Dimanche 13 mars 2016 : 5° de Carême
1° Livre d'Isaïe 43,16-21 :
Ainsi parle le Seigneur, lui qui fit un chemin dans la mer, un sentier dans les eaux puissantes, lui qui mit en campagne des chars et des chevaux, des troupes et de puissants guerriers ; les voilà tous couchés pour ne plus se relever, ils se sont éteints, consumés comme une mèche. Le Seigneur dit : « Ne faites plus mémoire des événements passés, ne songez plus aux choses d’autrefois. Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà, ne la voyez-vous pas ? Oui, je vais faire passer un chemin dans le désert, des fleuves dans les lieux arides. Les bêtes sauvages me rendront gloire – les chacals et les autruches – parce que j’aurai fait couler de l’eau dans le désert, des fleuves dans les lieux arides, pour désaltérer mon peuple, celui que j’ai choisi. Ce peuple que je me suis façonné redira ma louange. »
2° Lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens 3,8-14 :
Oui, je considère tout cela comme une perte à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur. À cause de lui, j’ai tout perdu ; je considère tout comme des ordures, afin de gagner un seul avantage, le Christ, et, en lui, d’être reconnu juste, non pas de la justice venant de la loi de Moïse mais de celle qui vient de la foi au Christ, la justice venant de Dieu, qui est fondée sur la foi. Il s’agit pour moi de connaître le Christ, d’éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa passion, en devenant semblable à lui dans sa mort, avec l’espoir de parvenir à la résurrection d’entre les morts. Certes, je n’ai pas encore obtenu cela, je n’ai pas encore atteint la perfection, mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, puisque j’ai moi-même été saisi par le Christ Jésus. Frères, quant à moi, je ne pense pas avoir déjà saisi cela. Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but en vue du prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus.
3°
Psaume 126(125),1-2ab.2cd-3.4-5.6 :
R. : Merveilles, merveilles que fit pour nous le Seigneur. (2 fois)
Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion, nous étions comme en rêve !
Alors notre bouche était pleine de rires, nous poussions des cris de joie.
Alors on disait parmi les nations : « Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! »
Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous : nous étions en grande fête !
Ramène, Seigneur, nos captifs, comme les torrents au désert.
Qui sème dans les larmes moissonne dans la joie.
Il s'en va, il s'en va en pleurant, il jette la semence ;
Il s'en vient, il s'en vient dans la joie, il rapporte les gerbes.
4°
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 8,1-11 :
En
ce temps-là, Jésus s’en alla au mont des
Oliviers. Dès l’aurore, il retourna au Temple. Comme
tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à
enseigner. Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme
qu’on avait surprise en situation d’adultère. Ils
la mettent au milieu, et disent à Jésus :
« Maître,
cette femme a été surprise en flagrant délit
d’adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné
de lapider ces femmes-là. Et toi, que dis-tu ? »
Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve,
afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus s’était
baissé et, du doigt, il écrivait sur la terre. Comme on
persistait à l’interroger, il se redressa et leur dit :
« Celui
d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit
le premier à lui jeter une pierre. »
Il se baissa de nouveau et il écrivait sur la terre.
Eux,
après avoir entendu cela, s’en allaient un par un, en
commençant par les plus âgés.
Jésus resta seul avec la femme toujours là au milieu. Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? » Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »
5° Commentaire du jour : Syméon le Nouveau Théologien1 :
Mon Dieu qui aimes pardonner, mon Créateur, fais grandir sur moi l'éclat de ta lumière inaccessible pour emplir mon cœur de joie. Ne t'irrite pas ; ne m'abandonne pas ! Mais fais resplendir mon âme de ta lumière, car ta lumière, mon Dieu, c'est toi ... Je me suis écarté de la route droite, de la route divine, et je suis tombé lamentablement de la gloire qui m'avait été donnée. J'ai été dépouillé de la robe lumineuse, la robe divine, et, tombé dans les ténèbres, je gis maintenant dans les ténèbres, et je ne sais pas que je suis privé de lumière ... Car si tu as brillé d'en haut, si tu es apparu dans l'obscurité, si tu es venu dans le monde, ô Miséricordieux, si tu as voulu vivre avec les hommes, selon notre condition, par amour pour l'homme, si ... tu t'es dit la Lumière du monde (Jn 8,12) et que nous, nous ne te voyons pas, n'est-ce pas que nous sommes totalement aveugles et plus malheureux que des aveugles, ô mon Christ ? ... Mais toi, qui es tous les biens, tu les donnes sans cesse à tes serviteurs, à ceux qui voient ta lumière ... Qui te possède, réellement possède en toi toute chose. Que je ne sois pas privé de toi, Maître ! que je ne sois pas privé de toi, Créateur ! Que je ne sois pas privé de toi, Miséricordieux, moi l'humble étranger ... Je t'en prie, place-moi avec toi, même si j'ai multiplié les péchés plus que tous les hommes. Reçois ma prière comme celle du publicain (Lc 18,13), comme celle de la prostituée, Maître, même si je ne pleure pas comme elle (Lc 7,38)... N'es-tu pas source de pitié, fontaine de miséricorde et fleuve de bonté : à ce titre, aie pitié de moi ! Oui, toi qui as eu les mains, toi qui as eu les pieds cloués sur la croix, et ton côté percé par la lance, Très Compatissant, aie pitié de moi et arrache-moi au feu éternel ... Qu'en ce jour je me tienne sans condamnation devant toi pour être accueilli dans ta salle des noces où je partagerai ton bonheur, mon bon Maître, dans la joie inexprimable, pour tous les siècles. Amen.
6° Rencontre avec le pardon, par Mgr Follo2
1 – La miséricorde juste :
Aussi l’Évangile de ce dimanche nous présente à nouveau la rencontre entre la miséricorde et la misère (cf. saint Augustin). La semaine dernière, cette rencontre nous a été rappelée à travers la parabole du fils prodigue, appelée aussi « du Père miséricordieux ». Aujourd’hui, la lecture de l’Évangile nous présente Jésus qui sauve une femme adultère de la condamnation à mort, en lui pardonnant (Jn 8,1-11). Une fois encore, la liturgie nous propose le fait consolant de la miséricorde de Dieu qui rencontre une misère, en sauvant une pauvre femme que ses coreligionnaires veulent lapider pour respecter la loi de Dieu. Pour être plus précis, certains scribes et pharisiens amènent à Jésus une femme adultère non par amour de la justice, mais pour lui tendre un piège. En effet, « pour pouvoir l’accuser » (Jn 8,6), ces scribes et pharisiens amènent au Messie une femme surprise en délit d’adultère, feignant de lui confier le jugement selon la loi de Moïse.
En réalité, c’est justement le Christ qu’ils veulent accuser, montrant que son enseignement sur l’amour miséricordieux de Dieu est opposé à la loi mosaïque, qui punit le péché d’adultère par la lapidation. Jésus, « plein de grâce et de vérité » (Jn 1,14), sauve la pécheresse et démasque les hypocrites en disant : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre » (Jn 8,7). À cet égard, j’attire l’attention sur le fait qui semble un détail de peu d’intérêt, mais qui me paraît important. Pendant que les accusateurs parlaient, Jésus ne leur répond pas tout de suite, mais il s’incline pour écrire du doigt par terre. Comme pour dire que les paroles de ces scribes et pharisiens sont semblables à de la poussière emportée par le vent, et pour montrer que c’est lui le législateur divin : « En effet, Dieu a écrit la loi de son doigt sur les tables de pierre » (cf. saint Augustin, Comm. Evang. de Jean, 33,5). Jésus est donc le législateur de la loi de la liberté du péché. Il est la justice qui se réalise complètement dans la miséricorde. Avec la femme adultère aussi, Jésus proclame la justice avec force, mais en même temps il soigne les blessures spirituelles de cette femme par sa miséricorde qui rachète, guérit, ennoblit et élève.
Justice et miséricorde sont deux réalités différentes seulement pour nous, les hommes, qui distinguons un acte de justice d’un acte d’amour miséricordieux (cf. Benoît XVI). Pour Dieu, il n’en est pas ainsi : en lui, justice et miséricorde ne sont pas opposées. La miséricorde est la justice qui recrée la personne. En effet, s’il est vrai que la correction, et même la punition comme instrument pour corriger, peut être providentielle (et en ce sens, la Bible parle souvent de Dieu qui corrige l’homme), elle ne l’est que si cette mesure est suggérée par l’amour de miséricorde. « En réalité, seule la justice de Dieu peut nous sauver et la justice de Dieu s’est révélée dans la Croix. La croix est le jugement de Dieu sur nous tous et sur ce monde. Et si la Croix est l’acte suprême par lequel la justice de Dieu se révèle, la miséricorde doit être la justice des hommes : « Dieu nous juge, dit le pape François, en donnant sa vie pour nous ! Voilà l’acte suprême de justice qui a vaincu une fois pour toutes le prince de ce monde. Et cet acte suprême de justice est précisément aussi l’acte suprême de miséricorde » (Pape François).
2 – Le Christ juge la femme adultère en lui pardonnant.
À l’affirmation de Jésus : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre », les accusateurs de la femme adultère réagirent en s’en allant et en laissant cette femme devant le Christ, seul. Il n’y a plus cette agitation de ceux qui voulaient condamner une personne et tendre un piège à celui qui était venu non pour condamner mais pour sauver le monde. Dans ce silence qui est tombé sur la place du Temple, Jésus célèbre le pardon comme libération de la condamnation à mort : un pardon qui génère une vie nouvelle, orientée vers le bien. Jésus a pardonné à cette « accusée » délinquante comme il pardonne chacune de nos fautes, faisant refleurir dans les cœurs la gratitude et la joie :
Dans le pardon, d’une part, nous connaissons qui est le Seigneur, l’Amour qui nous aime sans conditions.
De l’autre, nous connaissons qui nous sommes dans le pardon : des personnes infiniment aimées de Dieu, sans conditions. Dieu se révèle dans le Rédempteur comme un amour qui pardonne et accueille sans poser de conditions.
Que révèle Dieu dans l’Évangile de ce jour, mais aussi dans toute l’Écriture ? Qu’il est miséricorde, pardon, qu’il n’a pas mis, au centre du monde, l’arbre de la mort, mais celui de la vie : la Croix. Le fils prodigue est accueilli de nouveau dans la maison, l’adultère n’est pas lapidée, chacun de nos péchés est pardonné, mais pour tout cela, le Christ a payé parce que c’est lui qui a pris sur lui nos fautes et les a portées sur le bois de la Croix : « Lui-même a porté nos péchés, dans son corps, sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice. Par ses blessures, nous sommes guéris » (1 P 2,24). C’est donc le Christ la vraie justice, c’est lui notre justice parce que c’est lui qui fait de nous des justes devant Dieu. En pardonnant, au lieu d’ouvrir la porte de la mort, le Christ ouvre la porte de la vie, parce qu’il est lui-même la porte. Le Seigneur de la vie prononce sur la femme adultère son propre jugement et non seulement il lui dit qu’il ne la condamne pas, mais il lui demande aussi de ne plus pécher. À chacun de nous, pécheurs pardonnés, le Rédempteur dit aussi : « Va, et désormais ne pèche plus ». Ce « commandement d’amour » n’est pas seulement une invitation à ne plus pécher, mais c’est aussi une demande de se mettre en chemin sur les routes du monde pour être témoins de la miséricorde. Le pardon ne justifie pas la personne en la laissant dans son erreur, mais il indique un nouveau style de vie qui implique le renoncement au péché et à ses conséquences de mort pour se remettre en chemin avec et pour le Christ et apporter aux autres le pardon et l’amour reçus. Toutes les personnes consacrées sont appelées de manière particulière à être témoins de cette miséricorde du Seigneur, en laquelle l’homme trouve son salut. Elles gardent vivante l’expérience du pardon de Dieu, parce qu’elle ont conscience d’être des personnes sauvées, d’êtres grandes quand elles se reconnaissent petites, de se sentir renouvelées et enveloppées de la sainteté de Dieu quand elles reconnaissent leur péché. C’est pourquoi, même pour l’homme d’aujourd’hui, la vie consacrée demeure une école privilégiée de la « componction du cœur », de l’humble reconnaissance de sa propre misère, mais, également, elle demeure une école de la confiance dans la miséricorde de Dieu, dans son amour qui n’abandonne jamais. En réalité, plus nous nous approchons de Dieu, plus nous sommes proches de lui, plus nous sommes utiles aux autres. « Les personnes consacrées expérimentent la grâce, la miséricorde et le pardon de Dieu non seulement pour elles-mêmes, mais aussi pour leurs frères, étant appelées à porter dans leur cœur et leur prière les angoisses et les attentes des hommes, en particulier ceux qui sont loin de Dieu » (Benoît XVI)
En particulier, les vierges consacrées qui, par vocation, vivent et travaillent dans le monde, sont appelées à l’engagement spécifique de fidélité à « être avec le Seigneur », l’Époux qui demande tout. Dans la cérémonie de consécration, l’évêque demande à chacune d’elles (rituel de consécration N° 17 : « Voulez-vous être consacrée comme épouse de Jésus-Christ ». Et la réponse est comme celle que l’on doit donner dans les mariages : « Oui, je le veux ». Elles montrent que le Christ a été capable de les rendre profondément amoureuses et elles sont appelées à rendre compte devant la société de pourquoi cela vaut la peine de se consacrer complètement au Christ, montrant dans la paroisse et surtout sur leur lieu de travail, que leur vie est attirante et joyeuse. Par vocation et par mission, ces femmes consacrées « sont appelées à fréquenter les ‘périphéries’ et les ‘frontières’ de l’existence où se consument les drames d’une humanité perdue et blessée » (Pape François). Dans un monde où domine l’égoïsme qui produit rivalités, inimitiés, jalousies, conflits d’intérêt et guerres, c’est-à-dire, en un mot seulement, la haine, elles proclament par leur vie la loi de l’Amour qui se diffuse et se donne avec la miséricorde. Cet amour de miséricorde, reçu du Christ-Époux, élargit leur cœur pour aimer les autres avec pureté et vérité, pardonner les offenses comme leur Époux qui pardonne en portant les péchés du monde sur la Croix, et pour servir les besoins d’autrui. Elles se sont consacrées à lui, source de l’amour pur et fidèle, un amour si grand et si beau qu’il mérite tout, ou plutôt, plus que notre tout, parce qu’une vie entière ne suffit pas pour rendre ce que le Christ est et ce qu’il a fait pour nous. Traduction de Constance Roques
Lecture patristique: Saint Ambroise de Milan (+ 397) : Lettre 26, 11-20 (PL 16, 1044-1046)
Une femme coupable d’adultère fut amenée par les scribes et les pharisiens devant le Seigneur Jésus. Et ils formulèrent leur accusation avec perfidie, de telle sorte que, si Jésus l’absolvait, il semblerait enfreindre la Loi, mais que, s’il la condamnait, il semblerait avoir changé le motif de sa venue, car il était venu afin de pardonner le péché de tous. Ils dirent en la lui présentant: Cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère. Or dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en dis-tu (Jn 8,4-5) ?
Pendant qu’ils parlaient, Jésus, la tête baissée, écrivait avec son doigt sur le sol. Comme ils attendaient, il leva la tête et dit: Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre (Jn 8,7). Y a-t-il rien de plus divin que cette sentence: qu’il punisse le péché, celui qui est sans péché ? Comment, en effet, pourrait-on tolérer qu’un homme condamne le péché d’un autre, quand il excuse son propre péché ? Celui-là ne se condamne-t-il pas davantage, en condamnant chez autrui ce qu’il commet lui-même ? Jésus parla ainsi, et il écrivait sur le sol. Pourquoi? C’est comme s’il disait: Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’oeil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton oeil, tu ne la remarques pas (Lc 6,41)? Il écrivait sur le sol, du doigt dont il avait écrit la Loi (Ex 31,18). Les pécheurs seront inscrits sur la terre, et les justes dans le ciel, comme Jésus dit aux disciples: Réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux (Lc 10,20). En entendant Jésus, les pharisiens sortaient l’un après l’autre, en commençant par les plus âgés, puis ils s’assirent pour délibérer entre eux. Et Jésus resta seul avec la femme qui était debout, là au milieu. L’évangéliste a raison de dire qu’ils sortirent, ceux qui ne voulaient pas être avec le Christ. Ce qui est à l’extérieur du Temple, c’est la lettre; ce qui est au-dedans, ce sont les mystères. Car ce qu’ils recherchaient dans les enseignements divins, c’étaient les feuilles et non les fruits des arbres; ils vivaient dans l’ombre de la Loi et ne pouvaient pas voir le soleil de justice. Quand ils furent tous partis, Jésus resta seul avec la femme debout au milieu. Jésus, qui va pardonner le péché, demeure seul, comme lui-même l’a dit: L’heure vient et même elle est venue, où vous serez dispersés chacun de son côté, et vous me laisserez seul (Jn 16,32). Car ce n’est ni un ambassadeur ni un messager qui a sauvé son peuple, mais le Seigneur en personne. Il reste seul parce qu’aucun des hommes ne peut avoir en commun avec le Christ le pouvoir de pardonner les péchés. Cela revient au Christ seul, lui qui enlève le péché du monde. Et la femme méritait d’être pardonnée, elle qui, après le départ des Juifs, demeure seule avec Jésus.
Relevant la tête, Jésus dit à la femme: Où sont-ils, ceux qui t’accusaient? Est-ce que personne ne t’a lapidée? Et elle répondit: Personne, Seigneur, Alors Jésus lui dit: Moi non plus, je ne te condamnerai pas. Va, et désormais, veille à ne plus pécher. Voilà, lecteur, les mystères divins, et la clémence du Christ. Quand la femme est accusée, le Christ baisse la tête, mais il la relève quand il n’y a plus d’accusateur, si bien qu’il veut ne condamner personne, mais pardonner à tous. Que signifie donc: Va, et désormais veille à ne plus pécher! Cela veut dire: Puisque le Christ t’a rachetée, que la grâce te corrige, tandis qu’un châtiment aurait bien pu te frapper, mais non te corriger.
7° Paroles du pape à l’angélus « Dieu ne nous cloue pas à notre péché3 »
Chers frères et sœurs, bonjour !
L’Évangile de ce Ve dimanche de carême (cf. Jn 8,1-11) est très beau, j’aime beaucoup le lire et le relire. Il raconte l’épisode de la femme adultère, mettant en lumière le thème de la miséricorde de Dieu qui ne veut jamais la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive. La scène se déroule sur l’esplanade du Temple. Imaginez-la ici, sur le parvis [de la basilique Saint Pierre, ndt]. Jésus est en train d’enseigner, et voici qu’arrivent quelques scribes et pharisiens, traînant devant lui une femme surprise en délit d’adultère. Cette femme se trouve comme cela, au milieu, entre Jésus et la foule (cf. v. 3), entre la miséricorde du Fils de Dieu et la violence, la colère de ses accusateurs. En réalité, ils ne sont pas venus trouver le Maître pour lui demander son avis – c’était des personnes mal intentionnées – mais pour lui tendre un piège. En effet, si Jésus suit la sévérité de la loi, en approuvant la lapidation de la femme, il perdra sa réputation de douceur et de bonté qui fascine tellement le peuple ; en revanche, s’il veut être miséricordieux, il devra aller contre la loi, qu’il a lui-même dit ne pas vouloir abolir mais accomplir (cf. Mt 5,17). Et Jésus est placé dans cette situation.
Cette mauvaise intention se cache derrière la question qu’ils posent à Jésus : « Et toi, que dis-tu ? » (v. 5). Jésus ne répond pas, il se tait et accomplit un geste mystérieux : « Jésus s’était baissé et, du doigt, il écrivait sur la terre » (v. 6). Peut-être faisait-il des dessins, certains disent qu’il écrivait les péchés des pharisiens… quoi qu’il en soit, il écrivait, comme s’il était ailleurs. Ce faisant, il invite tout le monde au calme, à ne pas agir sous le coup de l’impulsion et à rechercher la justice de Dieu. Mais ceux-ci, qui étaient mal intentionnés, insistent et attendent de lui une réponse. On dirait qu’ils avaient soif de sang. Alors Jésus lève les yeux en disant : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre » (v. 7). Cette réponse surprend les accusateurs et les désarme tous dans le vrai sens du terme : tous déposent les « armes », c’est-à-dire les pierres prêtes à être jetées, pierres visibles contre la femme et pierres cachées contre Jésus. Et tandis que le Seigneur continue d’écrire par terre, de faire des dessins, je ne sais pas … les accusateurs s’en vont l’un après l’autre, la tête baissée, en commençant par les plus âgés, les plus conscients de ne pas être sans péché. Comme cela nous fait du bien de prendre conscience que nous aussi, nous sommes pécheurs ! Quand nous parlons mal des autres – le genre de choses que nous connaissons bien – comme cela nous fera du bien d’avoir le courage de lâcher par terre les pierres que nous avons pour les jeter contre les autres, et de penser un peu à nos péchés !
Seuls la femme et Jésus restèrent là : la misère et la miséricorde, face à face. Et cela, combien de fois cela nous arrive-t-il quand nous nous arrêtons devant le confessionnal, honteux, pour faire voir notre misère et demander le pardon ! « Femme, où sont-ils ? » (v. 10), lui demande Jésus. Et cette constatation suffit, et aussi son regard plein de miséricorde, plein d’amour, pour faire sentir à cette personne – peut-être pour la première fois – qu’elle a une dignité, qu’elle n’est pas son propre péché, qu’elle a une dignité personnelle ; qu’elle peut changer de vie, qu’elle peut sortir de l’esclavage et marcher sur un nouveau chemin. Chers frères et sœurs, cette femme nous représente tous, nous qui sommes pécheurs, c’est-à-dire adultères vis-à-vis de Dieu, qui trahissons sa fidélité. Et son expérience représente la volonté de Dieu pour chacun de nous : non pas notre condamnation, mais notre salut par Jésus. Il est la grâce qui sauve du péché et de la mort. Il a écrit par terre, dans la poussière dont sont faits tous les êtres humains (cf. Gn 2,7), la sentence de Dieu : « Je ne veux pas que tu meures, mais que tu vives ». Dieu ne nous cloue pas à notre péché, il ne nous identifie pas au mal que nous avons commis. Nous avons un nom, et Dieu n’identifie pas ce nom au péché que nous avons commis. Il veut nous libérer et il veut que nous le voulions aussi avec lui. Il veut que notre liberté se convertisse du mal au bien et c’est possible – c’est possible ! – avec sa grâce. Que la Vierge Marie nous aide à nous remettre entièrement à la miséricorde de Dieu, pour devenir des créatures nouvelles. © Traduction de Zenit, Constance Roques
7° Homélie de Daniel Henry, spiritain :
Dimanche dernier, à travers la parabole des deux fils, la parole de Dieu nous présentait un père plein de tendresse et de miséricorde, soucieux de l’épanouissement de chacun de ses enfants. Aujourd’hui, le même Seigneur nous invite à la nouveauté d’une vie qui ne nous enchaîne pas au passé, mais qui nous ouvre à un avenir toujours nouveau et toujours à reconstruire. « Ne faîtes plus mémoire des évènements passés, ne songez plus aux choses d’autrefois. Voici que je fais toutes choses nouvelles » proclame le prophète du temps de l’exil à Babylone. Paul, lui, nous invite à « oublier ce qui est en arrière, tendu vers l’avant ». « Va désormais, ne pêche plus » dit Jésus à la femme adultère. Dieu est appel à la vie et à la liberté.
Regardons le texte de l’évangile. Jésus est assis dans la cour du temple. Il enseigne selon son habitude. Des scribes et des pharisiens lui amènent une femme surprise en train de commettre l’adultère. La rigueur de la loi est sans appel : « Dans la loi, Moïse a ordonné de lapider ces femmes-là ». (Lv 20,10 ; Dt 22,22-24). « Ma^tire qu’en dis-tu ? ». Les adversaires de Jésus pensaient pouvoir piéger celui qui fait si bon accueil aux pécheurs, qui guérit le jour du sabbat, bref, qui n’observe pas la loi. Jésus garde le silence. Puis, Jésus se redresse renvoyant chacun à sa condition de pécheur : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre ». Au final, l’épisode commencé dans la violence, s’achève dans la plus profonde paix. Jésus reste seul avec la femme en face de lui – il y a la misère, notre misère, face à la miséricorde – la blessure ainsi présentée au regard de Dieu est aussitôt guérie, va désormais et ne pêche plus !
Admirons le regard d’amour du Christ, son appel discret au repentir, l’invitation muette à la femme de s’engager dan un chemin nouveau de vie. Jésus ne lui demande pas de s’aveugler sur sa faute, d’ignorer son péché : Jésus n’est jamais complice du péché. Il ne s’enferme pas non plus dans son remords. Il lui ouvre une route nouvelle. Les pharisiens la jugeaient indigne de vivre. Jésus va la libérer justement pour mieux vivre mieux, mieux autrement.
« Ne pêche plus ». Dieu a pardonné avant notre demande de grâce. Il est toujours en état de pardon. Ce pardon, il faut aller le chercher dans ses mains. La loi ancienne n’est pas effacée. Jésus la rend humaine, la fait chemin de vie et de salut. La semaine sainte est toute proche, laissons Jésus nous pénétrer de sa vérité et d’un amour vrai et respectueux pour tous ceux qu’il nous confie.
1 (v. 949-1022), moine grec ; Hymne 45; SC 196 (trad. SC p. 103s rev.) : « Moi non plus, je ne te condamne pas... Moi, je suis la lumière du monde » (Jn 8,11-12)
2 « À chacun de nous, pécheurs pardonnés, le Rédempteur dit aussi : « Va, et désormais ne pèche plus ». Ce « commandement d’amour » n’est pas seulement une invitation à ne plus pécher, mais c’est aussi une demande de se mettre en chemin sur les routes du monde pour être témoins de la miséricorde », explique Mgr Follo. Mgr Francesco Follo, Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, à Paris, propose ce commentaire des lectures de la messe de dimanche prochain, 13 mars, cinquième dimanche de carême (Isaïe 43, 16–21; Psaume 125; Philippiens 3, 8–14; Jean 8, 1 – 11). https://fr.zenit.org/articles/rencontre-avec-le-pardon-par-mgr-follo/
3 « Dieu ne nous cloue pas à notre péché, il ne nous identifie pas au mal que nous avons commis », explique le pape François qui a commenté l’épisode évangélique de la femme adultère, lu aux messes, dimanche, 14 mars, avant l’angélus, place Saint-Pierre.« Nous avons un nom, a expliqué le pape, et Dieu n’identifie pas ce nom au péché que nous avons commis. Il veut nous libérer et il veut que nous le voulions aussi avec lui. Il veut que notre liberté se convertisse du mal au bien et c’est possible – c’est possible ! – avec sa grâce. » A.B. https://fr.zenit.org/articles/dieu-ne-nous-cloue-pas-a-notre-peche-traduction-complete/