nous mettrons à l'écoute de son Évangile de joie, mais aussi une invitation à être témoin du Christ dans une existence vécue dans la joie, parce que dans le Fils, nous sommes fils nous aussi, nous sommes aimés et pardonnés.

 

2)  Épiphanie de la Trinité :

Selon saint Jérôme, il y a trois raisons qui expliquent pourquoi le Christ s'est fait baptiser par Jean : 

- La première, parce que étant né homme comme les autres, il devait respecter la Loi avec justice et humilité.

- La seconde, pour démontrer par son baptême, l'efficacité du baptême de Jean.

- La troisième, pour montrer la venue de l'Esprit Saint lors du baptême des croyants, les eaux du Jourdain ayant été sanctifiées par la descente de la colombe » (Commentaire de Matthieu 1, 3, 13).

Mais il est important de garder à l'esprit aussi, deux autres enseignements que l'on peut retirer de cette fête :

- D'abord, en se faisant baptiser par Jean avec d'autres pécheurs, Jésus a déjà commencé à prendre sur lui le poids de la faute de toute l'humanité, comme Agneau de Dieu qui « enlève » (littéralement qui « prend sur lui ») le péché du monde (cf. Jn 1, 29).

- Et enfin, par son baptême dans le Jourdain, Jésus nous révèle le Père, le Fils et le Saint Esprit qui descendent parmi les hommes et manifestent leur amour riche de miséricorde qui pardonne et recrée.

L'événement du baptême du Christ5 est donc non seulement la révélation de sa filiation divine et de son incarnation mais aussi la révélation de la Trinité : « Le Père dans la voix, le Fils dans l'homme, l'Esprit dans la colombe » (saint Augustin, In Io. Ev. Tr. 6,5) A ce sujet, saint Chromace d'Aquilée dit : « Quel grand mystère dans ce baptême céleste ! Le Père se fait entendre du ciel, le Fils apparaît sur terre, le Saint Esprit se manifeste sous forme de colombe : on ne peut pas parler, en effet, de vrai baptême et de vraie rémission des péchés là où il n'y a pas la vérité de la Trinité, et on ne peut pas non plus accorder la rémission de péchés là où on ne croit pas à la Trinité parfaite » (Discours 34, 1-3).

Voici donc une seconde conséquence « pratique » : faisons nôtre la prière de saint Hilaire de Poitiers : « Conserve intacte cette foi pure qui est en moi, jusqu'à mon dernier soupir, donne-moi aussi cette voix de ma conscience, afin que je reste toujours fidèle à ce que j'ai professé dans mon retour à la vie, quand j'ai été baptisé dans le Père, le Fils et le Saint Esprit » (De la Trinité, XII, 57, CCL 62/A, 627). Quand une personne est baptisée au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, elle est plongée en Dieu. Et « qui est plongé en Dieu est vivant parce que Dieu – dit le Seigneur – est un Dieu non pas des morts mais des vivants et s'il est le Dieu de ceux-ci, il est le Dieu des vivants ; les vivants sont vivants parce qu'ils sont dans la mémoire, dans la vie de Dieu. C'est précisément ce qui arrive dans notre condition de baptisés : nous devenons insérés dans le nom de Dieu, de sorte que nous appartenons à ce nom et Son Nom devient notre nom et nous aussi nous pourrons, avec notre témoignage, être des témoins de Dieu, signes de qui est ce Dieu, nom de ce Dieu » (Benoît XVI, Lectio Divina, 11 juin 2012).

 

3)  Baptême et Consécration

La mission du Christ se résume en ceci : nous faire baptiser dans l'Esprit Saint pour nous libérer de l'esclavage de la mort et « nous ouvrir le ciel », c'est-à-dire l'accès à la vraie vie qui sera « une immersion toujours nouvelle dans l'immensité de l’être, tandis que nous sommes simplement comblés de joie » (Benoît XVI, Spe salvi, 12).

Nous pourrions donc dire que le baptême suffit pour être de bons chrétiens et qu'une nouvelle consécration, comme celle des vierges consacrées dans le monde, n'est pas nécessaire. A ce sujet, le pape François précise : « Nous sommes tous consacrés à Lui par le Baptême. Nous sommes tous appelés à nous offrir au Père avec Jésus et comme Jésus, en faisant un don généreux de notre vie, en famille, au travail, au service de l'Eglise, dans les œuvres de miséricorde. Cependant, cette consécration est vécue d'une manière particulière par les religieux, les moines, les laïcs consacrés, qui par la profession des vœux appartiennent à Dieu entièrement et exclusivement. Cette appartenance au Seigneur permet à ceux qui la vivent de façon authentique d'offrir un témoignage spécial à l'Évangile du Royaume de Dieu. Totalement consacrés à Dieu, ils sont totalement livrés aux frères, pour apporter la lumière du Christ là où les ténèbres sont les plus épaisses et pour répandre son espérance dans les cœurs découragés » (2 février 2014).

Si ensuite nous regardons les vierges consacrées dans le monde, nous voyons qu'elles « sont un signe de Dieu dans les différents domaines de la vie, elles sont un levain pour la croissance d'une société plus juste et fraternelle, elles sont une prophétie de partage avec les petits et les pauvres. Comprise et vécue ainsi, la vie consacrée nous apparaît comme elle est réellement : un don de Dieu, un don de Dieu à l'Église, un don de Dieu à son Peuple ! Toute personne consacrée est un don pour le Peuple de Dieu en chemin » (idem, cf. Rituel de consécration des vierges, n° 25 : « Chères filles, recevez ce voile, signe de votre consécration ; n’oubliez jamais que vous êtes vouées au service du Christ et de son corps qui est l’Église »). L’Église et le monde ont besoin de ce témoignage de l'amour et de la miséricorde de Dieu. Les consacrés, les religieux, les religieuses sont le témoignage que Dieu est bon et miséricordieux. C'est pour cela que le pape François a voulu une année dédiée à la vie consacrée (30 novembre 2014 - 2 février 2016).

Celui qui se consacre, s'engage à montrer et à anticiper dans sa propre vie, cette façon de vivre, cette forme d'humanité dont nous vivrons tous au Paradis. En attendant, sur cette terre, nous avons besoin de témoins qui montrent qu'il est possible de donner entièrement sa vie au Christ, pour que Dieu se révèle et que s'accomplisse sa mission d'amour et de miséricorde. L'amour consacré dans la virginité c'est « garder les bras ouverts à tous sans jamais les refermer pour enserrer quelqu'un à soi » (Fr. Roger de Taizé), c'est fermer les bras pour joindre les mains en prière et confier à Dieu les personnes qu'on aime. En effet, la virginité est une valeur quand c'est un amour chaste qui ouvre à l'Amour et qui est illuminé par l'Amour. Grâce à l'exemple des personnes vierges, les familles auront leurs portes et leurs cœurs grands ouverts à l'amour.

 

Lecture patristique : Saint Hippolyte (+ 236) : Sermon sur la sainte Théophanie 6-9 ; PG 10, 858-859.

 

Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l'eau ; voici que les cieux s'ouvrirent, et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j'ai mis tout mon amour" (Mt 3,16-17). Voyez, mes bien-aimés, combien nous aurions subi la perte de biens nombreux et importants, si le Seigneur avait cédé à l'invitation de Jean et n'avait pas reçu le baptême. Auparavant les cieux étaient fermés, notre patrie d'en haut était inaccessible. Après être descendus au plus bas, nous ne pouvions plus regagner les hauteurs. Le Seigneur n'a pas été seul à recevoir le baptême. Il a renouvelé le vieil homme et il lui a confié de nouveau le sceptre de l'adoption divine. Car aussitôt les cieux s'ouvrirent. Les réalités visibles se sont réconciliées avec les invisibles ; les hiérarchies célestes ont été comblées de joie ; sur la terre les maladies ont été guéries ; ce qui était demeuré caché s'est révélé ; ce que l'on rangeait parmi les ennemis est devenu amical. Car vous avez entendu l'évangéliste vous dire : les cieux eux-mêmes s'ouvrirent, pour les trois merveilles que voici. Il fallait ouvrir au Christ, l'Époux, les portes de la chambre nuptiale. Semblablement, comme l'Esprit descendait sous la forme d'une colombe et que la voix du Père retentissait en tout lieu, il fallait que s'élèvent les portes du ciel (cf. Ps 23,7). Et voici que les cieux s'ouvrirent et qu'une voix se fit entendre, qui disait : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j'ai mis tout mon amour."

Ce Fils bien-aimé, qui apparaît ici-bas, ne s'est pourtant pas séparé du sein du Père : il est apparu sans apparaître. Ce qui apparaissait était différent, car, à ce qu'il semblait, le baptiseur était supérieur au baptisé. C'est pourquoi le Père envoya l'Esprit Saint sur le baptisé. Car, de même que, dans l'arche de Noé, la colombe a manifesté l'amour de Dieu pour les hommes, ainsi maintenant, l'Esprit, descendant sous cette apparence, pareil à celle qui apportait une pousse d'olivier, s'est arrêté au-dessus de celui à qui il rend témoignage. Pourquoi ? Pour que l'on constate avec certitude que c'est bien la voix du Père, et que l'on ajoute foi à la prédiction prophétique annoncée longtemps auparavant. Quelle prédiction ? La voix du Seigneur domine les eaux, le Dieu de la gloire déchaîne le tonnerre, le Seigneur domine la masse des eaux (Ps 28,3). Que dit cette voix ? Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j'ai mis tout mon amour. Je vous en prie, écoutez-moi attentivement : je veux remonter à la source de la vie et contempler la source d'où jaillissent les guérisons. Le Père de l'immortalité a envoyé dans le monde son Fils vivant, son Verbe. Celui-ci est venu vers l'homme pour le laver dans l'eau et dans l'Esprit. Il l'a fait renaître pour rendre incorruptibles son âme et son corps, il a éveillé en nous son souffle de vie, il nous a revêtus d'une armure incorruptible.

Je proclame donc, avec la voix du héraut : Venez, toutes les tribus des nations, au bain de l'immortalité ! Par ce joyeux message, je vous annonce la vie, à vous qui demeurez encore dans la nuit de l'ignorance. Venez de la servitude à la liberté, de la tyrannie à la royauté, de la corruption à l'incorruptibilité. Vous voulez savoir comment ? Par l'eau et par l'Esprit Saint, cette eau par laquelle l'homme régénéré est vivifié, cet Esprit, ton Défenseur, envoyé pour toi, afin de montrer que tu es Fils de Dieu.

 

7° Homélie de Bernard Grosheny, spiritain :

Mon neveu est un enfant insouciant et malicieux comme ils le sont tous. Un jour, où il faisait le difficile à table, son père finit par éclater en lui disant : « Si tu ne manges pas tout, tu ne deviendras pas un homme ». Et lui de riposter, du tac au tac, sans se démonter : « Et toi, pourquoi tu ne manges pas la peau des tomates ? ». Cela m’a fait réfléchir : n’exigeons rien d’autrui que nous n’ayons déjà traversé nous-mêmes. Imitions Jésus, puisque « comme tout le peuple, il se fait aussi baptiser ».

Ce n’est pas pour rien, qu’après avoir fait mémoire de sa naissance et de son Epiphanie, l’Eglise tient à fêter de manière toute spéciale le baptême de Jésus par Jean Baptiste. C’est que ce baptême est un signe de sa solidarité avec nous, dès le début de sa vie publique. La vie de Jésus se déroule toute entière comme un baptême en deux temps et elle s’achève à la croix : « Je dois accomplir un baptême, et comme il m’en coute d’attendre qu’il soit accompli ». Le baptême est un plongeon, comme son nom l’indique. Et Jésus a passe toute sa vie à plonger, à s’immerger : plonger d’une part dans la vie, les déficiences et les espérances de ses contemporains ; plonger aussi dans l’Amour dont il découvre peu à peu les promesses et les exigences.

Le baptême dan le Jourdain, Jésus ne le reçoit pas pour lui-même, mais pour faire comme tout le monde. En effet, Jésus n’avait nul besoin du baptême d’aveu des péchés et de conversion que Jean prêchait. En revanche pour lui, s’afficher « comme tout le monde », c’était prouver sa solidarité avec les pécheurs de tous les temps. Alors souvenons-nous de ce baptême-là, lorsque nous peinons nous-mêmes sur le chemin de la perfection ; souvenons-nous que Jésus marche avec nous et qu’il ne nous rejette jamais, quels que soient nos péchés : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps ». (Mt 28,20) !

Le baptême de Jésus dans l’eau est un baptême dans l’Esprit symbolisé comme par une colombe, mais il annonce l’autre baptême, celui de la croix, qui sera le baptême dans le sang, comme à travers le feu. Et cet évènement est déjà, pour Jésus, l’occasion de révéler au monde la vérité de Dieu : un Dieu en trois visages, un Dieu qui allie la toute puissance à la plus merveilleuse tendresse. «Voici le Seigneur Dieu : il vient avec puissance, prophétisait Isaïe, et son bras est victorieux. » Mais il ajoutait : « Comme un berger, ce Dieu conduit son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur ».

La victoire de Jésus sur les forces de mort, aussi puissante soit-elle, ne se comprend vraiment que dans cette tendresse du berger qui donne sa vie pour ses brebis. De même la justice – ou mieux la justesse – de Dieu, aussi prenante soit-elle, ne se comprend vraiment que dans l’attitude de Jésus au long de sa propre vie et dans l’enseignement de ses paraboles. Et nous ? Bien sûr, nous avons été baptisés et c’est dans la mort de Jésus que nous l’avons été ! Notre baptême, à nous, contient à la fois les deux baptêmes de Jésus : « Il s’est donné pour nous, afin de nous racheter – et faire de nous un peuple ardent à faire le bien ». Mais cet optimisme de Saint Paul oublierait-il notre condition humaine ? Question immense qui occasionna effectivement un long débat durant les premiers siècles de l’Église : est-ce que les baptisés peuvent retomber dans le péché ? (C’est ainsi que naquirent les sacrements de réconciliation et de l’onction des malades …). Non, Saint Paul n’est pas naïf. Et il pourrait parfaitement dire comme saint Jean : « Dès à présent, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté ! ». (1 Jean 3,2).

En rappelant aujourd’hui le baptême de Jésus dans les eaux, nous pouvons mieux apprécier notre propre baptême : puisqu’avant d’agir par le feu, pour supprimer le péché du monde, Jésus fait un acte de solidarité pour l’humanité, nous aussi, en apprenant la patience et la persévérance dans notre conversion, nous apprenons à être solidaires de l’humanité que Dieu aime passionnément. Alors, à l’image de Jésus, n’imposons jamais à autrui ce que nous n’avons pas traversé ; plutôt que de les rejeter, approchons-nous de ceux qui nous semblent avoir gravement péché ; offrons-nous nous-mêmes comme une louange de gloire, en unissant nos efforts à ceux du Christ, le seul Sauveur.  


1 (380-444), évêque et docteur de l'Église : Commentaire sur l'évangile de Jean 5,2 (trad. Pusey I, 691-693) 

2 http://www.zenit.org/fr/articles/bapteme-de-jesus-fils-de-dieu-et-notre-frere-a-tous

3 Dans le verbe « se complaire » comme dans le substantif « complaisance », il y a l'idée de joie. C'est comme si Dieu disait : « Toi, mon fils, tu me plais, je te regarde et je suis heureux. » Il se réalise ensuite ce dont Isaïe avait eu l'intuition, la jubilation de Dieu pour moi, pour toi, « comme la fiancée fait la joie du fiancé, ainsi tu seras la joie de ton Dieu » (Isaïe, 62, 5). Voir aussi la note 2

4 Je traduis par « joie » le mot beneplacitum parce qu'en latin, elle ne veut pas seulement dire « complaisance » ; tant et si bien que la traduction officielle liturgique emploie le terme « amour ». Beneplacitum est la traduction du mot grec eudochia qui a ces différentes significations : 1. Bonne volonté, intention bienveillante, bienveillance. 2. Délice, plaisir, satisfaction. 3. Désir. On la trouve neuf fois dans le Nouveau Testament et à chaque fois traduite avec des nuances diverses selon le contexte mais toujours en lien avec celles citées.

5 Messie en grec se traduit par « Christ » et en italien par « Oint », mais n'oublions pas que Jésus ne fut pas oint avec de l'huile à la manière des rois et des grands prêtres d’Israël mais par l'Esprit Saint.