Dimanche 06 mars 2016 : 4° Carême (Laetare)
1° Livre de Josué 5,9a.10-12 :
En ces jours-là, le Seigneur dit à Josué : « Aujourd’hui, j’ai enlevé de vous le déshonneur de l’Égypte. » Les fils d’Israël campèrent à Guilgal et célébrèrent la Pâque le quatorzième jour du mois, vers le soir, dans la plaine de Jéricho. Le lendemain de la Pâque, en ce jour même, ils mangèrent les produits de cette terre : des pains sans levain et des épis grillés. À partir de ce jour, la manne cessa de tomber, puisqu’ils mangeaient des produits de la terre. Il n’y avait plus de manne pour les fils d’Israël, qui mangèrent cette année-là ce qu’ils récoltèrent sur la terre de Canaan.
2° Psaume 34(33),2-3.4-5.6-7 :
Je bénirai le Seigneur en tout temps, sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur : que les pauvres m'entendent et soient en fête !
Magnifiez avec moi le Seigneur, exaltons tous ensemble son nom.
Je cherche le Seigneur, il me répond : de toutes mes frayeurs, il me délivre.
Qui regarde vers lui resplendira, sans ombre ni trouble au visage.
Un pauvre crie ; le Seigneur entend : il le sauve de toutes ses angoisses.
3° Deuxième lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 5,17-21 :
Frères, si quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. Tout cela vient de Dieu : il nous a réconciliés avec lui par le Christ, et il nous a donné le ministère de la réconciliation. Car c’est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui : il n’a pas tenu compte des fautes, et il a déposé en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu.
4° Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 15,1-3.11-32 :
En ce temps-là, les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » Alors Jésus leur dit cette parabole : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : “Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.” Et le père leur partagea ses biens. Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre. Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin. Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il rentra en lui-même et se dit : “Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.” Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit : “Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.” Mais le père dit à ses serviteurs : “Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds, allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.” Et ils commencèrent à festoyer. Or le fils aîné était aux champs. Quand il revint et fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait. Celui-ci répondit : “Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.” Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit le supplier. Mais il répliqua à son père : “Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras !” Le père répondit : “Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé !” »
5° Commentaire du jour : Saint Augustin1: « Comme il était encore loin, son père l'aperçut » :
« De loin tu as compris mes pensées, tu as découvert mon sentier, tu as prévu tous mes chemins » (Ps 138,2-3). Pendant que je suis encore voyageur, avant mon arrivée dans la patrie, tu as compris ma pensée. Songez au fils cadet, parti au loin ... L'aîné n'était pas parti au loin, il travaillait aux champs et il symbolisait les saints qui, sous la Loi, observaient les pratiques et les préceptes de la Loi. Mais le genre humain, qui s'était égaré dans le culte des idoles, était « parti au loin ». Rien, en effet, n'est aussi loin de celui qui t'a créé que cette image modelée par toi-même, pour toi. Le fils cadet partit donc dans une région lointaine, emportant avec lui sa part d'héritage et, comme nous l'apprend l'Evangile, il la gaspilla ... Après tant de malheurs et d'accablement, d'épreuves et de dénuement, il se rappela son père et voulut revenir vers lui. Il se dit : « Je me lèverai, et j'irai vers mon père... » Mais celui que j'avais abandonné, n'est-il pas partout ? C'est pourquoi dans l'Evangile, le Seigneur nous dit que son père « vint au-devant de lui ». C'est vrai, parce qu'il avait « compris de loin ses pensées. Tu as prévu tous mes chemins ». Lesquels ? sinon les mauvais chemins qu'il avait suivis pour abandonner son père, comme s'il pouvait se cacher à ses regards qui le réclament, ou comme si la misère écrasante qui le réduisait à garder les porcs n'était pas le châtiment que le père lui infligeait dans son éloignement en vue de le recevoir à son retour ? ... Dieu sévit contre nos passions, où que nous allions, si loin que nous puissions nous éloigner. Donc, comme un fuyard qu'on arrête, le fils dit : « Tu as découvert mon sentier, et tu as prévu tous mes chemins ». Mon chemin, si long soit-il, n'a pas pu m'éloigner de ton regard. J'avais beaucoup marché, mais tu étais là où je suis arrivé. Avant même que j'y sois entré, avant même que j'y aie marché, tu l'as vu d'avance. Et tu as permis que je suive mes chemins dans la peine, pour que, si je ne voulais plus peiner, je revienne dans tes chemins... Je confesse ma faute devant toi : j'ai suivi mon propre sentier, je me suis éloigné de toi ; je t'ai quitté, toi auprès de qui j'étais bien ; et pour mon bien, il a été mauvais pour moi d'avoir été sans toi. Car, si je m'étais trouvé bien sans toi, je n'aurais peut-être pas voulu revenir à toi.
6° Mgr Follo : Parabole du Père prodigue en miséricorde : « Avant tout il y a l’amour gratuit, miséricordieux et prodigue, de Dieu »2
1) La joie de la miséricorde
L’Évangile de Saint Luc, l’écrivain de la mansuétude de Jésus Christ que Dante Alighieri définit comme « scriba mansuetudinis Christi », enseigne que le Messie est l’incarnation de la présence miséricordieuse de Dieu parmi nous. Le Christ est présence d’amour, de pardon et de joie qui nous donne « un ordre » : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. » (Lc 6, 36). Sainte Faustine Kowalska a écrit : « La miséricorde est la fleur de l’amour, Dieu est amour, la miséricorde est son action, dans l’amour son origine, dans la miséricorde sa manifestation. » (Journal, Cité du Vatican, 2004, II, p.420) En ce dimanche de « Laetare » (réjouissez-vous) et dans le contexte du Jubilé de la Miséricorde, faisons donc nôtre l’invitation du pape François : « Abandonnons-nous totalement au Père. Laissons-nous embrasser, nous qui sommes à genoux et comme le fils prodigue, laissons-nous caresser des mains du Père dont l’amour paternel s’adresse à chacun de nous comme miséricorde c’est-à-dire comme amour de Dieu qui se penche sur le pécheur, le faible et l’indigent. De cette façon, nous pourrons expérimenter la joie d’être aimé de ce « Dieu miséricordieux et compatissant, lent à la colère et plein d’amour. » N’oublions pas cependant que non seulement nous sommes dans la joie parce que nous sommes pardonnés par le Père mais que nous pouvons aussi donner à Dieu la joie de pouvoir nous pardonner. Cette joie de Dieu à nous pardonner est le point le plus original du message biblique et chrétien. « Nous à Dieu, enseignait un ancien et sage bibliste français, nous ne pouvons rien offrir qu’il n’ait déjà : il est le maître de tout ! Excepté une chose : lui donner la joie de pouvoir nous pardonner. » La conscience de cette joie divine nous pousse à nous ouvrir sans hésitation à l’amour de Dieu par notre conversion et à lui appartenir, lui qui nous accueille comme ses enfants avec un cœur riche de miséricorde. Pour nous convertir à ce Dieu de miséricorde et nous aider à mettre en pratique son commandement à être miséricordieux, le Rédempteur de l’homme pécheur annonce son évangile de pardon et de joie en racontant la parabole traditionnellement appelée « du fils prodigue. » Ce passage de l’Évangile que la liturgie de la parole nous propose aujourd’hui a comme leitmotiv la joie avec laquelle Dieu nous invite tous quand il retrouve le fils perdu. Pour participer à cette joie nous devons partager le pardon que le Père, prodigue de miséricorde, concède au fils retrouvé et accepter l’invitation au repas organisé pour fêter le retour de l’égaré. En effet, qui n’accepte pas le pécheur comme un frère, n’accepte pas l’amour « gratuit » du Père et n’en est pas le fils. Il est comme le frère aîné, dont parle la parabole et qui se met en colère pour le pardon accordé au jeune frère. Qui ne sait pas pardonner et partager la joie du Père se noie dans une justice mesquine qui sait seulement punir et reste en dehors du banquet de joie et d’amour.
La messe est pour nous ce banquet d’amour qui commence avec le pardon demandé, accordé et partagé. L’Eucharistie est le geste par lequel le Christ sacrifié et ressuscité nous embrasse dans le pardon qui recrée. Le Christ, Pain de vie, mystère de pardon et de résurrection, fait que oui, nous pouvons être embrassés par le Père, purifiant notre vie d’errant et se faisant nourriture pour notre exode. Et comme le retour du fils prodigue à la maison du Père ne fut pas seulement la fin d’une aventure humaine désastreuse, mais aussi le début d’une vie nouvelle, d’une joyeuse histoire de vérité et d’amour, ainsi en est-il et en sera-t-il pour nous, si à genoux, du moins avec le cœur, nous demandons pardon tout en recevant le Pain des anges fait Pain pour nous, pauvres pécheurs. Dans le Pain eucharistique, Jésus nous a donné son amour qui l’a conduit à offrir sur la croix sa vie pour nous. Au cénacle, lors de la première Cène eucharistique, le Christ lava les pieds de ses disciples en donnant ce commandement d’amour : « Comme je vous ai aimés, aimez-vous aussi les uns les autres. » (Jn 13, 34) Mais comme cela n’est possible que seulement en restant unis à lui, comme les sarments à la vigne (cf Jn 15, 1-8), le Rédempteur a choisi de rester parmi nous dans l’Eucharistie pour que nous puissions rester en lui. Donc quand nous mangeons avec foi son corps et son sang, son amour passe en nous et nous rend capable à notre tour de donner la vie pour nos frères (cf 1 Jn 3, 16). De là jaillit la joie chrétienne, la joie de l’amour.
2) Le Père prodigue
Examinons maintenant de plus près cette parabole que je me suis permis d’appeler la parabole du Père prodigue, parce qu’il est prodigue en donnant avec abondance et sans réserve sa miséricorde. Dans ce récit, le Christ commence en disant : « Un homme avait deux fils. » Nous pouvons voir dans ces deux fils les représentants de toute l’humanité qui se divise en deux catégories : celle des pécheurs comme le jeune fils et celle de ceux qui se croient justes, comme l’aîné. Nous sommes donc tous concernés par cette parabole. Ce qui peut paraître étrange c’est que le fils prodigue, qui se trompe, fait moins de problème que le fils qui est toujours resté à la maison. Ce « juste » n’accepte pas que le Père (Dieu) soit amour et miséricorde. Un autre élément à prendre en considération est que les deux fils ont en commun une même image du père comme quelqu’un d’exigeant et de dur : le fils aîné le dit clairement : « Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. » Un père-patron exigeant à servir, comme Dieu lui-même que l’homme imagine souvent en train de restreindre sa liberté humaine avec une multitude de préceptes, d’ordres et d’interdits. Le plus jeune fils se rebelle mais au moins l’appelle père : « Père, donne-moi la part de fortune qui me revient. »
L’image qu’il a du père est fausse mais ce qu’il veut de lui est juste : il veut la vie, la plénitude, la liberté. C’est bien ce que doit donner un père, sinon quel genre de père est-ce ? A cette demande justifiée, le père répond en divisant ses biens en deux. Ce qui peut signifier que le père voudrait aussi que l’autre, le plus grand, s’en aille, qu’il désire la liberté et la vie et qu’il ne soit pas à la maison à faire l’esclave. Le plus jeune « rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain. » parce qu’il pense que seulement loin de Dieu, il peut trouver le bonheur. Comme a fait Adam lui aussi, c’est le même péché, la même histoire qu’Adam. Adam s’est rebellé contre Dieu parce qu’il voulait être comme Dieu. Que se passe-t-il quand on est loin de Dieu ? On trouve la mort, parce que Dieu est la vie. Si Dieu est plénitude, loin de lui on trouve le vide. Si Dieu est joie, loin de lui il y a la tristesse et l’ennui. Si Dieu est liberté, sans lui on tombe dans l’esclavage. Alors la parabole du fils prodigue devient la parabole de l’homme qui croit qu’il se réalise en s’éloignant de Dieu.
Mais dans cette recherche de liberté loin du père, le plus jeune fils dissipe, gaspille toute la richesse qu’il a reçue: il perd tout. C’est l’histoire de l’homme qui, fait à l’image et à la ressemblance de Dieu, perd la vérité sur lui-même en étant loin de Dieu ; il devient vide, pauvre et perdu dans ses limites. Il cherchait à se libérer d’un père à servir avec amour pour finalement servir des hommes qui adorent des idoles, qui lui font garder des cochons et qui le laissent souffrir de faim. Ayant touché le fond, le fils prodigue qui a dilapidé les richesses du père, rentre en lui et décide de retourner à la maison. La nécessité le rend sage et il commence à raisonner. En fait, il ne semble pas beaucoup repenti, il a seulement faim et il dit : « Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance. » Quoi qu’il en soit, il est convaincu d’avoir perdu l’amour de son père et de devoir le mériter à nouveau. Mais son père, qui est prodigue d’amour, n’a jamais cessé de l’aimer. Quand son fils lui demande pardon, il ne le laisse même pas parler : son amour précède son repentir et sa conversion ; il lui offre avec joie un vêtement, une bague, des sandales, « attributs » de son être de fils et il veut qu’on fasse une fête pour son retour. Bouleversé par cette miséricorde surabondante, le fils comprend enfin que son père non seulement l’a toujours attendu mais l’a toujours aimé même quand lui l’avait oublié ou peut-être même détesté. Et comblé par la joie du Père qui a organisé tout de suite une fête parce qu’il a retrouvé son fils, il a redécouvert sa dignité de fils. Ce père miséricordieux dit : « Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller. » Quel était le premier vêtement d’Adam ? Il était nu. Son vêtement était d’être à l’image et à la ressemblance de Dieu, c’est à dire d’être fils. Voilà notre vêtement. Notre être de fils est toujours auprès du père parce qu’il est toujours père pour nous. Voilà notre vêtement, notre dignité, notre identité.
3) Mère de Miséricorde
Le thème central de la parabole d’aujourd’hui n’est pas le péché mais la miséricorde de Dieu, miséricorde que nous pouvons expérimenter nous aussi principalement grâce à la confession. Avec ce sacrement, nous pouvons comme le fils prodigue rencontrer avec le Christ le père miséricordieux. Il est vrai que la confession est parfois vue davantage comme un tribunal de l’accusation que comme une fête du pardon. Sans sous-évaluer l’importance de dire ses propres péchés, il faut rappeler que ce qui est absolument central dans l’écoute des péchés c’est l’embrassade bénissante du Père miséricordieux. Trop souvent nous considérons d’abord le péché et ensuite la grâce. Mais avant tout il y a l’amour gratuit, miséricordieux et prodigue de Dieu qui accueille et qui recrée. Dieu ne s’arrête pas devant notre péché, il ne recule pas devant nos offenses, mais il court à notre rencontre comme le père miséricordieux courut à la rencontre de son fils qui avec douleur et humilité revenait à la maison.
Mais cette réflexion serait encore partielle si nous ne pensions pas à la Mère de la Miséricorde, parce que la miséricorde est une caractéristique de l’amour maternel. Le Fils, prodigue lui aussi, c’est à dire généreux de pardon, a été généré par elle pour qu’il soit la miséricorde de l’humanité. Marie diffuse cette miséricorde avec un amour de mère et l’étend de génération en génération selon le bon dessein du père qui l’a associée intimement au mystère du Christ et de l’Église. Marie est médiatrice de miséricorde, refuge de miséricorde, « porte » à travers laquelle le croyant se présente au Juge divin qui est son Fils et notre frère à tous, nous qui sommes devenus les enfants de la femme de Nazareth au pied de la croix : enfants de l’amour miséricordieux. Les vierges consacrées sont appelées à témoigner dans le monde de cette maternelle miséricorde en prenant la vierge Marie comme modèle de coopération de la femme avec Dieu. Certes la Vierge de Nazareth a reçu une plénitude de grâce exceptionnelle pour répondre parfaitement à la mission unique qui lui a été confiée. Mais dans sa volonté de considérer la femme comme sa première alliée, Dieu accorde à toute femme la grâce nécessaire pour accomplir ce rôle, de sorte que la coopération, tout en étant libre et personnelle, s’effectue toujours avec des forces reçues d’en haut. Dans le cas de Marie, la coopération est d’un genre exceptionnel, puisque la maternité est virginale. Mais toute génération d’un être humain réclame l’action créatrice de Dieu et donc une coopération des parents humains avec cette action souveraine. En collaborant avec la toute puissance divine, la femme reçoit d’elle sa maternité. Maternité qui, chez les vierges consacrées, est spirituelle, mais non moins réelle et concrète pour cela. Comme, le jour de leur consécration, l’évêque prie: “Que Jésus notre Seigneur, fidèle époux de celles qui lui sont consacrées, vous donne, par sa Parole, une vie heureuse et féconde” (Rituel de la consécration des vierges, n° 36) Le visage de la mère, surtout si elle l’est dans l’Esprit, est un reflet du visage du Père qui possède en lui toutes les caractéristiques propres de l’amour paternel et de l’amour maternel.
Lecture Patristique : Saint Jean Chrysostome (+ 407) :
Homélies sur la pénitence, 1,3-4 (PG 49, 282-283)
Dieu se contente d’obtenir de nous un regret facile pour nous faire grâce de nos nombreux péchés. Voici une parabole à l’appui de cette affirmation. Il y avait deux frères. Après le partage de leur patrimoine, l’un d’eux resta à la maison et l’autre, après avoir dévoré toute sa part, se condamna à l’exil, ne pouvant supporter la honte de sa misère. J’ai choisi de vous raconter cette parabole pour vous enseigner qu’il y a un pardon pour les fautes postérieures au baptême, si nous le voulons vraiment. Je ne dis pas cela pour vous porter à l’insouciance, mais pour vous préserver du désespoir, car celui-ci nous fait plus de mal que l’indolence.
Donc, ce fils exilé offre l’image de ceux qui sont tombés après le baptême. Il est évident qu’il les représente, puisqu’il est appelé « fils ». Car nul ne peut être appelé ainsi lorsqu’il n’est pas baptisé. En outre, il avait habité la maison de son père, qui lui avait donné une part de ses biens. Or, avant le baptême, on ne peut participer aux biens du Père, ni recevoir son héritage. Ainsi tous ces traits marquent la condition des fidèles. En outre, le prodigue était le frère d’un homme très estimable, et personne n’est un « frère » s’il n’a pas reçu la seconde naissance, celle que donne le Saint-Esprit. Or, que dit le prodigue tombé dans la pire misère? Je vais retourner chez mon père (Lc 15,18). La raison pour laquelle son père l’a laissé s’éloigner et ne l’a pas empêché de partir à l’étranger, c’était qu’il découvrirait clairement par expérience de quel bienfait l’on jouit en restant à la maison. Souvent Dieu, lorsque ces paroles ne peuvent nous persuader, permet à l’expérience des faits de nous apporter ses leçons. Après s’être éloigné dans un pays étranger, le prodigue, ayant appris par ses propres déboires dans quelle misère on tombe en quittant la maison paternelle, s’en revint donc vers son père. Celui-ci ne lui garda pas rancune, mais le reçut à bras ouverts. Et pourquoi donc? Parce qu’il était un père, non un juge. Et ce furent des danses, un festin, des réjouissances, bref toute la maisonnée rayonnait de joie. Alors vous dites: « Est-ce ainsi que l’on récompense l’inconduite? » On ne fête pas son inconduite, mais son retour; ni son péché, mais sa conversion; ni sa méchanceté, mais sa transformation. Bien plus, quand le fils aîné s’est indigné de toute cette joie, le père l’a calmé avec douceur en lui disant: Toi, tu vis toujours avec moi. Mais lui était perdu, et il est retrouvé; il était mort, et il est revenu à la vie (cf. Lc 15,31.32). Lorsqu’il faut sauver celui qui se perd, ce n’est pas le moment de rendre des sentences, ni de faire une enquête minutieuse, mais uniquement celui de la miséricorde et du pardon.
7° HOMÉLIE DE JO LALOUX SPIRITAIN :
A chaque fois que nous entendons cette magnifique parabole, nous sommes émerveillés par l'immensité du pardon qui vient du cœur de Dieu. Le Père des deux fils c'est Dieu lui-même qui se désole quand un de ses fils s'éloigne de la maison paternelle où il connaissait la paix, la tendresse et la nourriture abondante. Le Père est prêt à tout pour voir revenir son fils cadet et à en faire une créature nouvelle selon l'expression de St Paul : Si quelqu'un est en Jésus Christ, il est une créature nouvelle. Et la leçon de la parabole rejoint l'appel paulinien que nous venons d'entendre : Au nom du Christ, nous vous le demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu. Considérons les différents personnages de cette parabole qu'on pourrait aussi appeler:la parabole du Père prodigue d'amour et de pardon. En effet le Père dans cette parabole, est un Père qui donne sans rien réclamer :
-
A
son fils qui lui réclame son héritage, il ne demande
aucune explication;
il ne lui dit pas que le moment n'est pas venu d'établir le
partage de ses biens. il ne
lui
demande pas non plus comment il va utiliser cet héritage. Il
le laisse aller en toute liberté. Il
ne lui demande pas plus d'explications quand il le voit revenir, tout
honteux, affamé, prêt à être traité
comme un simple étranger. Mais surtout ce qu'il faut remarquer
dans ce récit, c'est la hâte du Père à
retrouver son fils et à le serrer dans ses bras. Il est
frappant de lire que le Père «
court »
pour se jeter à son cou ( un père n'a plus l'âge
de courir ) .
A l'inverse, on le devine aisément, le fils
marche à pas lents et lourds, en se demandant par quels mots
il va exprimer son repentir. Le pécheur pardonné,
créature nouvelle : Encore une fois le père ne
demande pas d'explication et ne le laisse même pas parler : il
a son fils avec lui, c'est sa présence qui compte avec le lien
d'amour et de tendresse qui va être de nouveau entre eux.
Le fils repentant va vraiment devenir
une créature nouvelle. Le beau vêtement fait penser à
la parole de Paul : revêtez l'homme nouveau, celui que le
Créateur refait
toujours
neuf à son image.
Rappelons-nous le vêtement blanc du nouveau baptisé. Et
en commandant le menu du festin, le père donne le sens de la
fête : Mon
fils était mort, il est revenu à la vie.
La
fête pour toute la famille
-
Mais
n'oublions pas l'autre fils. L'ainé, celui qui n'a jamais
quitté la maison ni l'intimité avec son Père.
Pourtant il prend librement l'initiative de ne pas entrer dans la
maison en revenant des champs. D'une certaine façon, ce
frère ainé s'éloigne davantage de son père
que le plus jeune
et surtout il se rend encore plus coupable en refusant délibérément
de participer au festin pour fêter son frère. Il va en
gâcher la joie. Cette parabole ne devrait elle pas se »
nommer : la fête interrompue ? En effet lorsque le plus jeune
est revenu,Cle père l'habille et fait préparer le veau
gras pour manger et festoyer. Il était perdu, il est retrouvé
et Luc ajoute clairement « et
ils commencèrent la fête
». Normalement à la fin de la parabole, le récit
devrait avoir pour suite :
et ils continuèrent la fête.
Le récit en fait, se termine sur un constat amer ; le refus du
fils ainé de se joindre aux réjouissances sous prétexte
que son frère a dépensé tout son argent avec des
filles.
Tour à tour l'un et l'autre fils : N'oublions jamais que ce père a deux fils et que nous ressemblons autant à l'un comme à l'autre : nous sommes le plus jeune par nos égarements et nos dérives multiples; nous sommes le fils aîné lorsque nous portons des jugements de sévérité et de condamnation face à ceux qui se conduisent mal. Nous oublions la parole : ne jugez pas pour ne pas être jugés. Et il est parfois plus grave d'être le frère ainé dans son refus que le frère pécheur prêt à revenir à la maison. Le père plein de tendresse court vers tous ses fils et ses bras tendus voudraient tellement serrer les bras des uns et des autres, sans aucune exception. Jésus dans une autre parabole précise encore : il y aura plus de joie dans le ciel pour un pécheur qui se repent que pour quatre vingt dix neuf qui n'ont pas besoin de repentance.
Le 1èr enseignement de cette parabole, c'est de dire à notre Père un grand merci pour son amour sans limite : il offre son salut à tous les hommes, il laisse à chacun la liberté de choix et à tous ceux qui ont fait le mauvais choix, il donne son pardon.
L'autre enseignement de cette parabole c'est ceci : Soyons les frères aimants de tous les pécheurs, même les plus éloignés de l'amour divin. Le Père des cieux est prêt à pardonner à tous et réunir dans un même amour tous ses enfants. Nous-mêmes en étant prêts à pardonner à tous, nous vivrons pleinement la demande du Notre Père que nous récitons chaque jour « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. »
1 (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église : Discours sur les psaumes, Ps 138, 5-6; CCL 40, 1992-1993 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 347)
2 « Trop souvent nous considérons d’abord le péché et ensuite la grâce. Mais avant tout il y a l’amour gratuit, miséricordieux et prodigue, de Dieu qui accueille et qui recrée », explique Mgr Follo. Mgr Francesco Follo, Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO à Paris, propose ce commentaire des lectures de la messe de dimanche prochain, 6 mars, quatrième dimanche de carême (Josué 5, 9a. 10-12 ; Psaume 33 ; 2 Corinthiens 5, 17-21 ; Luc 15, 1-3. 11-32). « Dieu ne s’arrête pas devant notre péché, il ne recule pas devant nos offenses, mais il court à notre rencontre comme le père miséricordieux courut à la rencontre de son fils qui avec douleur et humilité revenait à la maison », explique Mgr Follo. https://fr.zenit.org/articles/parabole-du-pere-prodigue-en-misericorde-par-mgr-follo/