Pages spirituelles

Dimanche 24 janvier 2016 : 3° temps ordinaire



1) Livre de Néhémie 8,2-4a.5-6.8-10 :

En ces jours-là, le prêtre Esdras apporta la Loi en présence de l’assemblée, composée des hommes, des femmes, et de tous les enfants en âge de comprendre. C’était le premier jour du septième mois. 
Esdras, tourné vers la place de la porte des Eaux, fit la lecture dans le livre, depuis le lever du jour jusqu’à midi, en présence des hommes, des femmes, et de tous les enfants en âge de comprendre : tout le peuple écoutait la lecture de la Loi. 
Le scribe Esdras se tenait sur une tribune de bois, construite tout exprès.
Esdras ouvrit le livre ; tout le peuple le voyait, car il dominait l’assemblée. Quand il ouvrit le livre, tout le monde se mit debout. 
Alors Esdras bénit le Seigneur, le Dieu très grand, et tout le peuple, levant les mains, répondit : « Amen ! Amen ! » Puis ils s’inclinèrent et se prosternèrent devant le Seigneur, le visage contre terre. 
Esdras lisait un passage dans le livre de la loi de Dieu, puis les lévites traduisaient, donnaient le sens, et l’on pouvait comprendre. 
Néhémie le gouverneur, Esdras qui était prêtre et scribe, et les lévites qui donnaient les explications, dirent à tout le peuple : « Ce jour est consacré au Seigneur votre Dieu ! Ne prenez pas le deuil, ne pleurez pas ! » Car ils pleuraient tous en entendant les paroles de la Loi. 
Esdras leur dit encore : « Allez, mangez des viandes savoureuses, buvez des boissons aromatisées, et envoyez une part à celui qui n’a rien de prêt. Car ce jour est consacré à notre Dieu ! Ne vous affligez pas : la joie du Seigneur est votre rempart ! » 



2° Psaume 19(18),8.9.10.15 :

La loi du Seigneur est parfaite, 
qui redonne vie ; 


La charte du Seigneur est sûre, 
qui rend sages les simples. 



Les préceptes du Seigneur sont droits, 
ils réjouissent le cœur ; 


Le commandement du Seigneur est limpide, 
il clarifie le regard. 



La crainte qu'il inspire est pure, 
elle est là pour toujours ; 


Les décisions du Seigneur sont justes 
et vraiment équitables : 



Accueille les paroles de ma bouche, 
le murmure de mon cœur ; 


Qu'ils parviennent devant toi, 
Seigneur, mon rocher, mon défenseur ! 





3° Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 12,12-30 :

Frères, prenons une comparaison : le corps ne fait qu’un, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps. Il en est ainsi pour le Christ. 
C’est dans un unique Esprit, en effet, que nous tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés pour former un seul corps. Tous, nous avons été désaltérés par un unique Esprit. 
Le corps humain se compose non pas d’un seul, mais de plusieurs membres. 
Le pied aurait beau dire : « Je ne suis pas la main, donc je ne fais pas partie du corps », il fait cependant partie du corps. 
L’oreille aurait beau dire : « Je ne suis pas l’œil, donc je ne fais pas partie du corps », elle fait cependant partie du corps. 
Si, dans le corps, il n’y avait que les yeux, comment pourrait-on entendre ? S’il n’y avait que les oreilles, comment pourrait-on sentir les odeurs ? 
Mais, dans le corps, Dieu a disposé les différents membres comme il l’a voulu. 
S’il n’y avait en tout qu’un seul membre, comment cela ferait-il un corps ? 
En fait, il y a plusieurs membres, et un seul corps. 
L’œil ne peut pas dire à la main : « Je n’ai pas besoin de toi » ; la tête ne peut pas dire aux pieds : « Je n’ai pas besoin de vous ». 
Bien plus, les parties du corps qui paraissent les plus délicates sont indispensables. 
Et celles qui passent pour moins honorables, ce sont elles que nous traitons avec plus d’honneur ; celles qui sont moins décentes, nous les traitons plus décemment ; 
pour celles qui sont décentes, ce n’est pas nécessaire. Mais en organisant le corps, Dieu a accordé plus d’honneur à ce qui en est dépourvu. 
Il a voulu ainsi qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les différents membres aient tous le souci les uns des autres. 
Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie. 
Or, vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps.
Parmi ceux que Dieu a placés ainsi dans l’Église, il y a premièrement des apôtres, deuxièmement des prophètes, troisièmement ceux qui ont charge d’enseigner ; ensuite, il y a les miracles, puis les dons de guérison, d’assistance, de gouvernement, le don de parler diverses langues mystérieuses. 
Tout le monde évidemment n’est pas apôtre, tout le monde n’est pas prophète, ni chargé d’enseigner ; tout le monde n’a pas à faire des miracles, 
à guérir, à dire des paroles mystérieuses, ou à les interpréter. 



4° Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 1,1-4.4,14-21 :

Beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, 
d’après ce que nous ont transmis ceux qui, dès le commencement, furent témoins oculaires et serviteurs de la Parole. 
C’est pourquoi j’ai décidé, moi aussi, après avoir recueilli avec précision des informations concernant tout ce qui s’est passé depuis le début, d’écrire pour toi, excellent Théophile, un exposé suivi, 
afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as entendus. 
Lorsque Jésus, dans la puissance de l’Esprit, revint en Galilée, sa renommée se répandit dans toute la région. 
Il enseignait dans les synagogues, et tout le monde faisait son éloge.
Il vint à Nazareth, où il avait été élevé. Selon son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture.
On lui remit le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit :
« L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés,
annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. »


Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui.
Alors il se mit à leur dire : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. »


5° Commentaire du jour : Origène1: « Cette parole de l'Écriture..., c'est aujourd'hui qu'elle s'accomplit » :

Quand vous lisez : « Il enseignait dans leurs synagogues et tous célébraient ses louanges », prenez garde de n'estimer heureux que les auditeurs du Christ et de vous juger, vous, privés de son enseignement. Si l'Écriture est la vérité, Dieu n'a pas seulement parlé jadis dans les assemblées juives, mais il parle aujourd'hui encore dans notre assemblée. Et non seulement ici, dans la nôtre, mais dans d'autres réunions et dans le monde entier Jésus enseigne et cherche des porte-parole pour transmettre son enseignement. Priez pour qu'il me trouve à la fois disposé et apte à le chanter. 

De même que le Dieu tout-puissant, cherchant des prophètes au temps où la prophétie faisait défaut aux hommes, trouve par exemple Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, Daniel, ainsi Jésus cherche des porte-parole pour transmettre sa parole, pour « enseigner les peuples dans leurs synagogues et être glorifié par tous ». Aujourd'hui Jésus est davantage « glorifié par tous » qu'au temps où il n'était connu que dans une seule province.


6° Commentaire des lectures de dimanche 24 janvier 2016, par Mgr Follo2 : Parole de libération, pleine de miséricorde :

Lectures bibliques: Néhémie 8, 2-4 ; 5-6 ; 8-10 ; Psaume 18 ; 1 Corinthiens 12, 12-30 ; Luc 1, 1-4 ; 4, 14-21.


1) L’aujourd’hui de Jésus : l’aujourd’hui de la miséricorde

Aujourd’hui, la liturgie nous fait écouter deux passages de l’Évangile de saint Luc :

Aujourd’hui, résonne dans l’Eglise, pendant la messe, le commentaire de la prophétie d’Isaïe que fit Jésus, il y a environ deux mille ans, dans la synagogue de Nazareth : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » (Lc 4, 21). Introduisons-nous dans la scène, entrons, nous aussi, dans la synagogue de Nazareth et ainsi, nous pouvons assister spirituellement à un fait historique d’importance capitale. Le Messie se lève, prend dans ses mains le rouleau d’Isaïe et trouve tout de suite le passage où il est écrit : « L’Esprit du Seigneur est sur moi… » Une fois terminée la lecture de cet extrait du prophète Isaïe, Jésus s’assied (ce qui équivaut à prendre la place du Maître) et dans un silence lourd d’attente, il enseigne : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture. » Nous aussi, comme ses concitoyens, nous restons stupéfaits de la conclusion que le Christ tire de cette prophétie d’Isaïe et je crois qu’il est permis d’imaginer que, quand Jésus a dit « Aujourd’hui… » (cité ci-dessus), il a indiqué, de l’index de sa main, sa propre personne. Il est l’accomplissement de toutes les Écritures. Sa présence parmi les hommes marque le début d’une année de grâce. A partir de ce moment-là, les signes de la miséricorde et de la proximité de Dieu auprès des pauvres, des aveugles et des prisonniers, c’est-à-dire auprès de tous ceux qui sont dans le besoin, seront toujours plus évidents.

Saint Cyrille d’Alexandrie affirme que « l’aujourd’hui », placé entre la première et la dernière venue du Christ, est lié à la capacité du croyant d’écouter et de reconnaître ses torts (cf. PG 69, 1241). Mais, dans un sens encore plus radical, c’est Jésus lui-même « l’aujourd’hui » du salut dans l’histoire, parce qu’il porte à son accomplissement la plénitude de la rédemption. Le terme « aujourd’hui » est très cher à saint Luc (cf. 19, 9 ; 23, 43) pour montrer que Jésus est le sauveur. Déjà dans les récits de l’enfance, cet évangéliste rapporte les paroles de l’ange aux bergers : « Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ Seigneur » (Lc 2, 11). « Avant de pouvoir parler de Dieu et avec Dieu, encore faut-il l’écouter, et la liturgie de l’Église est l’école de cette écoute du Seigneur qui nous parle. Chaque moment peut devenir un aujourd’hui propice à notre conversion. Chaque jour peut devenir l’aujourd’hui salvifique, parce que le salut est une histoire qui continue pour l’Église et pour chaque disciple du Christ. Voilà le sens chrétien du Carpe Diem : cueille l’aujourd’hui où Dieu t’appelle pour te donner le salut ! » (Benoît XVI).

Demandons à Marie, mère de la miséricorde, la grâce de reconnaître et d’accueillir, chaque jour de notre vie, la présence de Dieu, notre sauveur et sauveur de toute l’humanité. Ce sera pour nous comme une deuxième évangélisation. En cette Année sainte de la miséricorde, le pape François nous invite à rechercher l’aujourd’hui de Dieu, de son amour, de sa miséricorde pour tout homme. Il s’agit de vivre ce temps de grâce (dans l’évangile en grec kairos), temps propice à la rencontre avec Dieu qui cherche ses enfants, qui les suit pour leur donner tout son amour de père, presque comme s’il ne pouvait pas être heureux sans eux. Dans le langage de la Bible, kairos indique vraiment la qualité positive du temps, c’est le moment favorable et propice, celui choisi par Dieu pour manifester sa miséricorde.


2) L’aujourd’hui des évangélisateurs de miséricorde

Aujourd’hui résonne, pour nous et en nous, l’annonce de la joyeuse nouvelle que Dieu est amour miséricordieux, bonne et affectueuse sollicitude. Étant père, il aime être avec ses enfants et son amour ne disparaît jamais : il est « miséricordieux » parce que la caractéristique de la bonté de Dieu est « d’accorder tous ses bienfaits à ceux qu’il aime ». Accueillir l’amour miséricordieux qui vient de Jésus signifie alors, adhérer à un « monde nouveau » où nous vivons, dans la miséricorde, un rapport filial avec Dieu et fraternel entre nous. Dieu est devenu l’un de nous, afin que nous puissions être avec lui, devenir semblables à lui.

Qui a été évangélisé par cette expérience de miséricorde qui est la justice de Dieu qui recrée, doit à son tour évangéliser. Qui a été évangélisé par cette expérience : « Dieu nous aime et nous aime d’un amour miséricordieux », a vraiment connu ce Dieu de miséricorde et doit, à son tour, porter au monde l’annonce chrétienne que « Dieu est riche en miséricorde » (Ep 2, 4), qu’il est un père qui nous comprend et qu’il nous a envoyé son fils, fait chair comme nous, pour nous dire que nous sommes fils de la miséricorde.

Dans cet aujourd’hui de la miséricorde, le comportement le plus juste que nous devons avoir à l’égard de Dieu, et surtout envers Dieu Amour Miséricordieux, c’est celui de nous abandonner en Lui. S’abandonner dans les mains de Dieu nous permet de nous laisser étreindre par sa miséricorde qui donne la force et qui recrée un cœur nouveau. En effet, l’Amour Miséricordieux nous rachète en transformant nos cœurs et en nous faisant devenir des hommes nouveaux, parce qu’il n’y a pas d’humanité nouvelle si avant, il n’y a pas des hommes avec un cœur nouveau.


3) Miséricorde et virginité

Dans l’Église, il y a une vocation qui aide tous les chrétiens à redécouvrir le vrai sens de la miséricorde de Dieu, et c’est celle de la virginité. Les vierges qui se consacrent à Dieu dans le monde, dans un total abandon, montrent comment il est possible d’entrer dans une nouvelle dimension des rapports avec Dieu et avec les hommes : celle de la connaissance de la gratuité de Dieu et de l’amour désintéressé du Christ pour chacun de nous, comme nous sommes. Toute l’histoire de la Bible est marquée de cet amour fidèle de Dieu, de sa miséricorde et de sa compassion. Même quand ils annoncent les pires punitions, les prophètes n’oublient jamais de rappeler que le cœur de Dieu est toujours prêt à s’éloigner de sa colère de père trahi. « Un bref instant, je t’avais abandonné, mais sans relâche, avec tendresse, je vais te rassembler. Dans un débordement d’irritation, j’avais caché mon visage, un instant, loin de toi, mais avec une amitié sans fin je te manifeste ma tendresse, dit celui qui te rachète, le Seigneur » (Is 54, 7-8). Dieu ne garde pas rancune à l’homme, son être miséricordieux le porte au désir éternel que l’homme vive : « Quel Dieu est semblable à toi, qui pardonnes l’iniquité, qui oublies les péchés du reste de ton héritage ? Il ne garde pas sa colère pour toujours car il prend plaisir à la miséricorde » (Mi 7, 18-20).

Les personnes consacrées sont appelées de manière particulière à être témoins de cette miséricorde du Seigneur, dans laquelle tout être humain trouve son propre salut. Elles maintiennent vivante l’expérience du pardon de Dieu, parce qu’elles ont conscience d’avoir été sauvées, d’être grandes parce qu’elles se reconnaissent petites, de se sentir renouvelées et enveloppées par la sainteté de Dieu alors qu’elles reconnaissent leur propre péché. Pour cela, même pour l’humanité d’aujourd’hui, la vie consacrée reste une école privilégiée de la « componction du cœur », de l’humble reconnaissance de sa propre misère, mais également reste une école de confiance dans la miséricorde de Dieu, dans son amour qui n’abandonne jamais. En réalité, plus on se rapproche de Dieu, plus on est proche de lui, plus on est utile aux autres (cf. Rituel de consécration des vierges, n° 27 : « Ne cessez jamais de louer votre Dieu ni d’intercéder pour le salut du monde »).

J’ajoute une dernière réflexion, que je considère importante. Les vierges consacrées rendent proche l’exemple de Marie, Vierge de Miséricorde. Depuis le XIe siècle, la Sainte Vierge est reconnue comme mère de miséricorde, parce que la vérité du lien profond et intime entre son être de Mère de Dieu et son être de Mère de chacun d’entre nous, est devenue dès lors bien claire. La miséricorde est une qualité de l’amour maternel. Le Fils Jésus fut généré par elle pour qu’il soit la miséricorde de l’humanité et Marie diffuse et répand cette miséricorde avec un amour de mère, de génération en génération. Les vierges consacrées dans le monde témoignent qu’encore aujourd’hui, la Sainte Vierge est non seulement refuge de miséricorde mais aussi modèle de miséricorde et que la nouvelle famille des enfants de Dieu n’est pas fondée « sur la chair et sur le sang » mais sur la grâce d’un amour complètement donné à Dieu.

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Lecture patristique: Origène (+ 253), In Luc., 32, 2-6

Quand vous lisez : Il enseignait dans leurs synagogues, et tout le monde faisait son éloge, gardez-vous de n’estimer heureux que ces gens-là, et de vous croire privés de son enseignement. Si les Écritures sont vraies, le Seigneur n’a pas seulement parlé en ce temps-là, dans les assemblées juives, mais il parle également aujourd’hui dans notre assemblée. Et Jésus enseigne non seulement dans la nôtre, mais dans d’autres encore, et dans le monde entier. Et il cherche des instruments pour répandre ses enseignements. Priez pour qu’il me trouve, moi aussi, disposé et apte à le chanter. Il vint ensuite à Nazareth, où il avait grandi. Comme il en avait l’habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui présenta le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit : L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction (Lc 4,16-18, citant Is 61,1). Ce n’est pas par hasard, mais par une disposition de la divine Providence que Jésus ouvrit le livre et trouva un passage de l’Écriture qui prophétisait à son sujet. Il est écrit, en effet, qu’un moineau ne tombe pas dans le filet sans la volonté du Père (Mt 10,29), et que les cheveux de la tête des Apôtres sont tous comptés (Lc 12,7). Ne serait-ce pas aussi en vertu de sa providence que le livre d’Isaïe fut choisi plutôt qu’un autre, ainsi que ce passage précis qui parle du mystère du Christ : L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction (Is 61,1) ?

Après avoir lu ces paroles, Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui (Lc 4,20). En ce moment aussi, dans notre synagogue, c’est-à-dire dans notre assemblée, vous pouvez, si vous le voulez, fixer les yeux sur le Sauveur. Car, lorsque vous tenez le regard le plus profond de votre cœur attaché à la contemplation de la sagesse, de la vérité et du Fils unique de Dieu, vos yeux sont fixés sur Jésus. Bienheureuse assemblée dont l’Écriture atteste que tous avaient les yeux fixés sur lui ! Comme je voudrais que cette assemblée mérite un témoignage semblable, que tous, catéchumènes, fidèles, femmes, hommes et enfants, regardent Jésus avec les yeux non du corps, mais de l’âme ! Lorsque, en effet, vous tournerez vers lui votre regard, sa lumière et sa contemplation rendront vos visages plus lumineux, et vous pourrez dire : Sur nous, Seigneur, la lumière de ton visage a laissé ton empreinte (cf. Ps 4,7), toi à qui appartiennent la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen (1P 4,11).


7° HOMÉLIE DE PIERRE VEAU, SPIRITAIN :

Demain s’achève la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Cette prière rejoint la supplication de Jésus au terme de sa longue prière sacerdotale, au moment d’entrer dans sa passion. Grand désir de Jésus de voir ses disciples unis, de cette union qu’il vit avec son Père. Ce scandale de la division entre chrétiens est peut-être encore plus douloureux en terre d’islam où les chrétiens sont fragmentés en plusieurs Eglises, principalement réparties entre orthodoxes et catholiques. Quelle tristesse de voir que certains fêtent Pâques  en se saluant « le Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité ! » alors que d’autres vivent leur Carême. Par 2 fois, cette division des chrétiens est dénoncée dans le Coran, y voyant la preuve que les chrétiens sont dans l’erreur. Cette année, donc, la semaine de l’unité a été préparée par des lettons, protestants, orthodoxes et catholiques. La Lettonie a fait partie de l’Union soviétique et la flamme de la foi ne s’est pas éteinte. Le thème choisi est puisé dans la 1re lettre de Pierre : Les disciples du Christ par la foi et le baptême sont passés des ténèbres à la lumière (à quelle fin ?) pour proclamer les hauts faits de Dieu. Voilà donc, nous sommes appelés à proclamer les merveilles de Dieu.

Pour les merveilles de Dieu, je noterai cette surprenante transformation des rapports entre chrétiens. On peut dire que jusqu’à la fin du XIXème siècle chaque Eglise s’évertuait à montrer et démontrer qu’elle détenait le monopole de la vérité et que les autres, par conséquent, s’étaient égarées dans l’erreur. Depuis, des voix se sont élevées pour faire entendre humblement l’appel suppliant du Seigneur Jésus à l’unité, et une étape décisive pour nous, catholiques, a été franchie avec le Concile Vatican II (Nostra aetate) où nous avons reconnu les richesses des autres Eglises. Ainsi, nous sommes entrés dans un cercle vertueux : nous découvrons que nous pouvons recevoir des autres Eglises. Et pour revenir aux chrétiens dans le monde musulman. Je signale parmi les merveilles de Dieu cette prière quotidienne  dans ce quartier de Damas, à Soufanieh ; à cette prière se retrouvent orthodoxes et catholiques, à la suite d’une manifestation du Seigneur Jésus et de la Vierge Marie à une jeune femme catholique Myrna, épouse de Nicolas orthodoxe. Et les messages reçus sont toujours une invitation à unifier la date de Pâques. Ces révélations sont accompagnées de signes mystiques : stigmates, exsudation d’huile parfumée sur le corps de Myrna, exsudation d’icônes. Cette prière se poursuit chaque jour malgré l’insécurité, les explosions, les roquettes et les bombes …

Autre merveille qu’il faut proclamer : à la fin du concile en 1965, la rencontre du Patriarche Athénagoras et du pape Paul VI qui marquait la fin de l’excommunication réciproque qui datait de 1054 et a duré près d’un millénaire. Le 25 mai à Jérusalem, le pape François et le patriarche Bartholomeos veulent commémorer cet événement. A l’ère de l’excommunication succède celle de la communion. Dans « La joie de l’Evangile »,  François cite comme exemple de ce que nous pouvons apprendre des autres Eglises la collégialité de l’Eglise orthodoxe. Oui, nous pouvons affirmer que l’unité des chrétiens est en marche et là, c’est vraiment un des hauts faits de Dieu.

L’Évangile de Luc de ce dimanche est un montage où l’on a rapproché le texte de l’introduction de l’Évangile et la scène de la prédication de Jésus à Nazareth, dans son pays, au milieu des siens. Le prologue de saint Luc indique ses intentions. On sent tout le sérieux, toute l’application qu’il a mis à composer son Évangile. Il y a fait œuvre d’historien tel qu’on pouvait comprendre ce métier à son époque. Puis nous passons dans la synagogue de Nazareth, pour la liturgie du sabbat. Jésus est invité à faire la lecture. Comme le scribe Esdras, Jésus, pour lire, se tient sur une estrade au milieu de l’assemblée. Comme lui, il va lire le texte d’Isaïe : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur. » Puis, comme le bon lévite, Jésus va expliquer le texte.  Il s’est assis, il a fait naître un silence attentif. Et, quand il élève la voix, c’est pour dire que cette Parole entendue n’est pas une parole morte faite de souvenirs. Cette parole est vivante, elle se réalise, elle s’accomplit. Elle est efficace, elle fait ce qu’elle dit : « Aujourd’hui, cette Parole s’accomplit à vos oreilles. » Avec Jésus, la Parole de Dieu est au présent. Elle exprime sa personne. Elle ne peut être plus concrète. Toute sa personne parle de Dieu. Ce n’est pas la première fois que les gens entendaient cette parole du prophète Isaïe. Tout au long des siècles, elle était proclamée dans les synagogues. Mais il y avait un écart, un décalage entre cette parole et celui qui la proclamait. Nous sommes tous victimes de nos lourdeurs, de notre péché. Mais avec Jésus, à travers lui, c’est Dieu qui agit pour libérer, pour guérir et sauver. Avec lui, c’est vraiment la Bonne Nouvelle qui est annoncée aux pauvres, aux exclus, aux aveugles. Bonne Nouvelle annoncée aux pauvres, cela ne signifie pas que les autres sont exclus. Mais seuls ceux qui ont un cœur de pauvre sont en mesure de l’accueillir. Car cette Bonne Nouvelle n’est pas  la construction de belles idées bien charpentées, mais c’est la Personne même du Christ qui s’offre ; et pour l’accueillir, il faut un cœur de pauvre, débarrassé de suffisance, assoiffé d’être libéré.

Ces pauvres dont parle Jésus sont de plus en plus nombreux et l’écart avec les riches ne fait que croître : 62 richissimes possèdent autant que la moitié de la population mondiale 3 milliards et demi d’habitants. Cette déchirure s’accentue, les causes sont analysées : l’argent rapporte plus que le travail, les astuces perverses des paradis fiscaux privent les états de précieux revenus qui devraient être destinés à l’éducation, la santé et les besoins sociaux … Certes, disciples du Christ nous ne pouvons rester muets devant une telle masse d’injustice. Mais, s’il est de notre devoir de comprendre et de dénoncer les mécanismes qui engendrent la misère, il  est primordial de regarder autour de nous. Regardons Jésus qui a libéré, suscité l’espérance et rendu sa dignité à ceux qu’il rencontrait. A notre tour, comment parler de bonne nouvelle au malade qui souffre, au chômeur qui galère, à celui qui n’intéresse personne ?

Je pense que cette Bonne Nouvelle dépend de la manière dont nous accueillons l’autre, celui qui est étranger, celui qui se sent rejeté de tous. Quel regard je porte sur lui ? Trop souvent, c’est un regard négatif. Retenons l’image du négatif de la photo plongée dans le révélateur et fixateur qui fait de très belles photos. Essayons de regarder avec le regard miséricordieux du Christ. Avec le regard, il y a aussi le temps que nous passons à écouter, lui montrer que sa parole est importante et retrouve ainsi sa dignité. Cela fait partie de la Bonne Nouvelle annoncée aux pauvres.

L’Esprit de Dieu est partout où il y a libération, lumière, joie et amour. L’Esprit du Seigneur est sur nous si nous aidons tel ou tel à sortir des esclavages qui l’emprisonnent, si nous faisons de ce jour un jour de bienfaits pour quelques personnes que nous allons rencontrer. La Bonne Nouvelle portée aux pauvres, c’est donc pour aujourd’hui ; c’est à accomplir chaque jour. Que le Seigneur nous aide à rester fidèles sur le chemin qu’il est venu lui-même nous montrer !

1 (v. 185-253), prêtre et théologien : Homélies sur l'évangile de Luc, n°32, 2 ; SC 87 (trad. SC p. 387) 

2 « L’aujourd’hui de Jésus : l’aujourd’hui de la miséricorde »: Mgr Francesco Follo, Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO à Paris, propose ce commentaire de l’Evangile de Luc qui est lu à la messe de dimanche , 24 janvier 2016, 3e dimanche du temps ordinaire (Année C ). Mgr Follo propose aussi comme lecture patristique un commentaire d’Origène sur l’Evangile de luc. http://fr.zenit.org/articles/commentaire-des-lectures-de-dimanche-24-janvier-2016-par-mgr-follo/