RÈGLEMENTS GÉNÉRAUX ET PARTICULIERS



Les Réflexions sur le passé s’achevaient sur une question douloureuse : Poullart des Places en était arrivé à se demander s’il n’avait pas fait fausse route en entreprenant “ l’établissement des pauvres écoliers ” ; on a même l’impression qu’il est disposé à abandonner l’œuvre commencée si Dieu lui fait voir qu’il s’est trompé.

Nous n’avons aucun détail nous permettant de comprendre comment se dénoua cette crise spirituelle. Mais il est certain que Claude-François, sans doute conseillé par son directeur de conscience, continua sa tâche. Six mois après sa retraite, le 6 juin 1705, en la fête de son saint patron, il reçut les ordres mineurs. Décidé à vivre en pauvre parmi les pauvres étudiants, il lui fallut pourtant accepter une rente, bien minime, de soixante-livres par an, pour pouvoir accéder au sous-diaconat : c’était la rente viagère minimum exigée par l’évêque de Rennes de tous ses séminaristes, même les plus pauvres [1] . Muni de ce titre, il put être ordonné sous-diacre le 18 décembre 1706, puis diacre le 19 mars 1707, et enfin prêtre le 17 décembre de la même année.

Il n’avait pas attendu d’être prêtre pour donner à sa communauté des règlements. On conserve un manuscrit de 64 pages, écrit de sa main, qui porte le titre : Règlements Généraux et Particuliers. “ Quelques notes marginales ont été ajoutées ; à deux exceptions près, elles sont de la main de M. Bouïc. Sur la dernière page, on trouve cette note écrite par M. Thomas : Tous ces Règlements ont été dressez par feu M. Desplaces et écrits de sa main et pratiquez par luy et par ses élèves [2]”. M. Besnard, le biographe de Grignion de Montfort, témoigne de son côté, que le fondateur donna à sa communauté “ des règles remplies de sagesse, qu’il fit examiner et approuver par des personnes d’une grande expérience. Lui-même pratiquait le premier ce qu’il recommandait aux autres [3]”.

Nous avons donc dans ces pages un miroir fidèle de ce que fut la vie quotidienne de Claude-François Poullart des Places jusqu’à sa mort précoce, à l’âge de trente ans, à peine vingt mois après son ordination, le 2 octobre 1709. Mais ce document nous révèle aussi l’esprit qu’il voulait infuser à son œuvre. “ A vrai dire, écrivions-nous naguère, il n’est jamais très attirant de lire un Règlement. En lisant celui de Poullart des Places, on se souviendra d’abord qu’il est lui-même un juriste, qu’il sait l’utilité de descendre dans les détails, de ne rien laisser dans le vague, ce qui peut donner parfois l’impression d’une certaine minutie. Mais il faut se rappeler aussi qu’il est écrit pour des étudiants dont la plupart n’ont pas, dans les débuts, l’habitude d’une vie commune, et auxquels il faut inculquer le sens d’une vie communautaire. Au début, le fondateur dirige tout seul sa communauté, et il se fait aider dans les différentes tâches par les étudiants eux-mêmes… Peu à peu, les exigences mêmes de l’œuvre entreprise conduiront à former une vraie communauté de formateurs chargés de la direction des séminaristes. Mais il n’y a qu’une règle pour tous, directeurs et élèves, et c’est directement de ces premiers règlements que la future règle spiritaine s’inspira [4]

     Le P. Koren, dans son édition, a fait ajouter des numéros marginaux qui facilitent les références aux différents articles. Nous conservons ces numéros, tout en indiquant la division en chapitres et en articles qui se trouve dans le manuscrit.

            Pour ce qui est des notes, nous avons conservé l’intégralité des notes des deux éditions (KOREN et LECUYER). Lorsqu’une note est du P. Lécuyer, nous l’indiquons entre parenthèses à la fin de celle-ci.  Nous avons ajouté également les notes manuscrites mises par le P. Joseph Michel sur son exemplaire personnel de travail, et nous les signalons comme telles.




CHAPITRE PREMIER

DES RÈGLES FONDAMENTALES

Article premier

 

De la maison, du dévouement[5] d'icelle,

et des directeurs qui la conduisent

 

1. Tous les écoliers adoreront particulièrement le Saint-Esprit auquel ils ont été spécialement dévoués [6]. Ils auront aussi une singulière dévotion à la Sainte Vierge, sous la protection de laquelle on les a offerts au Saint-Esprit[7]

2. Ils choisiront les fêtes de la Pentecôte et de l'Immaculée-Conception pour leurs fêtes principales. Ils célébreront la première pour obtenir du Saint-Esprit le feu de l'amour divin [8], et la seconde pour obtenir de la très Sainte Vierge une pureté angélique [9] : deux vertus qui doivent faire tout le fondement de leur piété [10].

3. Ils feront, tous les ans, une retraite de huit jours, au commencement de l'année des classes. L'on priera les Révérends Pères Jésuites de vouloir bien la donner [11].

4. La maison sera dirigée par les Révérends Pères Jésuites. On ne pourra choisir d'autres confesseurs, ni changer ceux qu'on aura une fois choisis. On ne prétend pourtant point gêner personne sur cela. Il peut y avoir quelques raisons qui fassent permettre qu'on aille plutôt à un Père qu'à un autre [12].

 

 

 

Article second

 

De la réception des sujets

 

5. On ne recevra dans cette maison que des sujets dont on connaisse la pauvreté, les mœurs et l'aptitude pour les sciences.

6. On ne pourra, sous quelque prétexte que ce puisse être, y admettre des gens en état de pouvoir payer ailleurs leur pension.

On pourra cependant y recevoir quelques écoliers qui, n'étant pas tout à fait dans la grande pauvreté, n'ont pas pourtant de quoi s'entretenir ailleurs. Il sera bon d'exiger quelque petite chose de ceux-ci pour les menues dépenses de la maison, afin qu'ils ne soient pas cause qu'on diminue le nombre des plus pauvres qu'on doit recevoir par préférence [13].

7. On ne recevra personne, pour quelque recommandation que ce puisse être, qui n'ait fait sa Rhétorique et ne soit en état d'entrer en philosophie ou en théologie.

8. On fera composer et expliquer ceux qui se présenteront pour être reçus, et si c'est pour la théologie, on les examinera sur leur logique et physique.

Le temps ordinaire pour ces examens sera le commencement de l'année, et l'on ne se déterminera point à la réception des sujets, qu'on n'ait fait composer tous ceux qui demanderont à entrer et auxquels on peut donner des places. On surseoira donc à rendre réponse aux premiers jusqu'à ce que les derniers n'aient été examinés.

9 On prendra beaucoup garde, dans la réception qu'on fera, à ne choisir jamais que des gens d'une physionomie douce, modeste et retenue.

 

Article troisième

 

De la demeure des sujets dans la maison

 

10. Les écoliers reçus seront examinés deux fois par an, tant sur leur science que sur leurs mœurs; savoir à la fin du Carême et à la fin de juillet. Le Supérieur renverra ceux dont il ne sera pas content et dont il n'y aura pas d'espérance pour l'avenir.

11. On ne gardera point ordinairement les sujets dans la maison plus de deux ans après leur théologie finie. Ils emploieront ces deux années à étudier la Morale et le Droit Canon [14] dans lequel ils pourront se faire graduer [15].

12. On fera soutenir en classe même, à la fin de l'année, ceux qui en seront capables. On fera volontiers cette dépense quand ils le mériteront.

13. Personne ne sortira jamais de la maison, sous quelque prétexte que ce puisse être, sans permission de Monsieur le Supérieur.

14. L'on ne mangera jamais hors de la maison, et l'on refusera honnêtement ceux qui en pourraient prier.

15. Les dimanches et les fêtes, l'on [n']ira point en ville; on n'en demandera pas même la permission.

16. On n'entretiendra point d'amitiés trop étroites avec personne de ses compagnons. On s'aimera tous, à la vérité, très tendrement, mais la tendresse pour tous sera égale.

17. Personne n'aura de commerce particulier avec ceux du dehors. On recevra peu, par conséquent, de visites, et l'on tranchera court avec ceux qu'on sera obligé de voir.

18. Si quelqu'un est obligé de descendre pour quelque femme qui sera venue le demander à cause de quelque affaire de conséquence, Monsieur le Supérieur, qui en sera averti, lui donnera un compagnon pour être avec lui pendant le temps qu'il sera obligé de converser avec celle qui le sera venu demander, si ce n'est pourtant une mère ou une sœur.

19. On ne permettra point qu'aucune femme mette le pied dans la maison, sous quelque prétexte que ce puisse être, si ce n'était des bienfaitrices qui voudraient y entrer par zèle de charité et pour s'y édifier.

20. On ne manquera jamais, quelque jour que ce soit, à entendre la sainte messe, à faire la méditation, la lecture spirituelle et l'examen, si ce n'est le samedi [16] au soir, que 1'exhortation doit tenir lieu de lecture.

21. Lorsque (l'on) [17] sortira de la maison pour aller en quelque endroit, on s'assemblera tous en commun dans la chapelle pour se mettre sous la protection de la très Sainte Vierge [18] .

22. On sortira trois à trois pour aller en classe ou en quelque endroit que ce soit.

23. Tous les offices se feront par semaine, chacun à son tour, sans que personne en soit exempt.

24. On sera très fidèle à pratiquer exactement tous ces règlements généraux et particuliers. On lira publiquement ces règlements de deux en deux mois.

25. Surtout, on recommande une obéissance aveugle aux ordres de ceux qui gouvernent. Voir l'art [8] c.2.

 

 

CHAPITRE DEUXIÈME

 

DES DIFFÉRENTS DEVOIRS ET OBLIGATIONS COMMUNES

A TOUS LES PARTICULIERS

 

Article premier

 

De la prière et des autres exercices de piété

 

26. On fera, tous les matins, un peu plus d'une demi-heure de prières vocales et mentales. Les premières seront toujours les mêmes et ne dureront qu'un demi-quart d'heure, pour laisser environ l'espace d'une petite demi-heure aux secondes, dont on pourra changer le sujet tous les jours.

27. On prendra un quart d'heure tous les jours avant le dîner pour faire l'examen particulier.

28. On dira l'Angelus trois fois par jour, avec la prière per sanctam [19], pour se conserver toujours dans la très grande pureté de cœur et de corps.

29. On récitera tous les jours le Domine, non secundum peccata, etc., après quoi l'on dira O sacrum convivium ou Inviolata, sans omettre jamais l'oraison pour les bienfaiteurs.

30. Avant chaque étude ou Répétition, on demandera au Saint-Esprit des lumières pour travailler utilement : un Veni Sancte [Spiritus] [20] pour cela et un Ave Maria en l'honneur de la Sainte Vierge, pour obtenir de son Epoux ces lumières. On fera la même prière au commencement de la lecture spirituelle, et, à la fin, on dira le Sub tuum præsidium [21] .

31. On récitera tous les jours l'Office du Saint-Esprit.

32. En descendant au réfectoire, on dira le De profundis.

33. Après le souper, avant que de sortir du réfectoire, on lira la vie du Saint du lendemain, mais fort en abrégé [22] .

34. On assistera tous ensemble à une lecture spirituelle d'un quart d'heure, qu'on fera tous les jours. Chacun s'y rendra attentif et répétera avec modestie et simplicité ce qu'il aura remarqué dans la lecture, si Monsieur le Supérieur le nomme pour cela.

35. On élèvera son cœur le plus souvent qu'on pourra vers Dieu pendant la journée. On en avertira par cette parole que quelqu'un dira: Sursum corda.

36. L'on ne recommande rien avec plus d'instance que d'assister avec tout le respect possible à la sainte Messe, à laquelle on ne manquera jamais sans une maladie qui ne permette pas au malade de sortir [23].

36bis . On fera la prière du soir en commun comme le matin et M. le Supérieur après la prière lira la méditation du lendemain [24].

37. On s'approchera tous les quinze [25] jours des sacrements de la pénitence et de l'Eucharistie. On exhorte fort les particuliers de s'en approcher encore plus souvent, le tout cependant subordonné à l'avis de leurs directeurs [26].

38. Les jours de fêtes et de dimanches, après la Messe de communion, on fera ses actions de grâces en l'église pendant environ un quart d'heure.

39. On fera tous les samedis [27] une exhortation, à laquelle tout le monde assistera.

40. Tous les dimanches, on fera la Répétition de l'oraison après l'Angelus du matin, et à la fin de cette Répétition, on dira Domine, exaudi orationem meam etc., Oremus: Ure igne Sancti Spiritus, etc. [28] . L'après-midi on ira à Vêpres dans le lieu indiqué pour cela [29].

41. On dira, tous les dimanches, les fêtes, les jours de congé et de promenade, le chapelet à deux chœurs [30].

42. On ne sortira point en ville pour aller en classe ou ailleurs, quand même on sortirait seul pour quelque affaire, qu'on n'entre dans quelque église pour adorer le très Saint Sacrement. On observera le même en sortant de classe pour revenir à la maison.

43. On choisira un jour par chaque mois pour penser sérieusement à la mort. Le jour précédent, on communiera comme si ce devait être le dernier jour de sa vie. La méditation se fera ce jour là sur la mort, et l'examen particulier, sur l'ordre qu'on doit mettre à toutes ses petites affaires dans ce moment. La lecture se fera sur un sujet convenable à ce jour. Néanmoins, on n'interrompra point ses études, ni on n'augmentera point les exercices de piété.

Cette journée se passera comme on le souhaite pour le bien des particuliers, si un chacun fait ses actions dans ce jour comme les dernières de sa vie. On tâchera de se coucher le soir comme si l'on entrait dans son cercueil, avec la sainte réflexion qu'on fera que peut-être on ne verra pas le lendemain.

44. On fera aussi, tous les mois, un petit pèlerinage de dévotion, où l'on exhorte ceux qui en auraient une sainte envie, de s'approcher de la sainte Table. On choisira un jour de congé et de promenade pour ces sortes de voyages.

 

Article second

 

De l'étude de l'Écriture sainte, de la philosophie et de la théologie

 

45. Il y aura huit heures et demie d'étude les jours de classe ; les dimanches, environ six heures et demie ; et les jours de congé de collège qui ne seront pas jours de promenade pour la maison, on étudiera environ … [31] heures et demie.

Les heures de l'étude comprendront le temps de la classe, les répétitions, et la préparation de l'Écriture sainte.

46. On n'étudiera point d'autres matières que celles de la philosophie si l'on est philosophe, ou de la théologie si l'on est théologien, sans une permission expresse.

47. L'on ne pourra même lire ni philosophes ni théologiens, qu'on n'ait consulté Monsieur le Supérieur là-dessus.

48. On marquera des heures particulières pour étudier la morale et pour en faire des conférences aux théologiens qui seront assez avancés pour cela.

49. Tous les particuliers seront obligés, chacun à son tour et selon qu'il sera nommé pour cela, de soutenir publiquement dans la maison pendant une heure et demie chaque semaine. Ceux qui seront marqués pour argumenter contre les autres ne manqueront pas de le faire ce jour-là, et ne s'en excuseront point.

50. On se préparera, toutes les fêtes et les dimanches pendant une demi-heure, pour l'explication de l'Ecriture sainte, dont on fera la répétition ensuite.

51. Il y aura tous les jours deux [32] répétitions pour les théologiens, et une pour les philosophes. Les dimanches et les fêtes, les théologiens n'auront aussi qu'une seule répétition.

52. On recommande fort, tant aux philosophes qu'aux théologiens, d'argumenter et de répondre le plus souvent qu'ils pourront en classe.

53. On les avertit aussi de demander librement la solution de leurs difficultés à Messieurs les répétiteurs [33] , qui leur donneront volontiers certaines heures pour les éclaircir de leurs doutes.

     54. Enfin, on les prie d'être toujours attachés dans tous les points de doctrine aux décisions de l'Eglise pour laquelle ils doivent être pleins de soumission [34].

 

Article troisième

 

Des cérémonies, de la déclamation et des catéchismes

 

55. Deux fois la semaine, lorsqu'il n'est point jour de fêtes le mardi et le samedi, on apprendra tous en commun les cérémonies de l'Eglise.

Tous les jours de fêtes, on donnera une heure entière à cet exercice, une demi-heure seulement les mardis et samedis.

56. Pour rompre les particuliers à parler en public, on donnera des sujets de sermons ou de prônes aux théologiens et aux philosophes, on indiquera des chapitres de la Bible pour qu'il les déclament pendant le souper des jours de dimanches, de fêtes et de congé qu'il n'y a point de promenade.

57. Comme il est du devoir des ecclésiastiques d'instruire les autres et même les enfants, Monsieur le Supérieur nommera un des particuliers pour faire le catéchisme à ses confrères qu'il instruira, et qui lui répondront comme s'ils étaient des enfants. On ne prendra point d'autre temps pour cela qu'une heure l'après-midi des jours de congé qu'on ne va point à la promenade.

 

Article quatrième

 

Des repas

 

58. On mangera tous en commun mais en grand silence, faisant moins d'attention à nourrir le corps qu'à donner la nourriture à l'âme par la lecture qu'on fera à table.

59. On ne servira rien à personne d'extraordinaire. Les portions seront toujours également distribuées aux uns comme aux autres. La maladie seule pourra causer une exception à cette règle.

60. Monsieur le Supérieur fera donner, les jours de promenade et certains jours de fête, quelque chose d'extraordinaire aux repas.

61. Chacun gardera sa même place au réfectoire.

62. On ne changera point son couvert avec celui d'un autre, mais on se servira toujours du même.

63. Personne ne mangera, s'il n'est malade, hors du réfectoire.

64. On ne demandera jamais de permission pour aller manger en ville, et on n'y mangera en effet jamais. Lorsqu'on se trouvera en quelque endroit où l'on pourrait en être prié, on refusera bien honnêtement ceux qui voudraient nous y engager.

65. Si quelqu'un croit raisonnablement avoir besoin de quelque chose extraordinaire, ou pour conserver ou pour rétablir sa santé, on le prie d'en avertir Monsieur le Supérieur, qui lui procurera tous les petits soulagements possibles.

66. Comme ce n'est point aux particuliers à se mettre en peine de la nourriture, et qu'ils doivent seulement manger toujours avec actions de grâces ce qu'on leur présente, Monsieur le Supérieur prendra soin d'y veiller autant qu'il le pourra et d'y remédier, s'il est besoin, selon tout son pouvoir.

      67. Afin d'entretenir une plus grande uniformité dans la maison, on ne servira rien au Supérieur plus qu'aux particuliers. Les uns et les autres doivent se faire un plaisir de se regarder comme des pauvres à qui la Providence présente la nourriture qu'on leur donnera au réfectoire.

68. Il n'y aura aucun jour de jeûne, outre les jours marqués par l'Eglise, excepté la veille de l'Immaculée-Conception qu'on a choisi pour la principale fête de la Sainte Vierge dans la maison.

69. On ne mangera point trop vite : c'est gourmandise, ni trop doucement: c'est sensualité.

70. On se contentera de tout ce qui sera servi et l'on ne recherchera rien de meilleur. Dieu nous a donné le goût comme un moyen pour nous nourrir et non pas pour flatter notre sensualité. Quand on a du goût pour les choses de l'esprit, on n'en a plus un si délicat et si difficile pour celles du corps.

On ne demandera donc rien au servant de table, mais l'on mangera sa portion comme elle se trouvera.

71. On ne mangera point hors des repas, et on ne prendra point ses repas hors du réfectoire [35].

72. On ne parlera jamais de ce qu'on aime ou de ce qu'on n'aime pas.

73. On ne louera ni on ne blâmera point ce qu'on vient de manger. Il est indigne d'un véritable chrétien de penser trop à toutes ces sortes de choses, de s'en entretenir ou de s'en plaindre, mais c'est une immortification encore bien plus considérable à un religieux [36] ou un ecclésiastique que de tomber dans ce défaut.

74. On ne s'informera point de ce qu'on doit donner aux repas.

75. On ne priera point l'économe d'acheter telle ou telle chose.

76. On coupera son pain et sa viande comme le veut l'honnêteté ou la mortification, et non pas comme le fait faire la sensualité.

77. On ne se plaindra jamais que les choses sont mal apprêtées, qu'il y manque encore tel ou tel assaisonnement. On prendra même garde de faire paraître cela à table par ses gestes, comme en considérant trop son pain ou sa viande avant que de manger. Un homme un peu mortifié, tel qu'on le doit être ici, mange indifféremment ce qu'on lui donne. Il trouve tout bon quand il se souvient que son Dieu a été abreuvé de fiel et de vinaigre [37].

78. Ce serait une faute des plus considérables que de s'entretenir de toutes ces sortes de choses avec ses compagnons.

On permet seulement aux particuliers d'en dire un mot à Monsieur le Supérieur lorsqu'ils croiront que leur santé pourrait y être intéressée.

 

Article cinquième

 

Des récréations

 

     79. Les jours de classe, on n'aura qu'une heure trois quarts de divertissement, mais les dimanches et les fêtes, on donnera environ une heure davantage, et les jours de congé sans promenade, on ajoutera encore une demi-heure plus que les fêtes.

80. On prendra toutes les semaines en été, un jour, pour aller se promener à la campagne. On ne permettra point que personne s'en dispense sans quelque raison très particulière.

On ne permet point plus d'une heure d'étude avant le dîner pendant ce jour qu'on consacre entièrement pour débander un peu l'esprit des particuliers et pour les mettre plus en état de s'appliquer pendant le reste de la semaine [38].

81. L'on sortira immédiatement après la méditation du matin pour aller au lieu de promenade.

82. On marchera trois à trois selon l'ordre qu'en aura marqué Monsieur le Supérieur, mais on ne dira point le chapelet comme les jours qu'on va en classe [39].

83. On se rejoindra tous ensemble à la sortie de la ville, et on ne se quittera point pendant le chemin pour aller devant ou derrière. Le règlementaire marchera toujours le premier.

84. Si c'est un jour de pèlerinage, Monsieur le Supérieur donnera un petit sujet de méditation convenable au lieu où l'on ira, et chacun, dans un profond silence, fera, en son particulier, ses petites réflexions pour se mieux préparer à la sainte Messe.

85. En rentrant dans la ville, on se rassemblera trois à trois selon l'ordre qu'on avait gardé le matin.

86. On évitera toujours les lieux publics et le grand monde [40] .

 

 

Article sixième

 

De la modestie

 

87. On gardera partout la modestie cléricale, mais particulièrement à l'église et en tous les exercices de piété.

88. On s'approchera le plus près qu'on pourra du balustre lorsqu'on ira à la Messe, sans pourtant s'agenouiller dessus, mais, par respect pour Dieu, on se mettra à deux genoux contre le pavé.

89. En entrant et en sortant, on n'oubliera jamais de faire la génuflexion au très Saint-Sacrement.

90. Pendant le Saint Sacrifice, la méditation, la lecture spirituelle, etc., on prendra garde de permettre à ses yeux de regarder ça et là, mais on les tiendra humblement baissés vers la terre ou modestement élevés vers le crucifix.

91. On ne tournera jamais la tête derrière soi pendant ces temps-là pour quelque bruit qu'on puisse entendre.

92. On tiendra ordinairement partout ses bras croisés l'un dans l'autre.

93. On ne marchera point, dans les rues, ni trop vite ni trop doucement. Dans la maison, on descendra les escaliers doucement et sans bruit [41].

94. On ne s'appuiera jamais dans les lieux destinés à la prière: Dieu s'y trouve plus particulièrement qu'ailleurs (et) on doit être dans un profond respect devant lui.

95. On évitera toutes les postures lâches, indolentes, et toutes les petites adresses de l'amour propre tout occupé du soin de rechercher ses aises partout, aux dépens de la modestie.

96. On prendra garde de ne point allonger ses jambes devant soi, de les croiser étant à genoux, de les passer l'une sur l'autre étant assis, ou de se jouer avec elles.

97. Dans les rues, on ne regardera point dans les boutiques ni aux enseignes. On ne portera pas même les yeux bien loin devant soi, mais seulement à trois ou quatre pas. Tel aurait conservé la pureté de son cœur et l'esprit intérieur sans un coup d'œil quelquefois seulement échappé.

98. On ne jettera point, surtout, les yeux sur les personnes magnifiquement habillées, sur les ameublements, sur les équipages et sur les ajustements mondains. On pense au plaisir, au monde et à la vanité quand les yeux sont trop facilement ouverts sur ces sortes de choses.

99. On ne touchera jamais les autres que quand la charité ou la vraie bienséance l'exigent. Loin de nous ces jeux de main qui souvent finissent par des chagrins.

100. Au réfectoire, on fera descendre son chapeau un peu sur les yeux pour manger plus modestement et pour mieux profiter de la lecture.

101. On ne s'accoudera point sur la table, mais on n'y aura jamais que les poignets appuyés.

102. Quand on aura fini de manger, on se tiendra dans sa place sans s'agiter de côté ni d'autre.

103. On prendra garde en tous lieux de faire jamais des mines pour faire rire les autres.

104. On aura soin de tenir toujours ses habits boutonnés depuis le haut jusqu'au bas.

105. On portera des chapeaux qui se tiendront d'eux-mêmes sans ganses. On prendra garde [42] de les tenir de côté sur la tête. On ne pourra en avoir de fins.

106. Si l'on est absolument obligé de porter la perruque, on en aura une qui soit dans toute la régularité possible.

107. On fera une extrême attention à s'habiller et à se déshabiller sous les rideaux de son lit. Ce serait un mal de paraître devant les autres en chemise ou les jambes nues.

108. On ne sortira jamais de sa chambre en bonnet de nuit pour aller en quelque endroit que ce puisse être.

109. On prendra garde de ne parler jamais, sans une nécessité extrême, de certaines choses que la seule bienséance condamme dans les compagnies pour qui l'on a du respect. L'on ne fera jamais de conte ni de raillerie sur ces sortes de choses.

110. Point de proverbes bas et populaires, point de sobriquets ou de plaisanteries fades.

111. On obligera ceux qui sont dans les ordres sacrés de porter la soutane. Les autres auront permission de n'avoir que des soutanelles.

Personne, par conséquent, ne pourra porter d'habit de quelque couleur que ce puisse être, ni de culottes qui ne soient pas noires.

112. On tâchera que personne ne porte des culottes de velours, quand même elles seraient noires : cet ornement est un peu trop propre pour nous.

113. On recommande à tous une grande propreté. On peut être propre avec des habits fort pauvres.

114. On ne souffrira point que personne ait de tabatière, ni prenne du tabac.

114bis. Les Supérieurs ne permettront point que les particuliers se poudrent [43] pour quelque raison que ce puisse être [44].

 

Article septième

 

Du silence

 

115. Hors les temps des récréations et des quarts d'heure libres, on ne parlera point sans une nécessité extrême, et alors même, on en demandera la permission.

116. On fera partout le moins de bruit que l'on pourra.

117. Quelque affaire qu'on puisse avoir et quelque permission qu'on ait obtenue de parler aux autres, on ne parlera jamais haut, de peur de troubler la paix qui doit régner dans la maison [45].

118. On n'appellera jamais ceux à qui on a affaire à haute voix, mais on les ira chercher où ils seront, s'il est nécessaire de leur parler.

119. On ouvrira et on fermera les portes le plus doucement que l'on pourra.

120. Aussitôt que la fin des récréations sonnera, quelque discours qu'on ait commencé ou quelque chose qu'on pourrait avoir encore à dire, devrait-on trancher une parole en deux, on cessera de parler avec ses compagnons et l'on marchera, promptement, dans un profond silence, vers le lieu où la cloche appellera.

121. Pendant les repas, on frappera le plus doucement qu'il sera possible pour demander ce qu'on aura besoin, et si l'on est contraint de parler au servant de table, on le fera si bas que le réfectoire n'en sera point troublé.

122. En montant et en descendant les escaliers, si ce n'est pendant les récréations, on ne dira pas un seul mot.

123. On ne sera pas moins exact pendant les études.

124. Surtout on observera religieusement le silence depuis la prière du soir jusqu'après la méditation du matin. Une parole dite alors serait regardée comme une faute considérable contre la règle.

 

Article huitième

 

De l'obéissance

 

125. Il n'y a rien qui soit de plus grande conséquence, pour le bon ordre de la maison [46], que l'obéissance. Il n'y a rien aussi qu'on recommande davantage; c'est une grande vertu que de soumettre en tout sa volonté à celle d'autrui.

126. On obéira donc toujours avec promptitude et avec joie.

127. On prendra garde de tomber dans les défauts suivants : murmurer contre ce qui est commandé ; marquer par ses gestes et le ton de sa voix qu'on n'est pas bien aise d'obéir ; faire paraître sur son visage un air bourru et chagrin ; raisonner longtemps sur ce qui est commandé ; disputer même quelquefois avec celui qui commande ; lui en demander les raisons et en exiger quelqu'une qui contente ; se plaindre à ses compagnons de la rigueur des commandements, etc.

128. On ne sortira d'aucun exercice public sans permission.

129. L'on n'écrira aucune lettre ou autres choses semblables sans l'avoir demandé.

130. On n'empruntera rien de ceux de la maison ou d'ailleurs sans la permission du Supérieur.

 

 

CHAPITRE TROISIÈME

 

DES DIFFÉRENTS EMPLOIS DES PARTICULIERS

 

Article premier

 

Des répétiteurs

 

131. Le répétiteur de l'Ecriture sainte fera une répétition tous les dimanches et les fêtes, pendant trois quarts d'heure.

     [1°] Il expliquera d'abord l'Ecriture mot à mot, ou la fera expliquer.

2°. S'il y a quelque chose de controversé par rapport aux passages dont il sera question alors, il rapportera les différents sentiments des Pères et des auteurs.

3°. Il tirera quelque morale, selon les meilleurs interprètes de l'écriture, des chapitres qu'il aura expliqués.

132. Il répondra aux difficultés qu'on pourra lui proposer. Il interrogera, pendant sa répétition, ceux qu'il jugera à propos.

133. Ce sera lui qui nommera les particuliers pour déclamer, au réfectoire, leurs sermons ou leurs chapitres de l'Ancien Testament.

Il donnera les sujets des sermons, et corrigera ensuite les pièces qu'on aura faites. Il aura soin d'exercer pour la déclamation, pendant quelques unes des récréations.

134. Le répétiteur de théologie fera le nombre des répétitions marquées ci-dessus. [n° 51]. Il aura soin de voir, de temps en temps, les Régents de théologie [47], par rapport à ses écoliers.

135. Il les marquera tour à tour pour soutenir, aussi bien que ceux qui argumenteront contre eux.

Il se trouvera présent aux Thèses.

Il avertira les Régents lorsqu'il sera à propos de faire soutenir ses écoliers en classe.

136. Il donnera, tous les jours de classe, quelque temps aux écoliers qui auront quelque difficulté à lui proposer et qui les pourraient arrêter dans l'étude de leurs cahiers.

137. Le répétiteur de philosophie fera, à proportion, toutes les mêmes choses à l'égard de ses écoliers.

 

Article second

 

Du réglementaire et sous-réglementaire

 

138. Le réglementaire se lèvera tous les jours à quatre heures trois quarts pour pouvoir sonner le lever à cinq heures [48].

Il ira ensuite éveiller en toutes les chambres, et dira en y entrant : Benedicamus Domino, etc.

139. Il sonnera tous les autres exercices de la journée, précisément aux heures marquées. Il se rendra pour cela, un moment avant l'heure, auprès de la cloche qu'il tintera un peu, afin que tout le monde puisse se rendre aux exercices avant la fin du second coup de la cloche.

140. Il marquera toutes les semaines, selon l'ordre qu'il en recevra de Monsieur le Supérieur, ceux qui doivent être en charge pendant huit jours. Il les écrira sur un papier, les nommera tout haut après le dîner du samedi et attachera ensuite ce papier au lieu marqué pour cela, afin qu'un chacun puisse le lire s'il est nécessaire.

Lorsque la fin des exercices sonnera, il en avertira Monsieur le Supérieur.

141. Il sortira toujours le premier, en quelque lieu qu'il se trouve avec ses compagnons. Il gardera la même place en revenant à la maison.

Il attendra pendant un temps raisonnable que les particuliers soient assemblés dans les lieux destinés pour cela, avant que d'en sortir.

142. Il dira toutes les prières  de la journée, à moins que Messieurs les Supérieurs ne les fassent eux-mêmes, ou quelque particulier qu'ils auraient nommé pour cela.

Il avertira, dès la veille, du jour de Communion ordinaire, pour que tout le monde aille à confesse le soir.

143. Il préparera tous les livres nécessaires aux exercices.

144. Le sous-réglementaire fera toutes ces fonctions en l'absence du réglementaire.

 

Article troisième

 

Du bibliothécaire

 

145. Il tiendra un compte exact de tous les livres qu'on lui aura confiés pour l'usage des particuliers.

Il les arrangera par ordre alphabétique, et collera, pour cet effet, une lettre de l'alphabet et un numéro sur le dos de chaque livre.

146. Il marquera le nom de ceux à qui il aura prêté des livres, aussi bien que le jour qu'il les aura prêtés.

De temps en temps, il nettoiera sa bibliothèque en dedans et en dehors.

147. Il ne prêtera jamais les livres de la maison à qui que ce soit du dehors.

 

Article quatrième

 

Du sacristain et sous-sacristain

 

148. Le sacristain aura en garde tout ce qui regarde la chapelle.

Il tiendra tout dans une grande propreté.

149. Il changera les ornements de la chapelle selon les différents jours de l'année.

Il allumera les cierges, les jours de fêtes considérables.

150. Il frottera souvent le marche-pied de l'autel, les bancs et le parquet de la chapelle.

Il prendra garde qu'il y ait toujours de la chaux dans les crachoirs [49].

Il décrottera de temps en temps les nattes qui sont sous les pieds.

151. Il ne laissera point les bénitiers sans eau bénite.

152. Le sous-sacristain lui aidera en tout cela.

 

Article cinquième

 

Du lecteur

 

153. Il lira pendant le dîner et le souper.

Il commencera toujours la lecture par quelques versets du Nouveau Testament.

Il lira aussi pendant le temps de la lecture spirituelle.

154. Il fera les prières du matin et du soir en la chapelle pendant sa semaine

Il avertira d'élever son cœur à Dieu de temps en temps [cf. no. 35]

155. Quand Monsieur le Supérieur le reprendra, il ne changera point de ton, et si par hasard on le reprenait mal, le lecteur, par respect, il ne laissera pas de se conformer à la correction.

 

Article sixième

 

De l'économe et sous-économe

 

156. L'économe [50] veillera à faire en sorte que rien ne manque au réfectoire et à la cuisine.

Il aura soin d'avertir Monsieur le Supérieur des provisions nécessaires, et, avec sa permission, il les achètera dans les temps convenables.

157. Il sera extrêmement ménager.

Il aura en garde le beurre, le pain, la viande et les autres grosses provisions pour la cuisine.

158. Il donnera tout par compte au cuisinier, même le bois qu'il aura aussi en garde.

Il avertira tous les soirs le cuisinier de ce qu'il faut faire le lendemain.

Il fera partir le cuisinier aux heures marquées pour aller à la promenade

159. Il fermera exactement, sous la clef, les provisions de la maison.

Il tiendra toutes les clefs qui lui sont nécessaires dans un anneau de fer, de peur de les perdre ou d'avoir trop de peine à les retrouver quand il les aurait mises ça et là.

160. Il aura soin que la vaisselle et les autres ustensiles de cuisine soient toujours d'une grande propreté.

Il ne permettra point, pour quelque raison que ce puisse être, qu'on transporte aucun meuble du réfectoire dans la cuisine ou dans les chambres.

161. Il fera chauffer de l'eau bien chaude pour laver la vaisselle; il fera en sorte qu'elle soit prête pour la fin des repas.

     Il tiendra prêts les tabliers de cuisine pour les servants de table.

Il préparera aussi les torchons pour les laveurs d'écuelles, afin que les uns et les autres n'attendent pas après [51] .

Il avertira le cuisinier de faire chauffer de l'eau en hiver pour tous les repas.

162. Il mangera toujours en seconde, parce que pendant la première table, il veillera que rien ne manque pendant les repas.

Il se trouvera toujours présent dans la cuisine lorsqu'on fera les portions.

163. Il aura soin de fermer, sur la fin du jour, les fenêtres du réfectoire, et de les ouvrir par le haut tous les matins.

Hors les repas et le temps marqué au cuisinier pour balayer le réfectoire, il en tiendra la porte fermée à clef.

164. Les jours de promenade, il achètera ce qui sera nécessaire à la campagne.

165. Il tiendra un compte exact des meubles de la cuisine et du réfectoire. Monsieur le Supérieur l'examinera de temps en temps.

Il recevra, par compte, le linge du linger, et le lui rendra, sale, de même.

Il donnera pareillement, par compte, au cuisinier, le linge propre à la cuisine, et le lui demandera quand il sera sale, de la même manière.

166. Il aura un livre sur lequel il marquera régulièrement tout ce qu'il aura reçu d'argent pour les provisions de la maison. Il écrira à côté les emplois qu'il aura faits de cet argent.

167. Le sous-économe remplira la place de l'économe quand il sera absent.

 

Article septième

 

Du crédencier et sous-crédencier

 

168. Le crédencier aura en garde le vin, le cerize et toutes autres choses qui concernent la crédence.

169. Il mettra le vin dans les bouteilles avant le repas.

Il n'en mettra à chacun qu'une roquille [52] à dîner et à souper seulement.

Il en donnera encore une seconde, mais jamais davantage, à ceux qui la pourront payer et qui la lui demanderont.

Il remplira aussi les bouteilles de Messieurs les Supérieurs et Répétiteurs, afin qu'ils aient deux roquilles à chaque repas.

Il tiendra un mémoire exact de tout ceux qui auront pris du vin, et de l'argent qu'il en aura reçu.

170. Il marquera, après le déjeuner, ceux qui voudront du vin d'extraordinaire pendant la journée ; si quelqu'un dans un autre temps lui en demandait, il ne lui en donnera point.

Si un particulier, après s'être fait marquer le matin pour prendre du vin, changeait d'avis pendant le jour, le crédencier ne laissera pas que de lui en donner, pour éviter une plus grande confusion.

171. Le sous-crédencier fera toutes ces choses lorsque le crédencier ne pourra pas s'en acquitter.

 

Artlcle huitième

 

Du commis et sous-commis

 

172. Le commis portera, tous les jours, de la lumière, s'il est nécessaire, dans toutes les chambres, pour le lever.

Il allumera aussi les lampes de la chapelle, de l'escalier et des lieux communs, quand il le faudra.

     Il donnera de la lumière pour les études dans les temps d'hiver.

173. On lui donnera un coffre dans lequel il aura soin de conserver l'huile et la chandelle ; ce sera à lui seul qu'on s'adressera pour en avoir.

174. Il fera scier du bois pour mettre dans le poêle, lorsqu'il fera froid il le mettra dans le poêle quand il sera nécessaire.

175. Il prendra garde qu'aucun vent coulis n'entre dans les chambres en sorte que les particuliers en pourraient être incommodés. Il y fera remédier aussitôt.

176. Il aura aussi les jeux et les instruments pour jouer, en garde. Il aura soin de les ramasser après la récréation.

Si quelqu'un, par malheur, se fâchait dans le jeu, il l'avertira doucement et charitablement.

177. Le sous-commis suppléera au commis.

 

Article neuvième

 

Des lingers et de leurs aides

 

178. Le premier des deux lingers aura soin de tout le linge de la communauté.

On lui donnera une armoire pour qu'il puisse arranger tout le linge par ordre.

179. Il fera quatre colonnes des nappes, serviettes et essuie-mains, tabliers et torchons nécessaires pour chaque semaine, dont il donnera la première colonne pour la première semaine du mois, la seconde colonne pour le seconde semaine, [et] ainsi des autres toujours successivement, en sorte que le même linge ne servira que de mois en mois.

180. Il tiendra un registre de tout le linge qu'il aura en garde. Il marquera tout le linge qu'il donnera à l'économe pour lui en faire rendre compte quand il sera sale.

Il donnera aux particuliers des draps blancs tous les mois. Il marquera exactement le nom de ceux à qui il aura donné des draps, aussi bien que le mois et le jour.

181. Le second linger aura soin du linge des particuliers, [et en le recevant d'eux, il se fera payer de ce qu'il en coûtera] [53].

Il pourra se décharger pourtant du blanchissage des rabats et manchettes sur son aide, supposé qu'il ne puisse pas suffire à tout lui seul.

182. L'un et l'autre linger feront payer à la blanchisseuse le linge qu'elle perdra. Ils prendront garde aussi qu'elle ne change point le linge, et, dans ce cas, ils ne rendront point celui qu'ils auront reçu que la blanchisseuse n'ait rapporté le leur.

Quand le linge ne sera pas bien blanchi, ils se rendront, sur le champ, à la blanchisseuse afin qu'elle le reblanchisse de nouveau.

Ils ne paieront point la blanchisseuse que le lundi qu'elle viendra chercher le linge sale.

183. Ils auront des livres dans lesquels ils marqueront l'argent qu'ils auront reçu, soit de Monsieur le Supérieur, soit des particuliers. Ils rendront compte aux uns et aux autres des emplois qu'ils en auront fait.

184. Les deux aides qu'ils auront seront chargés de tous ces soins en l'absence des deux lingers.

 

Article dixième

 

De l'infirmier et du sous-infirmier

 

185. L'infirmier avertira Monsieur le Supérieur aussitôt qu'il saura que quelqu'un est indisposé. Il tâchera de le savoir de bonne heure.

     Il aura soin de donner aux malades ce dont ils ont besoin.

     Il les portera à supporter leur maladie pour l'amour de Jésus-Christ.

186. Il ne se rebutera point des petites peines qu'il aura en cette charge, comme de vider les pots de chambre, faire les lits, etc., mais il s'y portera de bon cœur pour l'amour de Dieu. Il servira les malades comme si c'était Jésus-Christ même qu'il eût à soigner.

187. Il fera en sorte que ce qu'il donnera aux malades soit propre et comme il faut, et que leurs lits soient aussi très propres.

Il ne donnera rien sans ordre, et il donnera tout ce qui aura été ordonné, aux heures et dans les circonstances qu'on lui aura marquées; c'est pourquoi il écrira sur le champ tout ce qui aura été ordonné pour le malade.

     188. Si quelqu'un prend médecine par nécessité, les dimanches et les fêtes, il les fera aller à la messe à onze heures ou dès le grand matin, s'ils sont en état, ce qu'il saura du médecin ou du chirurgien.

Il prendra garde que ceux qui ont pris médecine ne sortent pas ce jour-là, qu'ils se tiennent chaudement et tranquillement dans la chambre.

189. Il ira à (I'hôpital de) la Charité, un jour auparavant, demander une place pour celui qui sera obligé de s'y faire transporter. Il l'y conduira le lendemain.

190. Lorsque le malade pourra entendre la lecture spirituelle, I'infirmier aura soin de la lui faire, pendant le même temps qu'on la fait en commun.

191. Il aura quelques ustensiles de cuisine pour le service des malades, qu'il ne prêtera jamais à l'économe. Il ne se servira point aussi de la vaisselle de l'économe.

192. Le sous-infirmier ne servira que quand l'infirmier ne pourra pas suffire.

 

Article onsième

 

Du zélateur de la propreté et de son aide

 

193. Le zélateur de la propreté fera, tous les jours de congé, à huit heures et demie, sa visite dans les chambres, pour voir si elles se maintiennent propres.

Il fera en sorte que les meubles de la maison se conservent.

194. Il empêchera qu'on laisse traîner de vieux habits sur les lits et de vieux souliers dans les chambres.

Il regardera entre le matelas et la paillasse, s'il n'y aurait point quelques vieIlles chemises et autres choses semblables.

Il obligera tous les particuliers à avoir chacun un porte-manteau et un coffre pour mettre ce qui leur appartient.

195. Il mettra de petits écriteaux aux clefs de toutes les portes de la maison. Il ramassera dans son coffre celles qui ne serviront point.

Il fera recoudre promptement le dedans et le dessus des lits qui pourraient être déchirés. Il fera raccommoder les bois de lit qui pourraient être brisés.

196. Il prendra garde que les verrous, les gonds, les fiches etc. qui servent aux portes ou aux fenêtres ne se perdent point. Si elles se détachaient de leur place, Il les fera aussitôt remettre, et écrira, sur son mémoire, la chambre où il a trouvé quelque réparation à faire faire.

197. Il fera remettre des vitres en la place de celles qui seront cassées. Il s'informera de ceux de la maison qui les a pu rompre, et les fera payer au criminel.

Il aura le même soin des tables, des chaises, des tabourets, etc.

Il ne souffrira pas qu'aucun tas d'ordures s'amasse dans les chambres [54].

198. Il fera balayer, par le cuisinier et le tailleur, le réfectoire, la cuisine et les chambres où l'on couche une fois tous les jours.

Il fera balayer par les mêmes le parloir, les salles d'étude et l'escalier, depuis le haut jusqu'en bas, trois fois la semaine.

199. Il aura soin qu'il y ait des fers dans la cour de la maison pour qu'un chacun puisse s'en servir pour faire tomber la boue de ses souliers.

Il fera en sorte que les lieux où 1'on ôte ses souliers, en entrant pour prendre ses mules, soient toujours propres.

200. L'aide du zélateur de la propreté fera sa visite tous les dimanches pour voir si chacun des particuliers a pris une chemise blanche et un mouchoir.

Tous les mois, le premier dimanche, il obligera tout le monde à lui montrer leur chapelet, heures, écritoires, peignes et décrottoirs. Il marquera exactement ce qui manquera à un chacun.

201. Quand il y aura quelques ouvrages extraordinaires à faire faire à tout le monde, il aura soin de veiller à ce qu'un chacun s'acquitte de son petit office.

 

Article douzième

 

Des maitres de chant

 

202. Ils apprendront le plain-chant aux particuliers de la maison.

Ils auront soin de ramasser les livres de chant aussi bien que de remettre le pupitre dans sa place.

203. Ils avertiront Monsieur le Supérieur si quelqu'un se dispense de chanter.

Ils feront prévoir à leurs écoliers les antiennes, les hymnes, les psaumes qu'ils doivent chanter à Vêpres, le dimanche suivant.

 

Article treizième

 

Du réfectorier et sous-réfectorier

 

204. Le réfectorier aura soin de faire les portions de pain avant chaque repas.

205. Il demandera des nappes et des serviettes au linger tous les dimanches, et rendra le linge sale à même temps.

Il mettra les chandeliers sur les tables lorsqu'il faut de la lumière pour souper, et, à la fin du repas, après les grâces, il remettra les chandeliers dans leurs places.

206. Il avertira, un des jours le plus commode de la première semaine du mois, I'économe, de faire écurer, avec la vaisselle du réfectoire, celle de la cuisine.

207. Il prendra garde à la fin de chaque repas, si chacun a mis son gobelet, sa cuiller, fourchette et serviette dans le lieu ordinaire; si quelqu'un y avait manqué, il le fera lui-même.

     208 Le sous-réfectorier suppléera dans l'absence du réfectorier.

 

 

Article quatorzième

 

Des servants de table

 

209. Les servants de table serviront et desserviront les particuliers. Ils se tiendront couverts en servant.

Ils auront devant eux de grand tabliers de cuisine de peur de se gâter.

210. Il en restera toujours un de deux qu'ils doivent être, qui restera dans le réfectoire pour donner aussitôt ce qu'on lui demandera.

211. Après les grâces ou vers la fin du repas, ils ramasseront tout le pain qui aura resté sur la table.

Ils donneront, un peu avant qu'on se lève de table, de petites assiettes pour qu'un chacun puisse ramasser les petites miettes de pain qui restent sur la nappe.

212. Aussitôt qu'on sera sorti de la première table, ils auront soin de servir ceux de la seconde et de mettre à même temps leurs portions à eux-mêmes. Après qu'ils auront dîné ou soupé, ils desserviront leurs portions et celles de ceux qui auront mangé en seconde.

 

 

Article quinzième

 

Des laveurs d'écuelles

 

213. Il y aura trois laveurs d'écuelles par semaine, dont le premier lavera la vaisselle, les deux autres essuieront. Après quoi ils viendront joindre les autres à la récréation.

Ils mangeront toujours tous trois en première, et immédiatement à la sortie du réfectoire, ils entreront dans la cuisine pour y laver promptement la vaisselle.

214. Ils laisseront les grosses pièces de cuisine et la vaisselle de la seconde table à laver au cuisinier.

Ils auront soin surtout de bien essuyer tout ce qu'ils laveront et de n'y laisser aucune graisse.

215. Ils laveront tous les jeudis au soir, dans l'eau chaude, les cuillers et les fourchettes de tout le monde, et les remettront aussitôt dans les mêmes places où ils les avaient prises au réfectoire.

Ils ne laveront point qu'ils n'aient devant eux leurs tabliers.

 

 

Article seizième

 

Du portier et sous-portier

 

216. Le portier quittera tout, au premier coup qu'il entendra frapper à la porte, pour aller l'ouvrir.

Quand il parlera aux personnes du dehors, il aura soin de parler bas et de se tenir découvert devant eux.

Il tiendra toujours la porte fermée.

217. Il ne permettra point qu'aucune femme entre ailleurs que dans le parloir de la cour.

Quand on demandera quelqu'un, il en avertira Monsieur le Supérieur avant que de le dire à celui qu'on demande.

218. Il n'avertira jamais, sans une nécessité extrême, ni Monsieur le Supérieur ni les autres, qu'on les demande pendant les prières publiques, la lecture, les thèses, les répétitions et les repas.

Il aura dans sa porterie les noms de tous ceux de la maison. Quand on demandera quelqu'un, il regardera d'abord dans le catalogue, si ceux que l'on demande sont dans la maison.

219. Il conduira les étrangers dans le parloir après leur avoir ouvert la porte, et avant que d'aller avertir Monsieur le Supérieur qu'on demande quelqu'un.

Il ne fera jamais entrer dans le jardin, et encore moins dans la salle, que des personnes d'un certain rang qu'on ne peut pas recevoir ailleurs.

220. Le sous-portier observera tout ceci lorsqu'il remplira la place du portier. Ce sera ordinairement pendant que le portier est à la messe ou à table.

 

Article dix-septième

 

Du tailleur

 

221. Il ne travaillera, pour qui que ce soit, que pour ceux de la maison.

Il raccommodera tout, le plus promptement qu'il pourra, ce qu'on lui donnera à recoudre, soit les hardes des particuliers, soit les meubles de la maison.

222. Il fera les habits de tous les écoliers.

Il s'attachera surtout à bien coudre, afin de ne recommencer pas tous les jours.

Il ne pourra rien exiger des particuliers sous quelque prétexte que ce puisse être.

223. Il ira tous les jours à la messe à six heures et demie, excepté les fêtes et les dimanches qu'il ira à la paroisse, le matin à sept heures à la première grand'messe, le soir après deux heures aux Vêpres.

Il approchera des Sacrements tous les quinze jours. il serait bon qu'il allât à confesse à quelqu'un des confesseurs de la maison.

Il assistera tous les matins et tous les soirs à la prière, quelqu'affaire qu'il ait.

Il pourra se dispenser de la lecture spirituelle s'il est trop occupé.

224. Il balaiera, tous les jours, les chambres où l'on couche.

Il se fera aider par le cuisinier tous les samedis qu'ils (sic) remuera tous les lits pour ôter les ordures qui pourraient s'être amassées dessous.

Il balaiera l'escalier de la maison et les salles d'étude et de récréation, trois fois la semaine.

Il prendra son temps après le déjeuner pour balayer partout.

 

Article dix-huitième

 

Du cuisinier

 

225. Il aura soin de tenir sa cuisine dans la plus grande propreté qu'il pourra.

Il remettra chaque chose en sa place lorsqu'il s'en sera servi.

226. Il cuira si à propos ses viandes et les autres choses nécessaires, qu'il ne fasse jamais retarder d'un moment les heures des repas.

Il ne donnera aucun reste à la porte sans permission.

227. Il ira en ville à l'heure qu'on lui indiquera, pour apporter les provisions.

Il ira aussi chez les Révérends Pères Jésuites chercher les restes qu'ils ont la charité de donner. Il portera à la petite cave les viandes, aussitôt qu'il sera de retour à la maison [55].

228. Il ira chercher dans la cave le bois nécessaire pour le feu ; il le fendra et le sciera s'il le faut.

Il ira tous les jours à la fontaine chercher de 1'eau pour boire.

Il tirera aussi du puits toute l'eau nécessaire pour laver les mains, la vaisselle, arroser les chambres, etc.

229. Il balaiera, tous les jours une fois, le réfectoire, après le déjeuner. Il pourra se servir du tailleur [56] quand il en aura besoin pour aller à l'eau ou à la provision.

230. Il assistera matin et soir à la prière, quelqu'affaire qu'il ait.

Il ira à la Messe tous les jours à six heures et demie, excepté les dimanches et les fêtes qu'il ira à la première grand'messe à la paroisse.

Il ira encore le soir à la paroisse pour les Vêpres et le sermon.

Il s'approchera des sacrements tous les quinze jours [57] selon la règle du tailleur citée ci-dessus, article 14e [n°. 223].

 

Article dlx-neuvième

 

Des officiers de la garde-robe

 

231. Les deux officiers de la garde-robe auront soin tous les matins de vider le baquet de bois dans lequel les particuliers doivent vider leurs pots de chambre le matin.

Ils le porteront tous les soirs dans la même place qu'Ils l'auront trouvé le matin.

Pendant le jour, ils le cacheront dans le poulailler.

232. Ils écureront, une fois la semaine, tous les pots de chambre des particuliers. Ils prendront le temps d'après la classe le samedi au soir pour cela.

233. Le premier officier de la garde-robe aura soin de tenir propre les lieux communs destinés aux plus grosses nécessités Il mettra du papier dans les sacs lorsqu'il n'y en aura plus.

Le second officier tiendra propres les autres lieux communs.

 

 

CHAPITRE QUATRIEME

 

QUELQUES AVERTISSEMENTS

POUR LE BON ORDRE DE LA MAISON

 

234. Lorsqu'il arrivera une fête ou quelque jour qui ne permettra pas dans les temps marqués, quelques exercices ou quelques offices dont on ne peut pas se dispenser sans préjudicier au bon ordre de la maison, Monsieur le Supérieur, qui en sera averti par les offlciers, assignera un autre jour que celui qui était marqué.

235. Il n'y aura point de chant ni de promenade ni de cérémonies, les jours de jeûne, excepté dans le temps du Carême. Ces jours-là, depuis la classe du matin jusqu'à la fin de la classe du soir, les exercices retarderont d'une demi-heure.

236. Monsieur le Supérieur assignera un jour dans la première semaine de chaque mois pour écurer la vaisselle, rapproprier la maison, etc. Il tâchera d'employer tout le monde afin que les offices soient promptement finis.

237. Aussitôt que quelqu'un se trouvera incommodé, il en avertira Monsieur le Supérieur.

238. On se traitera toujours avec beaucoup d'honnêteté, se prévenant, comme dit l'apôtre, les uns les autres, avec toute sorte de respect [58].

     L'on prendra garde à ne se point tutoyer.

     L'on se donnera la qualité de Monsieur.

239. Tous les officiers rendront un compte exact de tout ce qui leur sera confié et de tout ce qui sera perdu.

240. Personne ne se servira des meubles de la maison sans la permission du Supérieur, et lorsque avec sa permission l'on s'en sera servi, on les remettra aussitôt dans leurs places.

241. On aura soin de se marquer toujours à la porte en sortant et en entrant.

242. Quand quelqu'un aura permission de sortir, il ne s'arrêtera pas plus de temps qu'il ne faut, et il n'ira que dans le lieu auquel il aura permission d'aller. Au retour, il se présentera à Monsieur le Supérieur en entrant dans la maison.

243. Si l'on rencontre quelqu'un de sa connaissance dans les rues, on ne s'arrêtera point avec eux; on les saluera seulement, et si l'on était absolument obligé de leur parler, on leur dira honnêtement qu'on est obligé de marcher avec les autres et qu'on ne peut pas quitter sa compagnie

244. On ne se découvre point au réfectoire pour personne, si ce n'est lorsque Monsieur le Supérieur y entre.

245. On défend expressément d'entrer dans la cuisine, sous quelque prétexte que ce puisse être, sans en avoir eu la permission, excepté pendant le temps qu'il faut laver la vaisselle. Aussitôt qu'elle sera lavée, les officiers se retireront et l'économe les priera de n'occuper pas davantage la cuisine.

246. Aussitôt que la première table sera finie, on sonnera la seconde qui finira tous les matins à midi, et les trois quarts [59] ou une heure [60] au plus tard, et le soir à huit heures un quart [61], on en sonnera la fin.

247. Chacun aura des mules qu'on prendra en entrant dans la maison.

248. On se servira, au retour de la ville, des fers qui sont dans la cour pour faire tomber la boue de ses souliers.

249. Aussitôt qu'on entendra sonner le premier coup de la cloche pour quelque exercice que ce soit, on se taira dans le moment, quelque chose qu'on eût encore à dire, et l'on se transportera avec une extrême diligence au lieu où l'on est appelé.

250. Lorsqu'on revient de la messe ou qu'on y va, les jours de congé ou de fêtes, on ne doit point parler ensemble, mais il faut s'entretenir intérieurement avec Dieu sur la grandeur du sacrifice de la Sainte Messe ou sur le bonheur qu'on a eu de communier, si on s'est approché de la Sainte Table.

251. On ne laissera jamais rien sur le haut de ses lits pendant le jour.

252. Ceux qui voudront se faire faire la barbe ne prendront point d'autres temps pour cela que la récréation d'après le dîner du vendredi ou du samedi. Si par hasard il était fête un de ces deux jours-là, on peut avancer d'un jour, mais toujours à pareille heure.

253. On aura soin de ne laisser aucune chose dans l'étude sur ou dessous ses pupitres hors les temps d'étude.

254. Chacun aura un coffre, un porte-manteau, un crucifix, des heures, un chapelet, une cuiller, une fourchette, un couteau, un gobelet, un peigne, des époussettes, des vergettes, des décrottoirs et un pot de chambre.

255. Les jours de confessions ceux qui vont au même confesseur s'attendront les uns et les autres pour s'en revenir ensemble [trois à trois] [62] en disant leur chapelet.

256. Quand on se rencontrera dans les escaliers, dans le jardin ou ailleurs, on ne manquera jamais de se saluer réciproquement.

257. Quand on donnera quelque chose à un autre ou qu'on recevra de lui, on n'oubliera pas non plus de se découvrir l'un et l'autre, et de donner ou de recevoir avec une certaine honnêteté qu'une éducation chrétienne doit nous avoir acquise.

258. Monsieur le Supérieur nommera un particulier en chaque chambre pour éteindre, matin et soir, la lumière qui y est : le matin au petit coup pour la prière, le soir un moment après neuf heures. Le même, en sortant le matin de sa chambre en ouvrira toutes les fenêtres.

259. On défend expressément, sans une permission particulière, de ne se trouver que deux ensemble aux promenades ou pendant les récréations. Il faut être au moins trois.

On n'affectera point d'être toujours avec les mêmes dans ces sortes de temps. Il est bon qu'on ne remarque jamais que nous ressentions plus d'affection pour les uns que pour les autres.

260. Personne ne fera entrer dans la maison ou dans le jardin, sans en avoir eu la permission, les gens de la ville qui nous viennent voir. On se contentera de les recevoir dans le parloir.

261. Chacun aura soin, tous les matins avant la prière, de faire son lit le plus proprement qu'il pourra, en sorte que son rideau étant bien tendu comme il le doit on ne voit rien passer par-dessous, comme la paillasse, les draps ou la couverture, etc

262. On prendra, tous les soirs avant la prière, un moment pour faire quelque réflexion sur le progrès ou sur les fautes qu'on a pu faire dans le jour, sur la vertu qui nous est la plus nécessaire.

263. Comme la nouvelle règle qu'on a introduite porte qu'on sera habillé par les tailleurs et cordonniers de la maison, on ne permettra plus aux particuliers de sortir en ville, parce qu'aussi les Supérieurs auront soin de leur faire trouver dans la maison tout ce qui leur sera nécessaire [63].

 

 

TOUS CES RÉGLEMENTS ONT ÉTÉ DRESSÉS PAR FEU

 

MONSIEUR DES PLACES [64] ET ÉCRITS DE SA MAIN, ET

 

PRATIQUÉS PAR LUI ET PAR SES ÉLÈVES.

 

 

 



[1]. Cf. MICHEL, Poullart des Places, p. 182-183.

[2]. MICHEL, Poullart des Places, p. 340.

[3]. KOREN, Ecrits, op. cit., p. 284.

[4]. Cahiers Spiritains, n°. 5, 1978, p. 4.

[5]. C'est-à-dire consécration .

[6]. Dévoués : consacrés. La maison a été inaugurée aux fêtes de la Pentecôte, mais la consécration spéciale au Saint-Esprit a une portée bien plus profonde que ce souvenir. Les recherches de Le Floc'h et de Michel ont montré que Claude-François a puisé la dévotion au Saint-Esprit dans sa province natale de Bretagne ; sous l'influence des disciples du P. Lallemant, un très fort courant de cette dévotion était répandu dès le milieu du XVIIe siècle et avait atteint Nantes et Rennes. Poullart des Places a certaienment été influencé par ce courant spirituel : voir MICHEL, Poullart des Places, p. 147-186. (Lécuyer)

[7]. Il y a peut-être ici une allusion au lieu où s'est déroulée la cérémonie d'inauguration de la communauté. Selon une tradition orale, en effet, elle a eu lieu dans la chapelle N.-D. de Bonne Délivrance, en l'église Saint-Etienne-des-Grès. mais la formule va beaucoup plus loin : le fondateur compte sur la protection de la Vierge pour que les élèves appartiennent entièrement au Saint-Esprit auquel ils ont été offerts. (Lécuyer)

[8]. Telle est donc la grâce que Poullart des Places met au principe même de son œuvre : la charité dont la source est en Dieu et que l'Esprit Saint répand dans les cœurs comme un feu. (Lécuyer)

[9].La fête de l’lmmaculée-Conception est une des deux fêtes principales de la maison. Ici encore on perçoit l’influence qu’ont eue les Jésuites, ardents défenseurs de l’lmmaculée-Conception, sur la formation spirituelle de Claude François. Cette dévotion fait comprendre que la pureté angélique qui est désirée ici n’est pas seulement la chasteté corporelle, mais une pureté qui imite autant que possible celle de Marie, exempte de toute tache du péché. (Lécuyer)

[10]. 0n trouve ici une règle ajoutée par aprés: On choisira pour Supérieurs ceux qui auront été élevés dans la maison. (écriture de M. Bouïc, note le P. Michel)

[11]. Les règles 3 et 4 ont été fortement bâtonnées dans le manuscrit même. Nous donnons le texte reconstitué par le P. Barillec d'après la copie de M. Bouïc. Dans cette copie cependant, ‘l’absence des mots : ni changer ceux qu'on aura choisis rend le n°. 4 inintelligible.

[12]. On lit ici une interpolation : On fera une retraite tous les ans, et, aux principales fêtes, des récollections. (écriture de M. Bouïc, note le P. Michel)

[13]. La maison du Saint-Esprit est donc destinée à des jeunes gens qui se préparent au sacerdoce et qui n’ont pas les moyens matériels de payer ailleurs leur pension ; ce sont les plus pauvres qu’on doit recevoir de préférence. On comparera ce que dit le Concile de Trente, Session XXIII, De Reformatione, can. 18 : “ Le Concile veut que l’on choisisse de préférence les fils de pauvres ; on n’exclut pas cependant les fils de riches, pourvu qu’ils pourvoient à leur subsistance et manifestent l’intention de servir Dieu et l’Eglise ”. (Lécuyer)

[14]. Les mots le Droit Canon sont rayés et remplacés par 1'Ecriture (écriture de M. Bouïc, note le P. Michel)  et les mots qui suivent cette interpolation ont été biffés.

[15]. On étudiait la théologie chez les Jésuites de Louis-le-Grand, qui ne pouvaient pas conférer les grades ou diplômes, réservés à l’Université ; la raison principale semble avoir été de chercher un enseignement orthodoxe, exempt de jansénisme et de gallicanisme. De plus, les dépenses du baccalauréat et de la licence étaient très élevées. En outre les diplômes universitaires ouvraient l’accès aux bénéfices ecclésiastiques ; or la fondation nouvelle avait pour but d’élever “ dans une vie dure et laborieuse et dans un parfait désintéressement des vicaires, des missionnaires et des ecclésiastiques pour servir dans les pauvres paroisses et dans les postes abandonnés pour lesquels les Evêques ne trouvent presque personne ” (Lettres Patentes… du 2 mai 1726, LE FLOCH, Poullart des Places, p. 574-575, et NDH, p. 4). Ces divers inconvénients n’existaient pas dans la même mesure pour l'étude de la morale et du droit canon: cf. MICHEL, Poullart des Places, p. 202-204. (Lécuyer)

[16]. samedi est remplacé par vendredi dans le manuscrit. (écriture de M. Bouïc, note le P. Michel)

[17]. Première rédaction : la communauté. La modification est de la main de M. Poullart des Places. (P. Michel)

[18]. Un ave : Interpolation de M. Bouïc. (P. Michel)

[19]. Per sanctam Virginitatem et Immaculatam Conceptionem tuam, purissima Virgo, emunda cor et carmen meam, in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. Amen. (P. Michel)

[20]. M. Bouïc a remplacé Veni sancte par Office du Saint-Esprit et, après Sub tuum præsidium  a ajouté : et ainsi. (P. Michel)

[21]. On retrouve ici les deux dévotions au Saint-Esprit et à la Vierge. On remarquera que l’Esprit-Saint est nommé ici l’Epoux de Marie. Le titre d’Epouse de l’Esprit-Saint était attribué à Marie par le P. Lallemant (Doctrine Spirituelle, Vl, sect. 1, ch. 4, a.2), et aussi par son disciple le P. Le Grand, fondateur en Bretagne d’une Association de Prêtres du Saint-Esprit (cf. MICHEL, Poullart des Places, p. 150). On sait aussi que ce titre sera fréquemment employé par l’ami de Poullart des Places, Louis-Marie Grignion de Montfort. (Lécuyer)

[22]. Ce paragraphe a été rayé de deux traits en biais.

[23]. On a vu plus haut, dans les Fragments d’un règlement particulier, la place fondamentale qu’avait la Sainte Messe dans la vie spirituelle de Poullart des Places. La règle qu’on lit ici doit dater du temps où il n’y avait encore aucun prêtre dans la communauté, puisqu’il fallait sortir pour assister à la Messe. Ce n’est qu’en 1705 que le premier collaborateur du fondateur, Jean Le Roy, fut ordonné prêtre (MICHEL, Poullart des Places, p. 142-143). (Lécuyer)

[24]. Ces deux lignes avaient été omises dans l’édition KOREN.

[25]. Le mot quinze a été remplacé par huit. On a corrigé le reste de la règle de la façon suivante : la première phrase finit avec pénitence ; les mots et de sont biffés et la proposition suivante commence par : Quant à l'Eucharistie, on etc. ” (Corrections de la main de M. Bouïc, note le P. Michel)

[26]. Dans la mentalité et les usages du temps, communier tous les huit jours était considéré comme une faveur réservée aux plus fervents. Il faudra attendre Pie X pour que la communion fréquente et même quotidienne soit considérée comme normale. (Lécuyer)

[27]. On a remplacé samedis par vendredis. (De la main de M. Bouïc, note le P. Michel)

[28] -  Ure igne Sancti Spiritus renes nostros et cor nostrum, Domine, ut tibi caste serviamus et mundo corde placeamus (Brûle au feu du Saint Esprit nos reins et notre cœur, Seigneur, pour que nous te servions chastement et te plaisions par la pureté de notre cœur).

[29]. Cette dernière indication contient tellement de ratures que le P. Koren n’a pu déchiffrer ces deux lignes du texte original : le P. Michel l’a fait.

[30]. On a ajouté ici : ou trois à trois si on va à Vêpres, c'est-à-dire en se rendant à une église. Le Père LE FLOCH semble avoir lu : à deux heures  au lieu de : à deux choeurs. Cf. LE FLOCH, Poullart des Places, p. 350.

[31]. Le chiffre manque.

[32]. Le mot deux est remplacé par une.

[33]. M. Bouïc a biffé Messieurs et corrigé : aux répétiteurs. (P. Michel)

[34]. Tout cet article second montre le sérieux des études à la Communauté du Saint-Esprit. Le tome Vll de la collection Gallia Christiana, qui paraitra en 1744, nous apprend que Poullart des Places avait coutume de dire : “ Un clerc pieux sans science a un zèle aveugle ; mais un clerc savant et sans piété est exposé à devenir hérétique et rebelle à l’Eglise ”(Gallia Christiana, Vll, col. 1043). Le souci de fidélité à l’Eglise est primordial ; c’est sans doute la raison principale pour laquelle on évite les cours à |’Université, souvent gallicane et janséniste. (Lécuyer)

[35]. Cette règle, qui répète partiellement le n°. 63, a été rayée et remplacée par: On ne mangera point entre les repas. (Changement fait par Poullart des Places, note le P. Michel)

[36] - Les mots : à un religieux ont été rayés.

[37]. Ce n’est pas seulement par nécessité, par dénuement, que Poullart des Places veut vivre en pauvre et demande aux siens d’en faire autant. C’est pour imiter le Christ lui-même, qui s’est abaissé volontairement à la pauvreté et au dénuement de la Croix. (Lécuyer) - “ Que la nourriture soit bien ou mal apprêtée, ne vous en plaignez pas ; souvenez-vous du fiel et du vinaigre que l'on présenta à Jésus-Christ. ” : THERESE D’AVILA, “ Avis et pensées diverses ”, Œuvres complètes, Ed. du Seuil, p. 1489, n° 39. (Note du P. Michel)

[38]. On trouve ici une interpolation (de la main de Poullart des Places, note le P. Michel) : En hiver, on étudie jusqu'à sept heures et demie où on va à la Messe, et si on n'est point trop fatigué le soir, on travaillera encore quelque temps avant le souper.

[39] - 0n a ajouté : excepté en revenant (de la main de M. Bouîc, note le P. Michel).

[40]. Nous lisons ici une phrase assez obscure (postérieure mais de la main de Poullart des Places, note le P. Michel) : Les jours de fêtes et de dimanches, on ne jouera à aucun jeu pendant la récréation d'après le déjeuner, on parle de celle-ci en particulier parce qu’on sait bien qu’il n’y a qu’un petit quart d’heure libre les autres jours pendant lequel on ne joue point, aussi bien que pendant les autres quarts de cette nature. Par ailleurs, il y a une note marginale qui n’est ni de Poullart des Places ni de Bouïc : On ne joue à aucun jeu les jours de fêtes.

[41]. Cette dernière recommandation a été omise dans l’édition KOREN.

[42]. On prendra garde : on évitera.

[43]. Au lieu des mots : se poudrent, l’édition KOREN avait lu : en prennent, comme s’il s’agissait encore du tabac… (Restitution du P. Michel)

[44]. On ajoute ici en marge : “ On renverra absolument tous ceux qui en prennent et ne le quittent pas aussitôt qu'ils seront entrés dans la maison, sans avoir égard ni aux personnes, ni à la recommandation, ni même aux infirmités corporelles. Cet article ne souffrira jamais aucune dispense pour quelque personne que ce soit. Jugum importabile mihi ”. On lit ensuite, écrit par la même main au-dessous du texte du n° 114bis : “ Ce dernier article ne souffrira non plus aucune dispense ”. - Note du P. Michel : la note marginale On renverra… que ce soit est de la main de M. Bouïc. Jugum importabile mihi qui fait suite à cette note marginale est une protestation anonyme. Ce dernier article… est une interpolation de M. Bouïc.

[45].Les règles concernant le silence sont justifiées par un souci, partout présent, du bien commun des membres de la maison : respect du recueillement nécessaire pour l’étude et la prière. (P. Lécuyer)

[46]. Il semble bien que M. Poullart des Places avait commencé à écrire : communauté. (Note du P. Michel)

[47]. De temps en temps est répété dans le texte.

[48] - On a biffé ici quatre heures trois quarts pour y substituer quatre heures et quart et quatre heures et demie.

[49] - C'est à tort que le P. LE FLOCH, Poullart des Places, Nouvelle édition 1915, p. 352 lit ici couloirs au lieu de crachoirs.

[50]. Première rédaction : Il veillera… (P. Michel)

[51]. Attendre après : provincialisme, souvent usité encore de nos jours, au moins en Bretagne. (P. Michel)

[52]. A peu près un huitième de litre.

[53] - Cette fin de phrase a été ajoutée, après la première rédaction, par M. Poullart des Places (P. Michel). Il faut évidememnt comprendre : ce qu’il en coûtera pour le blanchissage.

[54]. Cette phrase a été omise dans l’édition KOREN.

[55]. Ce paragraphe fut rayé du texte, probablement quand on cessa de chercher ces dons.

[56]. Le mot tailleur de la première rédaction a été remplacé par valet de bras. (Ecriture de M. Bouïc, note le P. Michel)

[57] - Dans la marge, quinze jours est remplacé par tous les mois.

[58].  Cf. Rm. 12, 10 : . L’honnêteté dont il est question ici et au n° 257, est la politesse faite de respect et de délicatesse envers les autres; c’est encore un exercice de charité fraternelle bien comprise, quelles qu’en soient les formes extérieures variables. (Lécuyer)

[59]. Correction dans le texte : midi un quart , par M. Poullart des Places, note le P. Michel.

[60]. Correction dans le texte : midi et demi, par M. Poullart des Places, note le P. Michel.

[61]. Correction dans les texte : 7h 1/4, par M. Poullart des Places, note le P. Michel.

[62]. trois à trois : interpolation marginale de M. Bouïc. (P. Michel)

[63]. Cette règle a été rayée.

[64]. Nous avons corrigé l'orthographe : Desplaces était écrit en un seul mot.


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