Pages spirituelles

Dimanche 17 janvier 2016 : 2° temps ordinaire


Livre d'Isaïe 62,1-5 :

Pour la cause de Sion, je ne me tairai pas, 
et pour Jérusalem, je n’aurai de cesse 
que sa justice ne paraisse dans la clarté, 
et son salut comme une torche qui brûle. 
Et les nations verront ta justice ; 
tous les rois verront ta gloire. 
On te nommera d’un nom nouveau 
que la bouche du Seigneur dictera. 
Tu seras une couronne brillante 
dans la main du Seigneur, 
un diadème royal 
entre les doigts de ton Dieu. 
On ne te dira plus : « Délaissée ! » 
À ton pays, nul ne dira : « Désolation ! » 
Toi, tu seras appelée « Ma Préférence », 
cette terre se nommera « L’Épousée ». 
Car le Seigneur t’a préférée, 
et cette terre deviendra « L’Épousée ». 
Comme un jeune homme épouse une vierge, 
ton Bâtisseur t’épousera. 
Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, 
tu seras la joie de ton Dieu. 



Psaume 96(95),1-2a.2b-3.7-8a.9a.10ac :

Chantez au Seigneur un chant nouveau, 
chantez au Seigneur, terre entière,

Chantez au Seigneur et bénissez son nom !

De jour en jour, proclamez son salut,

Racontez à tous les peuples sa gloire, 
à toutes les nations ses merveilles ! 



Rendez au Seigneur, familles des peuples, 
rendez au Seigneur la gloire et la puissance,

Rendez au Seigneur la gloire de son nom. 



Adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté. Allez dire aux nations :

« Le Seigneur est roi ! » 
Il gouverne les peuples avec droiture. 





3° Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 12,4-11 :

Frères, les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. 
Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur. 
Les activités sont variées, mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous. 
À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien. 
À celui-ci est donnée, par l’Esprit, une parole de sagesse ; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit ; 
un autre reçoit, dans le même Esprit, un don de foi ; un autre encore, dans l’unique Esprit, des dons de guérison ; 
à un autre est donné d’opérer des miracles, à un autre de prophétiser, à un autre de discerner les inspirations ; à l’un, de parler diverses langues mystérieuses ; à l’autre, de les interpréter. 
Mais celui qui agit en tout cela, c’est l’unique et même Esprit : il distribue ses dons, comme il le veut, à chacun en particulier. 



Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 2,1-11 :

En ce temps-là, il y eut un mariage à Cana de Galilée. La mère de Jésus était là. 
Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses disciples. 
Or, on manqua de vin. La mère de Jésus lui dit : « Ils n’ont pas de vin. » 
Jésus lui répond : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. » 
Sa mère dit à ceux qui servaient : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le. » 
Or, il y avait là six jarres de pierre pour les purifications rituelles des Juifs ; chacune contenait deux à trois mesures, (c’est-à-dire environ cent litres). 
Jésus dit à ceux qui servaient : « Remplissez d’eau les jarres. » Et ils les remplirent jusqu’au bord. 
Il leur dit : « Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas. » Ils lui en portèrent. 
Et celui-ci goûta l’eau changée en vin. Il ne savait pas d’où venait ce vin, mais ceux qui servaient le savaient bien, eux qui avaient puisé l’eau. Alors le maître du repas appelle le marié 
et lui dit : « Tout le monde sert le bon vin en premier et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant. » 
Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. 



5° Commentaire du jour : Saint Maxime de Turin1: L'eau changée en vin :

En changeant en vin les jarres remplies d'eau, le Sauveur a fait deux choses : il a fourni une boisson aux invités de la noce et il a signifié que, par le baptême, les hommes allaient être remplis de l'Esprit Saint. Le Seigneur lui-même l'a déclaré ailleurs en disant : « À outres neuves, vin nouveau ! » (Mt 9,17). Les outres neuves signifient, en effet, la pureté du baptême, le vin la grâce de l'Esprit Saint. 

Catéchumènes, prêtez une attention particulière. Votre esprit qui ignore encore la Trinité ressemble à l'eau froide. Il faut le réchauffer à la chaleur du sacrement du baptême, comme un vin, pour transformer un liquide pauvre et sans valeur en grâce précieuse et riche. Comme le vin, acquérons bon goût et arôme de douceur ; alors nous pourrons dire avec l'apôtre Paul : « Nous sommes bien pour Dieu la bonne odeur du Christ » (2Co 2,15). Avant son baptême, le catéchumène ressemble à l'eau qui dort, froide et sans couleur..., inutile, incapable de redonner des forces. Conservée trop longtemps, l'eau s'altère, croupit, devient fétide... Le Seigneur a dit : « À moins de naître à nouveau de l'eau et de l'Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume des cieux » (Jn 3,5). 

Le fidèle baptisé est semblable au vin vigoureux et rouge. Toutes les choses de la création s'abîment avec le temps, seul le vin s'améliore en vieillissant. Il perd chaque jour de son âpreté, et acquiert un bouquet plein de mœlleux, d'une riche saveur. Le chrétien de même, à mesure que passe le temps, perd l'âpreté de sa vie pécheresse, acquiert la sagesse et la bienveillance de la Trinité divine.


6° Commentaire de Mgr Follo : Cana et le don de la joie2

Lectures, rite romain : Isaïe 62,1-5 ;  Psaume 95 ; 1Corinthiens 12,4-11 ; Jean 2,1-12.

 

1) La troisième Épiphanie du septième jour

Après nous avoir fait célébrer – dimanche dernier – le baptême de Jésus dans le Jourdain, la liturgie d’aujourd’hui nous propose de faire mémoire des noces de Cana, où le Christ s’est manifesté en changeant l’eau en vin. C’est la troisième Épiphanie (mot d’origine grec qui signifie « manifestation ») de Jésus que l’hymne et l’antienne des vêpres de l’Épiphanie unissent à celle des Rois mages et à celle du Baptême de Jésus dans le Jourdain. A Bethléem, le Messie se présente comme le Fils de Dieu qui commence sa vie terrestre en apportant la lumière et qui est adoré par les Rois mages. Au Jourdain, baptisé par Jean, Il est manifesté par Dieu le Père indiquant qu’Il est son fils bien-aimé, l’Aimé, qui débute son ministère du pardon. A Cana, en Galilée, à la fête des noces, en changeant l’eau en vin, le Christ manifeste sa gloire pour aider la foi des disciples, en se mettant au service de l’amour humain purifié et racheté par Lui.

La présence de Jésus aux noces de Cana est située par l’Evangéliste Jean sept jours après le début de l’activité publique du Baptiste (Jn 1,19-28), « l’ami de l’époux » (Jn 3,29), qui prépare la rencontre avec Jésus. C’est ainsi que s’établit une semaine3 particulière, renvoyant au premier chapitre du livre de la Genèse : le récit de la création du monde ; Dieu le créa en 6 jours, après lesquels –ayant créé le premier couple humain – « Dieu avait achevé l’œuvre qu’il avait faite. Il se reposa, le septième jour, de toute l’œuvre qu’il avait faite » (Gn 2,2). Mais il faut prendre en considération que, si le samedi est alors le jour du repos, quelque chose de surprenant est arrivé dans l’Église naissante : au lieu du samedi, du septième jour, il s’agit du premier jour de la semaine : le dimanche. Ce jour du Seigneur est le jour de la rencontre avec Dieu à travers Jésus Christ, Lui qui, le premier jour – le dimanche –, a rencontré les siens en tant que ressuscité, après que ces derniers aient trouvé vide le sépulcre. La structure de la semaine est maintenant bouleversée. Elle n’est plus dirigée vers le septième jour, pour participer lors de ce jour au repos de Dieu. Elle débute par le premier jour de la semaine, par le jour de la rencontre avec le ressuscité. Le dimanche est donc une fête « active ».

L’Evangile d’aujourd’hui nous montre comment le Christ fête activement le « nouveau samedi » : le Fils de Dieu manifeste sa gloire pour aider la foi de ses disciples. En participant à une fête qui célèbre la beauté et la joie d’un amour humain entre un homme et une femme qui s’unissent par le mariage, Jésus donne une signification pleine et resplendissante à la famille. Il se rend à une fête de noces, il y fait un miracle généreux – 600 litres de vin pour une fête qui va se terminer – et il agit afin que la joie ne se transforme en déception à cause du manque de vin : il manifeste un amour plus grand. Mais quel amour ? Le sien ou celui des mariés ? L’amour de Jésus et l’amour des mariés en même temps ? La réponse est : l’amour humain dans l’amour divin.

 

2) Une Épiphanie nuptiale

L’amour nuptial de deux jeunes époux, qui célèbrent le début de leur vie de famille, s’enracine dans l’amour du Christ qui « célèbre » le début de sa donation nuptiale à l’humanité représentée, en particulier, par ses disciples. Les noces sont le symbole de l’alliance entre l’homme et Dieu, le plus beau signe, ce que l’homme expérimente dans l’amour : la réciprocité, le don, la joie, la fiabilité, la compagnie, la tendresse. « Avec ce “signe” de Cana, Jésus se révèle comme l’Epoux messianique, venu établir avec son peuple la nouvelle et éternelle alliance, selon la parole des prophètes : “Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu” ( Is 62,5). Et le vin est le symbole de cette joie de l’amour ; mais il fait aussi allusion au sang, que Jésus versera à la fin, pour sceller le pacte nuptial avec l’humanité » (Benoît XVI, 20 janvier 2013).

Jésus, le Seigneur ressuscité, n’est jamais absent à nos fêtes d’amour et l’amour de ces deux époux de Cana, le jour de leurs noces, entre – d’une façon étonnante – dans le temps de Dieu et dans l’heure de la Passion et de la Résurrection de Jésus. Lorsque la fête de l’amour est célébrée par le sacrement du mariage, l’eau est transformée en vin, comme à Cana en Galilée, et les époux reçoivent comme don de Dieu la purification et la stabilité de leur amour. L’amour est merveilleux et fragile, mais dans le sacrement du mariage Dieu fait le miracle de le rendre saint et stable, fidèle et fort pour défier le temps et les difficultés et pour le rendre fécond. Comme à Cana, Jésus unit le chemin des époux à Son Chemin d’obéissance amoureuse et fidèle au Père, une obéissance qui le conduira à la croix et à la gloire.

Dans cette petite ville de Galilée, grâce à l’amour des deux époux et à la sollicitude de sa Mère, Jésus commence à manifester la gloire de son amour : amour qu’il dévoilera pleinement par sa Pâque et qu’il nous laissera dans le signe de la Cène eucharistique. En se nourrissant de l’Eucharistie, chaque famille chrétienne participe à l’amour du Christ et apprend à aimer comme Lui nous a aimés. Dans l’Eucharistie, comme à Cana, l’amour de Jésus apparaît dans le signe du vin, dont il remplit le calice doux de la fête et celui amer de la passion, parce que l’amour est don et offrande. Donc, si une famille veut vivre la plénitude de l’amour, elle doit apprendre toujours plus cet amour en participant à l’Eucharistie dans laquelle Jésus offre son amour pour nous. Dans la petite Cana de Galilée, Jésus commence ses miracles. Dans la petite « Cana » de nos familles, le Christ accomplit des « signes ». Dans la foi et dans la prière, dans l’écoute réciproque et la confrontation quotidienne, chacun de nous peut s’apercevoir qu’encore aujourd’hui des miracles adviennent, petits et grands « signes » que Dieu met sur notre chemin.

 

3) Noces virginales

En se référant au miracle de l’eau transformée en vin, le passage de l’Evangile d’aujourd’hui termine ainsi : « Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana en Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui » (J 2,11). Avec cette phrase finale l’évangéliste saint Jean synthétise le but de ce son récit. Le miracle de Cana a manifesté pour la première fois la « gloire » du Messie et a produit son résultat : la foi des disciples. Si nous voulons répéter la même expérience, nous devons nous laisser persuader par la Vierge Marie de faire ce que Jésus dit. Chaque moment de notre vie, chaque désir de joie et de plénitude peuvent être apaisés par le bon vin nouveau de l’Evangile qui est le vin de la charité : « Le Christ a transformé l’eau de la peur en vin de charité, en nous faisant des fils adoptifs qui dans l’esprit disent “Abbà, Père” » (saint Thomas d’Aquin, Commentaire de l’Evangile de Jean, chap. 1, lect. 1). Avec ce miracle, Jésus « manifesta sa gloire, c’est-à-dire sa puissance, et les disciples crurent en lui. Comment crurent-ils en lui s’ils étaient déjà ses disciples et, donc, croyaient déjà en lui ? Avant, ils croyaient en lui comme un homme bon, qui enseignait des choses bonnes et justes. A partir de ce moment, ils le crurent Dieu » (ibid.). Le Christ, le Fils de Dieu, est l’époux, et les vierges consacrées dans le monde « devant tous les fidèles sont un rappel de cet admirable mariage opéré par Dieu et qui se manifestera pleinement dans le siècle futur, donc, l’Église a le Christ comme unique Époux » (Perfectae Caritatis, 12). C’est dans cette relation nuptiale que l’on découvre la valeur fondamentale de la virginité d’un ordre consacré à Dieu.

La vérité de ces noces est manifestée par divers passages du Nouveau Testament. Par exemple, Jean le Baptiste désigne Jésus comme l’époux qui possède l’épouse, au peuple qui accourt à son baptême ; tandis que lui, le Précurseur, se définit comme « l’ami de l’époux qui est présent et l’écoute », et qui « exulte de joie à la voix de l’époux » (Jn 3,29). Jésus aussi parle de lui-même comme de l’époux annoncé et attendu : l’Époux Messie (cf. Mt 9, 15 ; 22, 2 ; 25, 1 – 13 ; Mc 2, 19-20 et Lc 12, 35-38). On peut dire en ce sens que le premier miracle de Jésus fait à Cana est significatif, parce qu’il le fait pour un banquet de noces (cf. Jn 2, 1-12). Jésus Epoux invite à répondre à son don d’amour divin par un amour nuptial, qui implique don et accueil réciproque et pour toujours. Il faut souligner que, s’il est vrai que tous sont appelés à répondre avec amour à l’amour, il est vrai aussi qu’il demande à quelques-uns une réponse plus forte, plus radicale, plus pleine : celle de la virginité « pour le Règne des cieux ». Qui vit dans la virginité consacrée n’est pas dans la solitude mais dans la communion avec Dieu en Christ. Dans cette union, le Christ s’offre entièrement à chaque âme virginale et chaque âme virginale s’offre entièrement au Christ, son époux. C’est pour cela que l’apôtre Paul reconnaît dans la virginité le charisme de l’amour parfait et indivisé, de la charité totale et féconde. A cet égard, l’exemple éminent est la virginité féconde de Marie, la Mère de Dieu. En elle, plus qu’en toutes les autres créatures, le mystère de l’Alliance a trouvé son accomplissement. Il ne faudrait jamais séparer la maternité de Marie de sa virginité, parce que c’est par son don d’elle-même à Dieu, dans sa virginité, qu’elle est devenue Mère de Dieu et de nous tous. La vocation des vierges consacrées est d’être aujourd’hui les épouses du Christ et de continuer cette fécondité spirituelle dans l’Église d’aujourd’hui (cf. Rituel de consécration pontifical des vierges, n° 17 : « Voulez-vous prendre le Christ pour Époux ? »).

 

Lecture patristique : Saint Maxime de Turin4 :

Le Fils de Dieu est donc allé aux noces pour sanctifier par sa présence bénie le mariage qu’il avait institué par une décision souveraine. Il est allé à des noces célébrées selon l’ancienne coutume, en vue de se choisir dans la société des païens une épouse qui resterait toujours vierge. Lui qui n’est pas né d’un mariage humain est allé aux noces. Il y est allé non point pour prendre part à un joyeux banquet, mais pour se révéler par un exploit vraiment admirable. Il est allé aux noces non pour boire des coupes de vin, mais pour en donner. Car, dès que les invités manquèrent de vin, la bienheureuse Marie lui dit : Ils n’ont pas de vin. Jésus apparemment contrarié lui répondit : Femme, que me veux-tu (Jn 2,3-4)?

De telles paroles sont, sans aucun doute, le signe d’un mécontentement. Elles s’expliquent pourtant, à mon avis, par le fait que la mère lui avait signalé d’une manière inattendue qu’on manquait d’une boisson matérielle, alors qu’il était venu offrir aux peuples de la terre entière le calice nouveau de l’éternel salut. En répondant : Mon heure n’est pas encore venue (Jn 2,4), il prophétisait certainement l’heure très glorieuse de sa passion, ou bien le vin de notre rédemption qui procurerait la vie à tous. Car Marie demandait une faveur temporelle, tandis que le Christ préparait une joie éternelle.

Le Seigneur très bon n’a toutefois pas hésité à accorder cette grâce moindre, alors que de grandes grâces étaient attendues. La bienheureuse Marie, parce qu’elle était véritablement la mère du Seigneur, voyait par la pensée ce qui allait arriver et connaissait d’avance la volonté du Seigneur. Aussi prit-elle bien soin d’avertir les serviteurs par ces mots : Faites tout ce qu’il vous dira (Jn 2,5). Sa sainte mère savait assurément que la parole de reproche tombée de la bouche de son fils, le Seigneur, ne cachait pas le ressentiment d’un homme en colère, mais contenait une mystérieuse compassion. Alors, pour rassurer sa mère déconcertée par cette réprimande, le Seigneur révéla aussitôt son pouvoir souverain. Il dit aux serviteurs qui attendaient : Remplissez d’eau les cuves (Jn 2,7). Les serviteurs, dociles, s’empressèrent d’obéir. Et voici que d’une manière soudaine et merveilleuse, ces eaux commencèrent à recevoir de la force, à prendre de la couleur, à répandre une bonne odeur, à acquérir du goût, et en même temps à changer entièrement de nature. Et cette transformation des eaux en une autre substance a manifesté la présence de la puissance créatrice. Personne, en vérité, hormis celui qui a créé l’eau de rien, ne peut la transformer en une substance destinée à d’autres usages. Il n’y a aucun doute, mes bien-aimés, que celui-là même qui a changé l’eau en vin, lui a donné aussi, à l’origine, la consistance de la neige et la dureté de la glace. Il l’a changée en sang pour les Égyptiens. Pour étancher la soif des Hébreux, il lui a ordonné de couler d’un dur rocher, dont il a fait jaillir, comme du sein d’une mère, une source nouvelle qui a fait vivre une multitude innombrable de peuples.

Tel fut, dit l’Écriture, le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana en Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui (Jn 2,11). La foi des disciples ne s’appliquait pas du tout à ce qui s’accomplissait sous leurs yeux, mais à ce que les yeux du corps ne peuvent voir. Ils ont cru, non que Jésus Christ était le fils d’une vierge, car ils le savaient, mais qu’il était aussi le Fils unique du Très-Haut, ce dont le miracle leur fournissait la preuve. Voilà pourquoi, mes frères, nous devons croire, nous aussi, de tout notre cœur, que celui-là même que nous appelons le fils de l’homme, est également le Fils de Dieu. Puisqu’il était présent aux noces en tant qu’homme, et qu’il a changé l’eau en vin en tant que Dieu, croyons que non seulement il partage notre nature, mais aussi qu’il est par nature égal au Père, afin que notre Seigneur, dans sa bonté, veuille nous donner à boire, en raison de cette foi, le vin très pur de sa grâce.


7° Homélie de Félix Beuzet, spiritain :

Aux noces de Cana durant lequel Jésus fait son premier signe (miracle), il manifesta sa gloire, nous dit l’Évangile de Jean, et ses disciples crurent en lui. Cet évangile nous dit comment les premiers chrétiens sont venus à la foi, après sa résurrection … et comment nous devons parvenir à la foi … à cette même foi. Le cycle de Noël, que nous venons de célébrer depuis le 25 décembre, se termine, pour nous chrétiens occidentaux dimanche dernier. Dans la liturgie orientale, les noces de Cana manifestent la 3° Épiphanie, après celles des Mages, puis celle du baptême de Jésus au Jourdain. La 3° épiphanie de Jésus, tout comme les deux autres, nous montre comment Jésus vient à la rencontre de l’humanité, comment Dieu crée un lien indélébile, un lieu ineffaçable, spirituel avec les hommes, dans l’humanité, Jésus Fils du Père est devenu Homme et comme homme il a été pleinement avec nous, dans le plan de Dieu, dans lequel les hommes devrons entrer par la grâce. Dieu fait alliance avec les hommes par Jésus. À Béthléem, dans le cours de notre histoire humaine … Plus tôt dans l’évangile de Saint Jean il est dit : « le verbe qui depuis l’origine était la lumière, est venu parmi les siens, mais les siens ne l’ont pas reçu, il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire ». Mais cette création voulue par Dieu a été gâchée par l’homme, Dieu nous dit dans la première lecture, ne veut pas se taire pour la cause de Sion, qui ne sera plus délaissée, la Désolation, mais elle sera ma préférence, elle sera épousée ! Dieu sera comme un bâtisseur, comme un jeune mariée qui sera la joie de son Dieu ! C’est une alliance nouvelle création qui s’annonce comme il est dit ici des noces de Cana où l’on montre dans l’Évangile de Jean comment Jésus va y parvenir. Il y eut un mariage à Cana en Galilée. Jésus et sa mère sont invités avec ses disciples : Jésus, Marie, les disciples, le tableau est au complet. Et voilà que le vin manqua. Marie intervient auprès de son Fils qui lui répond que son heure n’est pas encore venue. 6 Jarres vides sont remplies d’eau par les serviteurs, et, en présence de Jésus deviennent du vin, meilleur que tout autre, et qui réjouit tout le monde : « Tu as gardé le bon vin jusqu’à la maintenant » dit le maître du repas à Jésus. Ce maintenant qui sera l’heure de Jésus viendra à la fin de sa mission en ce monde quand il dira à ses disciples de faire le service de préparation des repas pascal lorsqu’il prendra la coupe de vin, prenez c’es mon sang qui sera versé.

Jésus se présente comme le Maître et le serviteur qui fait alliance avec nous, les hommes, en son sang. Il sera montré dans l’évangile de St Jean comme le Maître et le serviteur lavant les pieds de ses disciples. Et l’heure dont il parle au noces se termine sur la croix ou il donne son sang jusqu’au Golgotha avec ses disciples et Marie au pied de la croix, Marie image et signe de l’Eglise qui accueille Jean chez elle. Tel fut le commencement des signes de Jésus à Cana de Galilée où Jésus inaugure sa mission en nous montrant le chemin à parcourir pour réaliser véritablement l’Alliance que Dieu ouvre avec les hommes et les hommes avec Dieu en Jésus Christ. Il s’est fait homme, l’un des nôtres, pour que nous soyons aussi divinisés, il s’est abaissé pour que nous soyons élevés avec lui nous dit Saint Paul.

Jésus à Cana mène vers sa fin l’alliance de Dieu Père avec nous pour que nous en fassions mémoire à chaque eucharistie. À l’offertoire en mettant la goutte d’eau dans le vin, le prêtre dit : « Comme cette goutte d’eau se mêle au vin, puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité ». Ceci est l’œuvre de l’unique et même esprit dont nous a parlé Paul, cet Esprit que nous a rendu Jésus en mourrant sur la croix et qui distribue ses dons à tous et à chacun en particulier. Puissions-nous dans ce même esprit, comprendre et vivre cette alliance que Dieu Père veut établir avec nous par Jésus.

1 (?-v. 420), évêque : CC Sermon 65, p. 273-274 ; PL 17,624-626 (trad. Pères dans la foi, Migne 1996, p.70) 

2 « Cana et le don de la joie » : c’est le titre de la méditation proposée par Mgr Francesco Follo, Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, à Paris, sur les lectures de la messe de dimanche prochain, 17 janvier 2016. Mgr Follo évoque une « troisième épiphanie ». Comme lecture patristique, Mgr Follo propose une homélie de saint Maxime de Turin ( + vers 415). http://fr.zenit.org/articles/cana-et-le-don-de-la-joie/

3 En effet, l’évangéliste et apôtre Jean regroupe les premiers épisodes du ministère public du Christ en une semaine :

le premier jour, il est fait mention du témoignage du Baptiste, précédant la délégation envoyée par les chefs de Jérusalem (Jn 1,19-28) ;

le jour suivant, c’est l’indication du Messie qui est décrite, l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, l’élu de Dieu qui baptise avec l’Esprit Saint (Jn 1,29-34) ;

le troisième jour, est racontée la vocation des premiers disciples (Jn 1, 35-42) ;

le quatrième jour est marqué par l’appel de Philippe et la rencontre de Nathanaël avec Jésus (Jn 1, 43-51) ;

trois jours plus tard, c’est la transformation de l’eau en vin pendant la fête des noces (Jn 2, 1-12).

Lors de cette semaine inaugurale de la manifestation du Christ, tout tend vers le passage final, dans lequel l’évangéliste déclare solennellement que « Jésus a commencé ses signes à Cana en Galilée, et a révélé sa gloire » (Jn 2, 11). Le Baptiste a préparé l’œuvre du Christ, il a en effet proclamé être venu baptiser par l’eau, afin que le Messie soit révélé à Israël (Jn 1,31). La manifestation du vin constitue ainsi la manifestation initiale emplie de la personne divine de Jésus. Cette gloire propre au Fils unique du Père (Jn 1,14), fut contemplée pour la première fois par les disciples à Cana en Galilée (cf. Olsson B., Structure and Meaning in the Forth Gospel, Lund 1974, 102sqq ; Panimolle S.A., Lecture pastorale de l’Evangile de Jean, 1, EDB, Bologne, 1978, 147sq ; Serra A., Marie à Cana et près de la Croix, Rome, 1978, 13 sqq).

4 ( + vers 415) Homélie 23 (PL 57. 274-276)