Pages spirituelles

Dimanche 31 janvier 2016 : 4° Ordinaire


Livre de Jérémie 1,4-5.17-19 :

Au temps de Josias, la parole du Seigneur me fut adressée : 
« Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré ; je fais de toi un prophète pour les nations. » 
Toi, mets ta ceinture autour des reins et lève-toi, tu diras contre eux tout ce que je t’ordonnerai. Ne tremble pas devant eux, sinon c’est moi qui te ferai trembler devant eux. 
Moi, je fais de toi aujourd’hui une ville fortifiée, une colonne de fer, un rempart de bronze, pour faire face à tout le pays, aux rois de Juda et à ses princes, à ses prêtres et à tout le peuple du pays. 
Ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi pour te délivrer – oracle du Seigneur. » 



Psaume 71(70),1-2.3.5-6ab.15ab.17 :

En toi, Seigneur, j'ai mon refuge : 
garde-moi d'être humilié pour toujours. 


Dans ta justice, défends-moi, libère-moi, 
tends l'oreille vers moi, et sauve-moi. 



Sois le rocher qui m'accueille, 
toujours accessible ; 


Tu as résolu de me sauver : 
ma forteresse et mon roc, c'est toi ! 



Seigneur mon Dieu, tu es mon espérance, 
mon appui dès ma jeunesse. 


Toi, mon soutien dès avant ma naissance, 
tu m'as choisi dès le ventre de ma mère.



Ma bouche annonce tout le jour 
tes actes de justice et de salut ; 


Mon Dieu, tu m'as instruit dès ma jeunesse, 
jusqu'à présent, j'ai proclamé tes merveilles. 




3° Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 12,31.13,1-13 :

Frères, recherchez avec ardeur les dons les plus grands. Et maintenant, je vais vous indiquer le chemin par excellence. 
J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. 
J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, j’aurais beau avoir toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. 
J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien. 
L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; 
il ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; 
il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; 
il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout. 
L’amour ne passera jamais. Les prophéties seront dépassées, le don des langues cessera, la connaissance actuelle sera dépassée. 
En effet, notre connaissance est partielle, nos prophéties sont partielles. 
Quand viendra l’achèvement, ce qui est partiel sera dépassé. 
Quand j’étais petit enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant. Maintenant que je suis un homme, j’ai dépassé ce qui était propre à l’enfant. 
Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai parfaitement, comme j’ai été connu. 
Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c’est la charité. 



4° Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 4,21-30 :

En ce temps-là, dans la synagogue de Nazareth, après la lecture du livre d'Isaïe, Jésus déclara : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. »
Tous lui rendaient témoignage et s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche. Ils se disaient : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? »
Mais il leur dit : « Sûrement vous allez me citer le dicton : “Médecin, guéris-toi toi-même”, et me dire : “Nous avons appris tout ce qui s’est passé à Capharnaüm ; fais donc de même ici dans ton lieu d’origine !” »
Puis il ajouta : « Amen, je vous le dis : aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays.
En vérité, je vous le dis : Au temps du prophète Élie, lorsque pendant trois ans et demi le ciel retint la pluie, et qu’une grande famine se produisit sur toute la terre, il y avait beaucoup de veuves en Israël ;
pourtant Élie ne fut envoyé vers aucune d’entre elles, mais bien dans la ville de Sarepta, au pays de Sidon, chez une veuve étrangère.
Au temps du prophète Élisée, il y avait beaucoup de lépreux en Israël ; et aucun d’eux n’a été purifié, mais bien Naaman le Syrien. »


À ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. 

Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où leur ville est construite, pour le précipiter en bas.
Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin.



5° Commentaire du jour : Saint Cyrille d'Alexandrie1: « Mais lui, passant au milieu d'eux, allait son chemin » :

Le Christ a voulu amener à lui le monde entier et conduire à Dieu le Père tous les habitants de la terre ... Les gens venus du paganisme, enrichis de la foi dans le Christ, ont bénéficié du divin trésor de la proclamation qui apporte le salut. Par elle, ils sont devenus participants du Royaume des cieux et compagnons des saints, héritiers des réalités inexprimables (Ep 2,19.3,6) ... Le Christ promet la guérison et le pardon des péchés à ceux qui ont le cœur brisé, et il rend la vue aux aveugles. Comment ne seraient-ils pas aveugles ceux qui ne reconnaissent pas celui qui est le Dieu véritable ? Leur cœur n'est-il pas privé de la lumière divine et spirituelle ? A eux, le Père envoie la lumière de la vraie connaissance de Dieu. Appelés par la foi, ils l'ont connu ; plus encore, ils ont été connus par lui. Alors qu'ils étaient fils de la nuit et des ténèbres, ils sont devenus enfants de la lumière (Ep 5,8), car le jour les a illuminés, le Soleil de justice s'est levé pour eux (Ml 3,20), et l'étoile du matin leur est apparue dans tout son éclat (Ap 22,16). 

Rien pourtant ne s'oppose à ce que nous appliquions tout ce que nous venons de dire aux descendants d'Israël. Eux aussi, en effet, avaient le cœur brisé, ils étaient pauvres et comme prisonniers, et remplis de ténèbres... Mais le Christ est venu annoncer les bienfaits de son avènement, précisément aux descendants d'Israël avant les autres, et proclamer en même temps l'année de grâce du Seigneur (Lc 4,19) et le jour de la récompense. 

L'année de grâce, c'est celle où le Christ a été crucifié pour nous. Car c'est alors que nous sommes devenus agréables à Dieu le Père. Et nous portons du fruit par le Christ, comme lui-même nous l'a enseigné : « Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il donne un fruit plus abondant » (Jn 12,24). Il a dit encore : « Quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai à moi tous les hommes » (Jn 12,32). En vérité, il a repris vie le troisième jour, après avoir foulé aux pieds la puissance de la mort. Puis il a dit aux saints disciples : « Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples » (Mt 28,18-19).


6° La Parole aujourd’hui, par Mgr Follo2 :

31 janvier 2016 (IVème Dimanche du Temps ordinaire – Année C:

Jérémie 1,4-5.17-19; Psaume 70; 1Corinthiens 12,31-13,13; Luc 4,21-30).


1) La parole dite, écoutée et accueillie.

La phrase finale de l’Evangile de dimanche dernier est reprise au début de celui de ce dimanche. Cette phrase est : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. » (Lc 4, 21). De qui sont les paroles formulées par Isaïe? Du Christ, du Fils de Dieu qui s’est fait comme nous pour nous faire comme Lui, pour nous sauver en nous réconciliant avec Dieu, pour que nous connaissions l’amour de Dieu et qu’Il soit notre modèle de sainteté, pour faire de nous des ‘participants à la nature divine’ (2 Pt 1,4) (cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, n 456 – 460)

Où? Dans les oreilles et à Nazareth :

Quand? Aujourd’hui. Dans l’Evangile de Luc, le terme « aujourd’hui » n’est pas une simple précision de temps, mais s’inscrit dans un contexte de salut qui est en train de se réaliser. L’ « aujourd’hui » de l’évangile est l’ « aujourd’hui » de Dieu, de son amour, de sa miséricorde. C’est revivre jusqu’au bout les merveilleuses paroles de Jésus: « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison” (Lc 19, 5) et « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi (Zachée) est un fils d’Abraham” (Lc 19, 9). Le salut c’est pour « aujourd’hui », pas pour «  après », quand nous serons plus meilleurs. Notre souffrance de pécheurs repentis suffit pour être confirmés dans son amour. Il frappe à notre porte aujourd’hui, nous ne devons pas attendre demain : Le Christ est venu sur terre pour que « nous ayons tous la vie, la vie en abondance » (Jn 10,10). Et c’est de cet «  Amour miséricordieux » que notre «  aujourd’hui » a besoin, comme le pape François nous le rappelle si souvent.

Donc, aujourd’hui, à Nazareth, dans la synagogue de notre cœur, Jésus se présente comme un nouveau prophète, car il n’est pas quelqu’un qui annonce des choses à venir, mais le libérateur venu traduire les paroles de Dieu en actes, aujourd’hui. Il se présente sous les traits de celui qui est venu porter à son accomplissement l’ancienne espérance contenue dans la prophétie d’Isaïe: grâce à Lui la libération des opprimés et la bonne nouvelle pour les pauvres, la guérison des aveugles et le pardon des pécheurs sont finalement devenus une réalité, aujourd’hui. Si l’on me demandait de résumer en quelques mots ce premier paragraphe, je dirais que la parole est éternelle, donc qu’elle vaut toujours, mais se réalise dans le temps présent, se réalise dans la mesure où aujourd’hui nous l’écoutons avec les oreilles et l’accueillons avec l’intelligence et le cœur.


2) Comment se laisser surprendre par la vérité.

La deuxième phrase de l’Evangile du jour nous dit: « Tous lui rendaient témoignage et s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche. Ils se disaient: « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? » (Lc 4, 22). Si on fait le lien avec la première phrase « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » (Ibid. 4, 21), nous devons remarquer que Jésus ne fait pas de longs commentaires sur ce que dit Isaïe, mais explique que les paroles du prophète renferment son programme pour un monde libéré, sans désespoir, sans pauvreté, sans aveugles ni opprimés. Il vise l’humain dans son intégralité, et tout monde dans la synagogue de Nazareth, comprend ces paroles jamais dites, des paroles de grâces qui font du bien.

Mais la surprise et l’enthousiasme passent rapidement. Les habitants de Nazareth connaissaient leur camarade. Ils ont grandi avec lui, partagé son quotidien « ordinaire ». Cette connaissance étouffe la surprise et l’étonnement qu’auraient du provoquer ses paroles inédites, ces paroles de grâces. L’habitude – trente années de vie normale – a tué la surprise de la rencontre. La vie s’éteint quant l’esprit et le cœur ne sont pas ouverts à la nouveauté, ne vivent pas dans l’attente de cette nouveauté, arrivée dans leur quotidien comme quelque chose de normal. La vie s’éteint quand meurent les attentes. Sans cette attente, une attente orante, l’habitude éteint le mystère et la surprise, et l’autre, au lieu d’être le Ciel sur la terre, une Bénédiction de Dieu marchant sur terre, n’est plus que le fils de Joseph, un simple menuisier. Ce qui semble un grand rêve, une utopie irréalisable, se réalise en Jésus et ainsi

Nous aveugles que nous étions, nous mettons à voir, venons à la vraie lumière,

Nous esclaves que nous étions, apprenons la vérité de l’amour qui nous libère,

Nous que le mal opprimait, la miséricorde nous libère.

L’attente du Sauveur favorise l’étonnement et évite de rejeter le Christ, de trouver scandaleux que la Parole, le plan de Dieu, se réalise dans la chair de cette homme, qui semble un homme quelconque, alors qu’il est le Vrai Homme, le vrai Dieu, le Frère de l’homme. On ne saurait oublier les paroles du vieux Siméon accueillant Jésus au temple. Il chanta: « Il (le Christ) est la lumière qui se révèle aux nations, mais il sera un signe de contradiction” (cf. Lc 2, 32.34, signe de Dieu qui suscite stupeur, contestation et rejet. Certes, il y a un écart entre l’étonnement, l’émerveillement, les attentes que nourrissaient les concitoyens de Jésus et les nôtres aujourd’hui. Comment surmonter cet écart? Avec le discernement et la docilité, suggère le pape François, qui nous dit : « la parole de Dieu vient à nous et illumine l’état de notre cœur, de notre âme »: en un mot, « elle discerne ». Et précisément les deux lectures — a-t-il dit — « nous parlent de cette attitude que nous devons avoir », devant la « parole de Dieu: la docilité ». Il s’agit, a-t-il affirmé, d’« être dociles à la parole de Dieu. La parole de Dieu est vivante. C’est pourquoi elle vient et dit ce qu’elle veut dire : pas ce que je m’attends à ce qu’elle dise ou que j’espère qu’elle dise ou que je veux qu’elle dise ». La parole de Dieu « est libre ». Et Dieu, notre Dieu, n’est pas un Dieu des habitudes, c’est un Dieu des surprises: Il vient et rend neuve toute chose. Il est la nouveauté même. L’Evangile est « nouveauté ». La révélation est « nouveauté ». «  Notre Dieu — poursuit le pape – est un Dieu qui apporte toujours du nouveau. Et il nous demande d’être dociles à sa nouveauté ». Donc «  Dieu doit être reçu avec cette ouverture à la nouveauté ». Et cette attitude « s’appelle docilité » (20 janvier 2014).

Si au lieu de vivre cette attente avec docilité et discernement, nous la vivons comme quelque chose que l’on est en droit « de prétendre », non seulement on ne reconnaîtra pas le Christ mais on se fâchera, comme ce fut le cas pour les nazaréens. Jésus est plein d’Esprit, de vie et d’amour, ses concitoyens passèrent de la stupeur à la colère, qui est l’esprit de mort. Ils le chassèrent de la ville et le conduisirent sur la montagne. Ils voulaient le jeter d’en haut, mais Lui, passa au milieu d’eux et poursuivit sa marche3.

Avoir de la « docilité » est important, ce n’est pas un synonyme de «  faiblesse ». Cette attitude est au contraire liée à la prudence4. Et il est important d’avoir un «  cœur docile, autrement dit «  une conscience qui sait écouter, sensible à la voix de la vérité, donc capable de discerner le bien du mal » (Benoît XVI). On a un bel exemple de cela chez les Vierges consacrées dans le monde qui ont répondu avec «  discernement » à la vocation de Dieu qui les appelle à être des épouses du Christ. Celles-ci Lui ont offert leur «  cœur » avec humilité et simplicité. Les vierges consacrées témoignent que la docilité ne les a pas transformées en personnes inutiles, dépendantes, influençables, sans caractère et incapables de prendre des décisions. En effet « la docilité au Christ dans l’Esprit Saint est le chemin qui conduit à la sainteté » (P. Louis Lallement, SJ5) parcouru par des femmes adultes qui suivent leur Epoux le Christ, le « doux » Agneau immolé pour le salut du monde. Etre dociles, doux, comme le Christ, veut dire participer activement à sa passion.

Le Christ, avec « docilité » et sa force prit sur lui la lourde croix de nos péchés. Les Vierges sont à la fois fortes et « dociles » pour suivre le Rédempteur et rester au pied de sa croix, comme a fait la Vierge Marie. Pour être dociles à l’Esprit il faut vivre avec la Vierge Marie et avec sa pureté, et toute notre âme sera donnée au Christ uniquement; une virginité non seulement physique, mais également spirituelle. Une virginité qui refuse toute pensée, tout souvenir, tout affect qui ne soit pas pour lui. Tout l’être de la personne consacrée se consume en un geste d’amour qui l’unit à son Epoux divin. Et pas la pureté et la simplicité seulement, mais aussi l’humilité et la docilité. (cf rituel de consécration des vierges, n° 24 : « Par la grâce de ton Esprit Saint, qu’il y ait toujours en elles prudence et simplicité, douceur et sagesse, gravité et délicatesse, réserve et liberté. »)

 

Lecture patristique : Saint Cyrille d’Alexandrie (+ 444). Sur le prophète Isaïe, 5, 5 (PG 70, 1352 1353)


Le Christ a voulu amener à lui le monde entier et conduire à Dieu le Père tous les habitants de la terre. Il a voulu rétablir toutes choses dans un état meilleur et renouveler, pour ainsi dire, la face de la terre. Voilà pourquoi, bien qu’il fût le Seigneur de l’univers, il a pris la condition de serviteur (Ph 2,7). Il a donc annoncé la bonne nouvelle aux pauvres, affirmant qu’il avait été envoyé dans ce but. Les pauvres, ou plutôt les gens que nous pouvons considérer comme pauvres, sont ceux qui souffrent d’être privés de tout bien, ceux qui n’ont pas d’espérance et sont sans Dieu dans le monde (Ep 2,12), comme dit l’Écriture.

Ce sont, nous semble-t-il, les gens venus du paganisme et qui, enrichis de la foi dans le Christ, ont bénéficié de ce divin trésor: la proclamation qui apporte le salut. Par elle, ils sont devenus participants du Royaume des cieux et compagnons des saints, héritiers des réalités que l’homme ne peut comprendre ni exprimer. Ce que, d’après l’Apôtre, l’oeil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au coeur de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment (1Co 2,9).

A ceux qui ont le coeur brisé, le Christ promet la guérison et le pardon des péchés, et il rend aussi la vue aux aveugles. Comment ne seraient-ils pas aveugles, alors qu’ils adorent une créature, qu’ils disent à un morceau de bois: « Tu es mon père « , et à une pierre: « Tu m’a mis au monde » (Jr 2,27) et qu’ils ne reconnaissent pas Celui qui est Dieu véritable et par nature? Leur coeur n’est-il pas privé de la lumière divine et spirituelle? A eux, le Père envoie la lumière de la vraie connaissance de Dieu. Car, appelés par la foi, ils l’ont connu; plus encore, ils ont été connus par lui. Alors qu’ils étaient fils de la nuit et des ténèbres, ils sont devenus enfants de la lumière car le jour les a illuminés, le Soleil de justice s’est levé pour eux, et l’étoile du matin leur est apparue dans tout son éclat.

Rien pourtant ne s’oppose à ce que nous appliquions tout ce que nous venons de dire aux descendants d’Israël. Eux aussi, en effet, avaient le coeur brisé, ils étaient pauvres et comme prisonniers, et remplis de ténèbres. Mais le Christ est venu annoncer les bienfaits de son avènement, précisément aux descendants d’Israël avant les autres, et proclamer en même temps l’année de grâce du Seigneur et le jour de la récompense.

L’année de grâce, c’est celle où le Christ a été crucifié pour nous. Car c’est alors que nous sommes devenus agréables à Dieu le Père. Et nous portons du fruit par le Christ, comme lui-même nous l’a enseigné, en disant: Amen, amen, je vous le dis: si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul; mais s’il meurt, il donne un fruit plus abondant (Jn 12,24). Il dit encore: Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes (Jn 12,32). En vérité, il a repris vie le troisième jour, après avoir foulé aux pieds la puissance de la mort. Puis il a dit aux saints disciples: Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du F ils, et du Saint-Esprit (Mt 28,18-19).


7° HOMÉLIE MICHEL VACHERAND, SPIRITAIN : Proclamer hardiment la Bonne Nouvelle : L’Amour :

« Avant de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré ». Le prophète Jérémie déclare que Dieu lui a ainsi signifié sa vocation. À chacun de nous, quand nous avons reçu le baptême, le Seigneur Dieu s’est adressé de la même façon qu’à Jérémie. Je lui réponds: « Merci, Seigneur, parce que, par le baptême, tu m’as consacré, tu m’as adopté comme ton enfant. Voici que je suis fils de Dieu, frère de Jésus le Christ. Merci, mon Dieu, pour ma vocation. Seigneur, tu m’as appelé. « Le Seigneur fit pour moi des merveilles », en suis-je parfaitement conscient ? Pas toujours, certainement. Pardon, Père. Reprenant les paroles de Saint Paul, frères et sœurs, je vous dis : « Recherchez maintenant avec ardeur les dons les plus grands ». « Ceux que Dieu a établis dans l’Église sont premièrement les apôtres, deuxièmement les prophètes, troisièmement les docteurs »… et les autres.

Rendre grâce à Dieu qui nous fait don d’une vocation, merveilleuse quelle qu’elle soit, et lui donner une réponse généreuse exige des efforts difficiles, mais le Seigneur nous dit comme à Jérémie : « Je fais de toi aujourd’hui une ville fortifiée, une colonne de fer, un rempart de bronze…Je suis avec toi ».

Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus hésitait à choisir son charisme : elle aurait voulu être à la fois missionnaire, docteur de l’Église, martyre. Or, en ouvrant sa bible, elle tomba soudain sur le passage de Saint Paul aux Corinthiens que nous avons entendu en deuxième lecture : « Recherchez avec ardeur les dons les plus grands. Et maintenant, je vais vous indiquer le chemin par excellence… » L’Apôtre énumère alors toutes sortes de grandes et belles choses que l’on pourrait vouloir accomplir et il conclut : « Tout cela ne sert à rien s’il me manque l’amour ». La petite Thérèse décida alors de mettre simplement tout son cœur dans les plus petites choses qu’elle ferait au couvent. Par sa petite voie, elle est devenue docteur de l’Église et patronne des missionnaires. De fait, c’est l’amour qui donne son prix à tout ce que nous pouvons faire. L’amour seulement passera au-delà de notre mort, dans l’éternité de notre vie chez le Bon Dieu. L’amour nous fait ressembler à Dieu, qui est Amour, et nous introduit près de lui. « L’amour ne passera jamais ». « À ce signe on reconnaîtra que vous êtes mes disciples  », dit Jésus vers la fin se sa vie terrestre, « si vous vous aimez les uns les autres comme je vous ai aimés ».(Jn.13,34-35).

Oui, mais qu’est-ce que cet amour de Jésus ? Depuis longtemps on donne au mot amour des sens très divers, comme du reste, plus récemment, on donne des sens divers, voire opposés, à toute sorte de mots, comme : mariage, social et socialisme, humain, genre, liberté, égalité, religion, laïcité et bien d’autres. Confusion créée dans le but d’imposer une vision idéologique de l’homme et de la vie … Mais revenons à la question : Qu’est-ce que l’amour dont Jésus nous a aimés, qu’il nous demande de pratiquer à notre tour les uns envers les autres et qui doit être le signe que nous sommes ses disciples en vérité ? La réponse nous est donnée par l’énumération que fait Saint Paul des caractéristiques de cet amour, dans le chapitre 13 de sa lettre aux Corinthiens ; nous l’avons entendue : « L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est juste ; il supporte tout, il fait confiance, il espère tout, il ne passera jamais  ». L’amour du Christ apparait largement dans tout l’Évangile, où nous voyons Jésus s’arrêter devant toute personne affligée, occupé à écouter les petits et les humbles gens, à consoler et à guérir les malades, à pardonner aux pécheurs, même à ses plus cruels ennemis. La miséricorde, c’est-à-dire l’amour et le pardon de ceux qui ne méritent pas d’être aimés et pardonnés et qui sont malheureux, est au cœur de l’Évangile, répète le pape François, qui voudrait que l’Église soit comme un « hôpital de campagne » ! Cet amour chrétien et vrai est donc loin de se réduire à la sensibilité, encore que la sensibilité puisse en faire partie. Claude Poullart des Places se crut à tort moins fervent quand il ne sentit plus l’amour de Dieu, car en d’autres temps il l’avait senti très fort. L’amour ne commence pas nécessairement par le « coup de foudre », bien qu’une sorte de « coup de foudre » pour Notre Seigneur ne soit pas à exclure, comme ce fut le cas de Saint Paul sur le chemin de Damas ou de François Libermann à Saint-Sulpice.

Au temps même de Jésus, beaucoup de Juifs refusaient son enseignement sur l’amour des petits, des humbles, des malades. « Il mange avec les publicains et les pécheurs ! », disaient-ils, scandalisés. Les apôtres eux-mêmes, au début, pensaient que la maladie était un châtiment du Ciel et ne s’apitoyaient pas trop sur les malades. Quant à l’amour de Jésus pour les pécheurs, il répugnait à la plupart des Pharisiens, si bien que Jésus leur répliqua un jour par l’invective : « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs ». L’Évangile d’aujourd’hui nous raconte que, dans la bourgade de Nazareth, où il avait vécu avec ses parents, Jésus fut plutôt mal reçu. Les habitants n’attendaient de lui que des miracles et des prodiges, ils l’auraient bien gardé chez eux, il n’était au fond que « le fils du charpentier ». Jésus essaya de les ouvrir aux autres ; il leur dit qu’il y a du bon chez les autres et qu’ils feraient bien d’ouvrir les yeux sur les pauvres, même s’ils ne sont pas de chez eux, comme la veuve de Sarepta, des malades, même étrangers, comme Naaman le Syrien. « Comment ! Ne sommes-nous pas les meilleurs ! Faudrait-il s’intéresser aux autres ! Qu’ont-ils donc à nous apprendre, les autres ! Allez ! Dehors, Jésus ! » De nos jours, en France, n’avons-nous pas parfois des réactions semblables à celles des Nazaréens, d’orgueil, d’égoïsme, d’antipathie, vis-à-vis des étrangers qui viennent chez nous ? « L’amour ne se gonfle pas d’orgueil, il ne fait rien d’inconvenant, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’emporte pas ».


Donnons la parole à l’abbé Pierre, pour finir. Il termine son testament ainsi : « Si je peux transmettre une certitude à ceux qui vont mener la lutte pour mettre plus d’humanité en tout, c’est – décidément je ne peux pas écrire autre chose - : La vie, c’est apprendre à aimer ».

1 (380-444), évêque et docteur de l'Église : Sur le prophète Isaïe, 5, 5; PG 70, 1352 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 394) 

2 « La parole est éternelle, donc qu’elle vaut toujours, mais se réalise dans le temps présent, se réalise dans la mesure où aujourd’hui nous l’écoutons avec les oreilles et l’accueillons avec l’intelligence et le cœur », explique Mgr Follo. http://fr.zenit.org/articles/la-parole-aujourdhui-par-mgr-follo/

3 Je traduis littéralement l’Evangile en grec qui utilise πορεύετο de πορεύομαι, qui veut dire « marcher » même si la traduction liturgique dit : « s’en alla ». «  il marchait » c’est diffèrent. « S’en aller » peut être compris comme: «  je vous abandonne ». «  Marcher », au contraire, veut dire que rien n’arrête Jésus, Il poursuit sa mission d’amour. La mort ne l’arrêtera pas. Personne ne l’arrêtera. Il sait attendre, sait marcher, sait nous chercher comme le Bon Pasteur parti à la recherche de sa brebis égarée.

4 Saint Thomas d’Aquin affirme que la docilité est la plus importante des qualités pour avoir un jugement juste, un jugement conscient, à partir du moment où la réalité de la vie est complexe et que nous sommes occupés par les passions (S. Th. II-II. q. 49, a. 3).

5 Louis Lallement est un auteur classique de spiritualité chrétienne. Il est né le 1° novembre 1588 à Châlons sur Marne en Champagne. Dès tout petit, il a été mis au collège des jésuites à Bourges; à 17 ans il était novice au sein de la Compagnie; à 33 ans il prononçait ses voeux. Successivement, il a été professeur de mathématiques, philosophie, théologie morale, scolastique. Il est mort le 5 avril 1635 à Bourges (France).

Un de ses confrères, le P. Champion, SJ, a laissé deux portraits de P. Louis Lallement, SJ, l’un physique et l’autre spirituel, qui méritent d’être rappelés. « Il était d’une taille haute, d’un port majestueux : il avait le front large et serein, le poil et les cheveux châtain, la tête déjà chauve, le visage ovale et bien proportionné, le teint un peu basané, et les joues ordinairement enflammées du feu céleste qui brûlait son cœur ; les yeux pleins d’une douceur charmante, et qui marquaient la solidité de son jugement et la parfaite égalité de son esprit … ». « Un esprit éminent et capable de toutes les sciences ;un jugement pénétrant et solide ; un naturel doux, franc et honnête; beaucoup d’amour pour l’étude ; une horreur extrême du vice, et principalement de l’impureté ; une haute idée du service de Dieu et un attrait particulier pour la vie intérieure … ».