Poullart des Places dans son temps :

 

Essai de chronologie biographique

Points de repère sur le Paris des XVIIe-XVIIIe siècles

Bibliographie succincte

 

Bernard Ducol

 

 

Présentation

 

      Bernard Ducol s’est employé ici à composer une biographie chronologique de Poullart des Places, en s’appuyant surtout sur les ouvrages de Henri Le Floch et de Joseph Michel. Comme on le sait, les sources directes sont assez chiches de données précises et certaines : Bernard Ducol s’est donc efforcé de retenir les éléments chronologiques  crédibles, sinon  absolument sûrs  [1]. A la suite de cette chronologie, on trouvera quelques points de repères sur le Paris de l’époque de Poullart des Places, ainsi qu’une bibliographie succincte mais précise.

 

 

 



 

-I-

Essai de chronologie biographique

de Claude-François Poullart des Places

 

 

1679

26 février :

 

27 février :

 

 

- Naissance de Claude-François Poullart des Places, à Rennes, rue Saint-Georges.

- Baptême à l’église Saint-Pierre-en-Saint-Georges ; il est confié à la Vierge et portera du blanc jusqu’à l’âge de 7 ans (1786).

 

1685

 

 

 

 

- La famille de Poullart des Places déménage rue des Cordeliers.

- Jusqu’en 1690, Claude est confié à un précepteur.

 

1690

 

Octobre :

 

 

- La famille s’installe rue Saint-Sauveur, dans la Maison du Saint-Esprit

- Claude entre au collège jésuite Saint-Thomas à Rennes, en quatrième (régent : P. Gilbert Petit).

 

1691

Octobre

pendant l’année

 

 

 

 

- Il entre en troisième (même régent).

- Ilparticipe aux conférences de l'abbé Bellier. Il y rencontre Grignion de Montfort.

 

 

1692 Octobre :

 

 

- Il entre en seconde (même régent).

 

1693 Octobre:

 

 

- Il entre en rhétorique (régent: Jean-Pierre de Longue-mare).

 

1694 Octobre:

 

 

- Il entre en deuxième année de rhétorique au collège jésuite de Caen (même régent).

1695

Juin ou juillet :

Octobre :

 

 

- Retraite.

- Il entre en première année de philo au collège

Saint-Thomas de Rennes.



 

1696

Eté :

Octobre :

 

 

- Il aurait fait un voyage à Nantes et à Saint-Brieuc.

- Il entre en deuxième année de philosophie.

 

1697 Octobre:

 

 

- Il entre en troisième année de philosophie.

 

1698

Fin juin :

 

 

 

 

25 août :

 

 

Fin août :

 

 

Septembre :

 

 

 

Début octobre:

 

 

9 octobre:

 

 

 

- La famille Poullart acquiert un logement de fonction rue de la Cordonnerie, à l’Hôtel de la Monnaie, mais elle habite en face, dans un immeuble qu’elle a fait  construire. C’est le quartier de la paroisse Saint-Etienne.

- Claude passe le Grand Acte  dans la grande salle du Parlement (article dans le Mercure Galant de novembre 1698).

- Retraite à Rennes ; première conversion, il décide de devenir prêtre pour convertir la France par son éloquence et d’aller faire sa théologie en  Sorbonne.

- Le père de Claude l’envoie à Paris et à Versailles, peut-être pour lui faire rencontrer une demoiselle d’honneur de la duchesse de Bourgogne en vue d’un mariage. Portrait de Jouvenet fait à Paris.

- Claude part à Nantes pour sa première année de Droit ; rixe avec le voiturier Le Huédez, qui le conduit en justice.

- M. des Places (père) règle devant notaire l’affaire

Le Huédez.

 

1699 Octobre :

 

 

- Début de la deuxième année de Droit. Sentiment de vide intérieur, d’échec et d’angoisse

 

1700 Juin :

 

 

- Claude est de retour à Rennes avec sa licence en Droit ; scène de la robe où il décide d’abandonner la magistrature et pense à nouveau au sacerdoce.

 

1700-1701

 

 

- Il s’initie aux affaires de son père.



 

 

1701

 

 

 

 

 

 

 

 

Octobre :

 

 

 

Décembre :

 

 

- Il décide de résoudre sa crise intérieure et de savoir ce qu’il doit faire de sa vie par une retraite à Rennes (Michel) ou à Paris au noviciat des Jésuites de la rue du Pot-de-Fer sous la direction du P. Sanadon (Koren, Le Floch). Temps de purification. Il écrit ses Réflexions sur les vérités de la religion  (notes sur les conférences) et le Choix d’un état de vie.. Deuxième conversion : il décide de devenir prêtre sans faire carrière.

- Il entre à Louis-le-Grand en première année de théologie ; il y logera jusqu’en mars 1703 ; sa famille lui verse une bourse de 800 livres par an. Lecture de la vie de Michel Le Nobletz.

- Il est reçu à l’Aa des théologiens.

 

1702

Janvier :

 

Mai :

 

Eté :

 

Début août :

 

 

15 août :

 

Août :

 

 

 

- Il est mandaté jusqu’à la Pentecôte par l’Aa pour l’instruction des petits Savoyards.

- Il assure la pension de son premier écolier, Jean-Baptiste Faulconnier.

- Il rencontre certainement Grignion de Montfort, à Paris (jusqu’en octobre).

- Retraite où il organise méticuleusement sa vie spirituelle ; rédaction des résolutions pour un règlement particulier (fragments).

- Il reçoit la tonsure en tant que séminariste de Rennes, et porte l’habit ecclésiastique.

- Début de la période de grande ferveur; soumet à l’Aa son projet de soutien de quatre ou cinq pauvres écoliers qu’il loge au Gros-Chapelet.



 

 

1703

Début Carême :

 

Avril :

 

 

Les jours précédant

la Pentecôte :

 

27 mai (Pentecôte) :

 

 

 

Septembre :

 

 

 

 

 

Octobre :

 

 

 

- Il quitte son logement à Louis-le-Grand et rejoint ses écoliers au Gros-Chapelet.

- Il reçoit la visite de Grignion de Montfort qui veut l’associer à son projet apostolique ; Il s’engage à lui former des missionnaires.

- Il prêche à ses écoliers une retraite préparatoire  à la consécration sur le thème : Il m’a envoyé prêcher l’Evangile aux pauvres..

 

- Consécration au Saint-Esprit sous l’invocation de la Sainte Vierge conçue sans péché dans la chapelle de Notre-Dame de Bonne Délivrance [2] de Saint-Etienne-des-Grès, des douze premiers étudiants.

 

- La communauté accueille René-Jean Allenou de la Ville Angevin âgé de 16 ans, du diocèse de Saint-Brieuc. Toutes les chambres du Gros-Chapelet sont réservées à la communauté, ainsi que plusieurs de la Rose-Blanche.

 

Claude entre en troisième année de théologie.



 

 

1704

Janvier :

 

 

 

 

27 mars :

 

Septembre :

 

Octobre :

1er octobre :

 

Fin de l’année :

Noël 1704 :

2 janvier 1705 :

 

 

 

- Début de l’épreuve de la nuit spirituelle ; les écoliers sont une quarantaine, Claude est épuisé, il n’a plus le temps de se former, il doute du bien-fondé de son entreprise et de sa vocation ; il ne peut plus diriger seul son oeuvre.

- La communauté accueille Pierre Thomas, du diocèse de Coutances…

- … Joseph Hédan de Saint-Malo et René Le Sauvage du diocèse de Rennes.

- Claude entre en quatrième année de théologie.

- La communauté accueille Pierre Caris du diocèse de Rennes.

- Disparition de l’Aa de Louis-le-Grand.

- Retraite au noviciat jésuite (prévue par la règle de l’Aa) ; Claude écrit ses réflexions sur le passé. Fin de l’épreuve spirituelle.

 

1705

Janvier :

 

 

13 mars :

 

6 juin :

 

Octobre :

 

 

 

17 octobre :

 

Vers Noël :

 

 

 

- La communauté accueille Michel-Vincent Le Barbier, prêtre de Rennes, à qui il a fait appel pour partager ses responsabilités.

- Claude reçoit de l’évêque de Rennes les dimissoriales pour les ordres mineurs.

- Il reçoit les ordres mineurs de Mgr Thiard de Bissy, évêque de Meaux.

- Il entre en cinquième année de théologie. La communaté accueille Jacques-Hyacinthe Garnier, sous-diacre de Saint-Malo qui va participer à la direction de la communauté.

- Signature du bail de location d’une maison de la rue Neuve Saint-Etienne.

- La communauté déménage de la rue des Cordiers à la rue Neuve Saint-Etienne.

 



 

 

1706

Eté :

23 août :

 

 

 

Octobre :

18 décembre :

 

 

 

- Claude séjourne dans sa famille à Rennes.

- Il reçoit son titre sacerdotal et la rente obligatoire    (afin d’éviter les prêtres mendiants) pour se présenter au sous-diaconat  : rente de 60 livres par an prélevées sur les bénéfices de la terre des Mottais.

- Il entre en sixième année de théologie.

- Il est ordonné au sous-diaconat.

 

 

1707

2 février :

 

19 mars :

15 août :

 

8 septembre :

 

17 décembre :

 

 

 

- L’évêque de Rennes donne les dimissoriales pour le diaconat.

- Claude est ordonné au diaconat.

- L’évêque de Rennes donne les dimissoriales pour le presbytérat.

- Claude participe au château de Vernée au baptême de son neveu et filleul, Henry Le Chat.

- Il est ordonné au presbytérat par Mgr Thiard de Bissy.

 

1708

Octobre :

Fin de l’année  :

 

 

 

- La communauté accueille Louis Bouïc, diacre de Saint-Malo.

- Claude rencontre l’abbé Clément, envoyé par Jean-Baptiste de la Salle, au sujet d’un séminaire de maîtres à Saint-Denis ; un projet de collaboration voit le jour.



 

 

1709

1 avril :

17 août  :

 

 

 

 

29 septembre :

fin septembre  :

 

1er octobre :

 

 

 

2 octobre :

3 octobre :

 

 

 

- Ouverture du séminaire des maîtres à Saint-Denis.

- Bien que le bail d’octobre 1705 ne devait expirer qu’à la fin 1711, M. de Cornoailles loue sa maison à Jean-Baptiste Damont, bourgeois de Paris. Poullart des Places consent à laisser le nouveau locataire s’installer le 1er octobre.

- Claude tombe malade, atteint d’une pleurésie.

- Visite des directeurs du séminaire de Saint-Sulpice et de Saint-Nicolas du Chardonnet.

- Installation du séminaire rue Neuve Sainte-Geneviève, à l’Ecu de France, propriété appartenant à la famille d’Arboulin . Poullart des Places y est  transporté gravement malade.

- Il meurt à 17h.

- Il est inhumé dans la fosse commune au cimetière de Saint-Etienne-du-Mont.

 

 

1989

1er octobre :

 

 

 

- Ouverture, par le diocèse de Paris, de l'enquête pour sa béatification.

 

 

_

 



 

-II-

Points de repère sur le Paris des XVIIe-XVIIIe siècles

 

 

Présentation

 

      Le P. Ducol nous a aidé à situer les événements qui ont marqué la vie et l’œuvre de Claude-François Poullart des Places, de sa prime enfance au couronnement de sa vocation en 1709 : il meurt parfaitement configuré aux pauvres qu’il a cherché à servir de toutes ses énergies et de toutes ses compétences.

      La figure de Claude-François, généreuse autant que discrète, est tout-à-fait attachante ; on trouvera un grand plaisir à visiter les lieux où s’est déroulée son aventure qui compte bien des exodes. C’est le mérite de Bernard Ducol de nous faciliter ce pélerinage sur les pas du fondateur.

      Le visiteur qui aimerait retrouver les sites parisiens où il a vécu et œuvré se reportera avec grand profit au petit guide A Paris sur les pas de Claude-François Poullart des Places, il y trouvera deux propositions d’itinéraire, selon le temps dont il dispose ; des plans l’aideront à se faire une idée juste des lieux, alors que les annexes (nous en reproduisons ici une partie) lui fourniront une information utile à sa visite.

 

 

1- Paris du XVIe au XVIIIe siècle

 

     La population de Paris a doublé entre 1620 et 1660. En 1694, Vauban lui attribue 720 000 habitants. La ville est divisée en trois zones distinctes :

 

1) L'île de la Cité : C'est le noyau primitif de l'agglomération parisienne et le centre religieux, judiciaire et administratif, avec la cathédrale Notre-Dame, le Palais royal qui deviendra le Parlement (et à l'intérieur, la Sainte-Chapelle). C'est le lieu des grandes cérémonies politiques et religieuses.

 

2) La rive gauche, avec le Quartier latin, sur - et autour de - la colline Sainte-Geneviève ; c'est le quartier des collèges. Le reste est occupé par des abbayes, comme Sainte-Geneviève, des couvents, des églises et leur cimetière, des maisons particulières et des vignes, réparties en clos  (clos de Garlande ; clos Mauvoisin, actuelle rue de la Bûcherie ; clos Bruneau ; clos Maubert ; clos de Chardonnet et de Tiron ; clos Saint-Symphorien, en bordure de l'abbaye Sainte-Geneviève) ; Clos des Poteries (où sera située la future maison mère de la Congrégation du Saint-Esprit).

     Les deux faubourgs, de Saint-Médard et de Saint-Marcel, sont reliés à la montagne Sainte-Geneviève par la rue Mouffetard. Cette rue et les deux faubourgs seront annexés à Paris en 1724. La rue Mouffetard reste l'une des seules grandes rues de village subsistant à Paris.

 

3) La rive droite qui est la ville proprement dite. Elle tend à se développer en mordant sur les faubourgs. C'est le Paris des bourgeois, des commerçants et des artisans. C'est aussi l'ancien Paris du roi et de la cour, avec le Louvre, les résidences princières et les hôtels particuliers.

     De grandes rues, très étroites et pavées, traversent ces trois zones et les relient entre elles. L'une d'elles est la rue Saint-Jacques, qui aboutit à l'une des quatre portes dont Philippe-Auguste avait doté l'enceinte de Paris : la porte Saint-Jacques. Une plaque, apposée au n° 171 de la rue Saint-Jacques, en marque l'emplacement. On peut voir aujourd'hui un fragment de cette enceinte au n° 3 de la rue Clovis.

     Au départ, la rue Saint-Jacques était une large voie romaine dallée, de 9 mètres de large, le cardo. On remarque deux de ces dalles sur le parvis de l'église Saint-Julien-le-Pauvre. Cette voie était la route de Cenabum (Orléans). La circulation augmentant, la voie fut divisée en voie supérieure et voie inférieure, d'où le nom de rue d'Enfer. Vers 1230, la voie supérieure prit le nom de rue Saint-Jacques, du nom du couvent des jacobins (dominicains) qu'elle longeait. Cette rue sera l'épine dorsale du Quartier latin.

 

 

2- Le monde universitaire parisien

aux XVIe-XVIIIe siècles

 

     Jusqu'au XIIe siècle, les écoles de Paris se trouvaient sur l'île de la Cité, autour de la cathédrale Notre-Dame. Elles étaient sous la tutelle du roi et de l'évêque. De nombreux étudiants étrangers y suivaient les cours.

     Au XIIe siècle, pour acquérir plus d'indépendance, et sur l'initiative d'Abélard (1079-1143), les écoles partent s'installer sur la rive gauche, près des abbayes Sainte-Geneviève et Saint-Victor dont l'enseignement concurrençait celui de la Cité. Ce sera le pays latin.

     En 1215, le pape Innocent III autorise maîtres et étudiants à former une corporation jouissant d'une large autonomie, car regroupant (Universitas) maîtres et élèves : l'Université de Paris. La place Maubert devient un lieu important de l'enseignement de la dialectique et de la théologie.

     On estime à 15 000 le nombre des étudiants à Paris, à la fin du XIIIe siècle et, au milieu du XVIe siècle, entre 16 000 et 20 000. Cet afflux d'étudiants provoqua une crise du loge­ment. Les loyers augmentèrent. Le problème sera résolu par la création, aux XIVe et XVe siècles de nombreux collèges qui seront, au départ, uniquement des lieux de résidence.

     Les étudiants qui appartenaient à un ordre religieux étaient pris en charge par leur institut. Les autres étaient soit bour­siers, soit portionistes (pensionnaires payants), soit demi-pensionnaires, soit externes. Les externes, les plus nom­breux, les martinets [3], rétribuaient directement leurs professeurs. Nombre de ces externes devaient se débrouiller pour trouver leur nourriture ; certains se faisaient domestiques des plus fortunés et mangeaient leurs restes.

     Les affrontements étaient nombreux entre les étudiants, ce qui provoquait l'intervention des soldats du guet, contre laquelle étudiants et maîtres se dressaient, au nom de l'immunité de l'Université.

     L'âge d'or de l'Université dura du XIIe au XIVe siècle. A mesure que grandit le pouvoir royal, s'étend sa mainmise sur l'Université. Charles VII la soumettra à la juridiction commune, à cause de sa collaboration avec l'occupant anglais. Louis XI lui enlèvera le droit de grève. Henri IV réservera à la royauté le contrôle de l'éducation de la jeunesse. La Renaissance, la Réforme, l'imprimerie, les critiques de Rabelais et de Montaigne porteront de rudes coups à l'Université.

 

1) Saint-Julien-le-Pauvre : Cette église était celle des maîtres et des étudiants de l'Université qui en fit le siège des assemblées générales. C'est là que le Prévôt de Paris venait, tous les deux ans, prêter serment de faire observer les privilèges des maîtres et des étudiants. Saint-Julien devint également le siège de la faculté des Arts libéraux et c'est là qu'était élu le recteur. Mais, en 1524, des troubles éclatèrent parmi les étudiants mécontents de l'élection du recteur. Saccagée, l'église fut abandonnée.

 

2) L'Université, facultés et collèges : L'Université regroupe quatre facultés : la faculté des Arts libéraux, passage obligé pour accéder aux trois facultés supérieures : celles de Théologie, de Médecine et des Décrets (Droit Canon).

     Chaque faculté est divisée en collèges regroupant les étudiants de même nationalité ou d'une même région. Paris en compte une cinquantaine à l'époque de Poullart des Places. Ils sont souvent installés dans d'anciens hôtels particuliers vendus par des familles nobles ou des abbayes. Au début, ces collèges étaient simplement des pensions, puis ils deviendront vite des établissements d'enseignement.

     Peu de collèges de cette époque ont subsisté. Ceux qui sont restés ont été reconstruits au XIXe siècle, au moment où le baron Haussmann a fait percer les larges artères du Quartier latin, comme la rue des Écoles, le boulevard Saint-Germain ou le boulevard Saint-Michel.

 

a - La faculté des Arts libéraux : Chaque étudiant commençait obligatoirement son parcours universitaire par cette faculté. Pendant le Moyen-Age, cette faculté se trouve rue du Fouarre. On y enseignait la grammaire, la rhétorique, la dialectique, la physique, la métaphysique, l'éthique d'Aristote, les mathématiques, la musique, l'astronomie. La durée des études, pour l'obtention de la maîtrise, était de quatre ans ; celle-ci était attribuée par le chancelier de la cathédrale Notre-Dame ou par celui de Sainte-Geneviève. Cette faculté a le plus grand nombre d'étudiants et c'est elle qui élit, tous les trois mois, le recteur de l'Université.

 

b - La faculté de Théologie : La faculté de Théologie comprenait quatre collèges : le collège de Sorbon, dit la Sorbonne, celui de Navarre, celui des Cordeliers (franciscains) et celui des Jacobins (dominicains).

     En 1554, suite à une réforme visant à fournir des théologiens d'une parfaite orthodoxie, le collège de la Sorbonne regroupe toute l'activité de la faculté de Théologie. Cette faculté sera la haute instance doctrinale du monde chrétien.

     Les études pour l'obtention du doctorat en théologie sont de 12 ou 13 ans.

     L'Université tentera, à diverses reprises, de faire interdire l'enseignement des collèges tenus par des religieux : franciscains, dominicains, oratoriens et jésuites. Elle veillait aussi au maintien de ses privilèges, obtenus de l'État ou de l'Église. Les conciles de Bâle et de Bourges lui avaient accordé, pour ses diplômés (gradués), y compris les médecins, le tiers des bénéfices ecclésiastiques, notamment ceux des villes les plus importantes. Les maîtres de l'Université occupaient, de droit, certaines grosses cures de Paris.

     La faculté de Théologie, même si plusieurs de ses maîtres étaient jansénistes, ne favorisait pas le jansénisme. Par contre, elle était un foyer gallican. Le Parlement, en mars 1682, s'était réservé le droit de contrôle de l'enseignement en Sorbonne. Les professeurs devaient soumettre leurs cours au procureur général et au chancelier de l'archevêché.

     Claude Poullart aura de nombreuses connaissances parmi les étudiants de la Sorbonne :

* Claude de Marbeuf, fils de son parrain, y recevra le titre de docteur et deviendra abbé de Langonnet.

* Louis-Marie Grignion de Montfort qui appartenait à la communauté de M. de la Barmondière, y commença sa théologie.

* Jean-Baptiste Blain, un ami de Rennes, suivra les cours de la Sorbonne avec de Montfort. Il appartiendra huit ans à la communauté de François Boucher et sera prêtre du diocèse de Rouen. Ami de Jean-Baptiste de la Salle, il sera son premier biographe et deviendra, à la mort de ce dernier, supérieur ecclésiastique des Frères des Écoles Chrétiennes.

* M. Barrain, lui aussi un ami de Rennes, sera ordonné 1703, après ses études à la Sorbonne et deviendra vicaire général de Nantes. Les jansénistes influenceront Louis XIV pour qu'il ne soit pas nommé évêque.

 

c) La faculté de Médecine : Elle fut créée en 1331, par Philippe VI, et intégrée à l'Université. Elle ne sera installée dans un lieu fixe qu'en 1470, une maison au coin des actuelles rues de la Bûcherie (n° 13-15) et de l'Hôtel-Colbert. Une chapelle sera édifiée de 1499 à 1502. A la fin du XVIe siècle, la faculté possède une salle d'assemblée, une bibliothèque, un jardin botanique et des logements. De 1617 à 1620, un amphithéâtre est construit, puis, devenu vétuste, sera rebâti en 1743 ; il portera le nom de l'anatomiste danois Jacques Winslow. Une plaque apposée rue de la Bûcherie, rappelle l'événement.

     La faculté disparaîtra sous la Révolution. Lors du Premier Empire, on l'installera rue de l'Ecole-de-Médecine. L'amphithéâtre de la rue de la Bûcherie continuera à servir aux leçons d'anatomie, jusqu'en 1810.

 

d) La faculté des Décrets (Droit canon) : Elle est mentionnée pour la première fois en 1219. Elle s'installera rue Jean-de-Beauvais en 1415, dans l'ancien Clos-Bruneau. On y formait des docteurs en Droit civil et en Droit canon.

 

3) Les diplômes : Il faut deux ans pour obtenir le premier grade, la maîtrise ès-arts ; trois ans de plus pour devenir bachelier ; deux autres pour décrocher la licence. Le bonnet de docteur en théologie n'est accordé qu'après la soutenance victorieuse de quatre thèses, dont la dernière peut durer une journée complète. Le doctorat en médecine réclame huit années d'études, quatre thèses, des examens d'anatomie sur un cadavre et des épreuves pratiques.

 

4) La vie des collèges : Dans les collèges, le Principal est chargé de la bonne marche des élèves et de leurs études. Les plus grands collèges ont un Sous-principal, chargé plus particulièrement du respect du règlement. Les collèges jésuites ont un Préfet qui veille à la direction des études, ainsi qu'un Recteur, chargé de la direction et de l'administration du collège.

     Les élèves sont associés à l'organisation de la vie du collège par diverses responsabilités qui leur sont confiées : certains d'entre eux sont surveillants ou répétiteurs. Chez les jésuites, on a également le famulus, un appariteur, qui ouvre les portes des classes, range les bancs... et un censeur, qui tient le cahier des présences et note les retardataires.

     Un examen ponctue chaque année d'études. C'est le Principal ou le Préfet qui prend la décision de passage en classe supérieure. Cependant, dans certains collèges qui n'ont pas d'examens, seules comptent les notes de l'année.

     Une distribution de prix vient couronner les résultats de fin d'année, toujours dans un grand apparat. Une représentation théâtrale ou de ballet, ou un exercice littéraire de la part des meilleurs élèves, servent de prélude à cette manifestation. L'assistance est toujours nombreuse : élèves, parents, professeurs, représentants de l'État et de l'Église. A Louis-le-Grand, au début du XVIIIe siècle, ces remises de prix rassemblent jusqu'à 5 000 personnes.

 

 

3- Les communautés parisiennes pour de futurs prêtres

 

     Alors que les collèges de boursiers tombent en décadence et qu'il est difficile, pour les étudiants pauvres d'envisager de faire des études en vue du sacerdoce, des communautés naissent dans ce but.

     A Paris, depuis 1696, les clercs étaient obligés, avant d'être ordonnés, de séjourner quinze mois dans un établisse­ment diocésain désigné par l'archevêque, tel Saint-Sulpice, qui lui, n'était pas janséniste. Mais le coût de la pension réservait le séminaire à ceux qui avaient des moyens financiers.

 

1) La communauté des Trente-Trois : Fondé en 1633, par le prêtre Claude Bernard, cette communauté était l'une de celles qui regroupaient des étudiants pauvres désireux de faire des études pour devenir prêtres. Les raisons d'être de cet établissement étaient d'une part, qu'au XVIIe siècle nombre de collèges de boursiers tombaient en décadence ; et; d'autre part, que le coût de la pension dans un séminaire était très élevé. Logée au départ au collège des Dix-Huit, rue Victor Cousin), la communauté se fixera au n° 34, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, en 1654, avec l'aide d'Anne d'Autriche. Elle vivait de la générosité des amis du fondateur. La communauté fut supprimée en 1763 et les bâtiments vendus en 1797.

 

2) La communauté Saint-Clément : René Lévesque, séminariste de Nantes à Saint-Sulpice, réunit quelques écoliers au faubourg Saint-Germain, vers 1650. Ce sont les Frères de l'Abstinence. Ordonné, René Lévesque regagnera son diocè­se et l'œuvre sera prise en charge par François de Chan­ciergues. Il préparera de futurs prêtres pour la France et pour les missions. En 1675, les séminaristes sont une soixantaine, répartis en quatre communautés ; ils doivent trouver par eux-mêmes leur subsistance. En 1691, à la mort de Chanciergues, l'œuvre est reprise par M. de Lauzy, curé de Saint-Jacques de la Boucherie. Puis, les communautés seront regroupées rue d'Enfer (n° 8), au séminaire Saint-Pierre-et-Saint-Louis, jusqu'à la Révolution. Les bâtiments deviendront alors propriété de l'Etat, serviront de caserne, puis seront démolis en 1853.

 

3) La communauté Sainte-Anne : Elle était située près du séminaire Saint-Sulpice qui attribuait des bourses à ses étudiants.

 

4) La communauté François Boucher : François Boucher, docteur en Sorbonne, ouvrit une communauté pour de pauvres écoliers, dans une dépendance du collège Montaigu. A partir de 1690, il entretiendra une quarantaine d'étudiants. Son souci était de s'opposer à l'influence des gillotins [4], en formant des prêtres catholiques. A sa mort, les sulpiciens continuèrent son œuvre, jusqu'à la Révolution. Les écoliers portaient le nom de robertins. Grignion de Montfort appartiendra un temps à cette communauté, après avoir été membre de celle de M. de la Barmondière (ancien curé de Saint-Sulpice), fondée dans le même but et disparue en 1694. Jean-Baptiste Blain y restera huit ans.

 

5) La communauté Saint-Paul : François Traullé, prêtre de la paroisse Saint-Sulpice, fonda une communauté, rue du Cherche-Midi, à la fin du XVIIe siècle. Elle durera jusqu'à sa mort, en 1714.

 

6) La communauté Sainte-Barbe : Fondée en 1460, très célèbre pendant la première moitié du XVIe siècle, la communauté Sainte-Barbe compta parmi ses membres Ignace de Loyola, François-Xavier et peut-être Calvin. En 1688, Thomas Durieux, procureur de la Sorbonne, continuant l'œuvre de Germain Gillot qui octroyait des bourses à des étudiants se préparant au sacerdoce et logeant dans divers collèges, loua des bâtiments de Sainte-Barbe pour regrouper ces jeunes. Ils seront soixante à la fin de 1690. La formation était de tendance nettement janséniste et l'influence des gillotins  était grande dans ce milieu universitaire. La Sorbonne les considérait comme ses protégés. le cardinal de Noailles fut l'un des protecteurs de la communauté Sainte-Barbe

 

 

4- L'hiver 1709

 

     Le XVIIe siècle sera marqué par une grande instabilité climatique : pluie et froid anéantissent les récoltes. De ce fait, les prix des céréales augmentent. Chaque année, la famine sévit dans l'une ou l'autre province et, parfois, c'est tout le pays qui est touché.

     La situation est aggravée par les épidémies : ainsi en 1648-1653, 1660-1663, 1692-1694, 1709-1710. On constate la disparition du gibier et du petit bétail, la réapparition des loups. Sous Louis XIII, la peste était le phénomène le plus redoutable : de 1628 à 1632, elle fera deux millions de victimes : le dixième de la population française. Sous Louis XIV, c'est surtout la famine qui frappe le pays.

     L'hiver de l'année 1709 sera le pire. Aux dires de Saint-Simon, il commença le 5 janvier et fut tel que…

 

     “…de mémoire d'homme on ne se souvenait d'aucun qui en eut approché. Une gelée qui dura deux mois de la même force avait, dès ses premiers jours, rendu les rivières solides jusqu'à leur embouchure et les bords de la mer capables de porter des charrettes qui y voituraient les plus grands fardeaux. Un faux dégel fondit les neiges qui avaient couvert la terre pendant ce temps-là ; il fut suivi d'un subit renouvellement de gelée, aussi forte que la précédente, trois autres semaines durant. ”

 

     Cette seconde gelée provoqua la famine. Les récoltes, les arbres fruitiers, dont les noyers de Bourgogne, les vignes, et le bétail furent touchés.

     Le 6 janvier, à Auxerre, la température descendit à - 23°, au point que deux mille personnes quittèrent la campagne pour se réfugier en ville. L'évêque d'Auxerre, Thibières de Cayles, fit fondre sa vaisselle pour nourrir les pauvres. En mars 1709, le prix du blé fut multiplié par huit.

     La fin de l'année et le début de 1710, furent encore plus catastrophiques. Les paysans avaient épuisé leurs maigres réserves et n'avaient plus de grains pour ensemencer les champs. La nouvelle moisson fut nulle. Le prix du blé augmenta encore : à Paris il fut multiplié par treize ; ce qui provoqua des émeutes.

     Les grands sont attaqués :

 

              “ Le grand-père (Louis XIV) est un fanfaron

              le fils (le grand Dauphin), un imbécile,

              le petit-fils (père du futur Louis XV), un grand poltron.

              Que je vous plains, pauvres Français,

              soumis à cet empire.

              Faites comme ont fait les Anglais.

              C'est assez vous en dire. ”



 

     C'était une allusion directe à la révolution anglaise qui avait aboutit à l'exécution de Charles 1er, en 1649. On se moque également des ministres, incapables de trouver un remède à la situation :

 

              Après les cruelles horreurs

              d'un hiver effroyable,

              nous croyions goûter les douceurs

              d'un printemps agréable.

              Le vent, la grêle, les brouillards

              causent mille désastres.

              N'est-ce point quelque Chamillard [5]

              qui gouverne les astres ? ”

 

 

 

 

5- L'Europe et la France, en 1701

 

     En septembre 1701, l'Europe compte 118 millions d'habitants. La France, avec 19 millions d'habitants, est le pays le plus peuplé d'Europe. La population rurale représente les quatre-cinquièmes du total. La natalité est forte, tout comme la mortalité. Un enfant sur quatre meurt avant l'âge d'un an et deux sur quatre seulement atteignent vingt ans. Une famille française compte, en moyenne, cinq enfants.

     Depuis octobre 1698, date du traité de Ryswyck, la France connaît une période de paix avec ses voisins. Cependant, les guerres et la rudesse du climat ont affaibli l'économie.

 

1) Le monde politique français : Depuis 58 ans, Louis XIV est roi. C'est en 1643 qu'il a succédé à son père Louis XIII. Après le 6 mai 1682, officiellement, il réside avec la cour, à Versailles. En octobre 1683, il a épousé secrètement Mme de Maintenon.

     Louis XIV n' a plus de premier ministre depuis la mort de Mazarin, en 1661. Les charges importantes de l'État sont  confiées à des grands dignitaires :

 

* Le Chancelier, Garde des Sceaux et ministre de la Justice est Louis Philippeaux de Pontchartrain. S'il a la première place, elle se situe surtout au rang des honneurs ; son influence réelle est réduite.

 

* Le Contrôleur général des Finances : Michel Chamillart. Il est le principal personnage du royaume, depuis la réforme de Colbert.

 

* Les secrétaires d'État : aux Affaires Étrangères et à la Guerre : Michel Chamillart ; à la Maison du Roi, à Paris, au Clergé et à la Marine : Jean-Baptiste Colbert de Torcy.

 

     Ces grands dignitaires sont assistés par des Conseils :

 

* Le Conseil d'En-Haut, qui est le plus important. C'est lui qui est chargé des affaires diplomatiques et militaires. Les membres de ce conseil ont le titre de ministres d'État et sont très influents. Il s'agit de Monseigneur (le Dauphin), de Paul de Beauvilliers, de Jean-Baptiste Colbert de Torcy, de Louis Philippeaux de Pontchartrain, de Michel Chamillart qui est aussi directeur général des fortifications, et de Michel Le Pelletier de Souzy.

 

* Le Conseil des Finances : le chef de ce conseil est Paul de Beauvilliers. En font partie : Hilaire Rouillé, directeur général des finances, Auguste-Robert de Pomereu, Henri d'Aguesseau.

 

* Le Conseil des Dépêches, chargé de l'administration intérieure du royaume, auquel appartiennent Jean-Baptiste Colbert de Torcy, surintendant des Postes et relais de France et Marc-René de Voyer de Paulmy d'Argenson, lieutenant-général de police de Paris.

 

* Le Conseil privé, ou Conseil des Petits, est la cour suprême de Justice pour les causes réservées au roi.

 

D'autres conseils ont un rôle plus limité :

 

* Le Conseil de Conscience qui nomme aux grands bénéfices de l'Église.

 

* Le Conseil du Commerce où siègent les représentants des villes et des ports principaux du royaume.

 

2) Le monde politique européen : Mustapha II est sultan de l'empire ottoman (1695-1703) ; Guillaume III, roi d'Angleterre (1689-1702) ; Philippe V, roi d'Espagne (1700-1746) ; Pierre II, roi du Portugal (1683-1706) ; Victor-Amédée II, duc de Savoie (1675-1730) ; Léopold Ier, duc de Lorraine (1690-1729) ; Pierre Ier le Grand, tsar de Russie (1689-1725) ; Charles XII, roi de Suède (1697-1718) ; Frédéric IV, roi du Danemark et de Norvège (1699-1730) ; Auguste II, roi de Pologne (1697-1704) ; Jean-Guillaume-Joseph, électeur du Palatinat (1690-1716) ; Frédéric Ier, électeur de Brandebourg et roi de Prusse (1701-1713) et Maximilien II Emmanuel, électeur de Bavière (1679-1726).

     Le 7 septembre 1701, à l'instigation de Guillaume III d'Angleterre, une coalition se forme contre la France, dans le but de placer sur le trône d'Espagne un autre roi que Philippe V, petit-fils de Louis XIV. Les hostilités de la guerre de succession débuteront au printemps 1702.

 

3) Le monde ecclésial : Clément XI (1700-1721) a succédé à Innocent XII depuis deux ans. Il y a six ans que le cardinal Louis-Antoine de Noailles, de tendance janséniste, est archevêque de Paris et Fénelon, archevêque de Cambrai. Il y a vingt ans que Bossuet est évêque de Meaux.

     Vincent de Paul est mort depuis 41 ans (1660), Jean Eudes depuis 21 ans (19 août 1680) et Marguerite-Marie Alacoque depuis 11 ans (17 octobre 1690).

     François d'Aix-de-la-Chaize, jésuite, est confesseur du roi. Jésuites et oratoriens sont les prédicateurs officiels de la Cour.

     Les mesures anti-protestantes se sont adoucies depuis 1699, mais près de 200 000 réformés, artisans, manufacturiers, marchands... ont quitté la France depuis 1665. En 1685, l'Edit de Nantes avait été révoqué.

     Le grand Arnauld, théologien et chef des jansénistes, est mort en 1694. La querelle janséniste, qui sommeillait depuis quelques années, va se réveiller bruyamment avec la signature, par quarante docteurs de la Sorbonne, du Cas de conscience, manifeste janséniste. Parmi les signataires, on relèvera les noms de Petitpied, professeur à la Sorbonne ; Descombes, abbé de Sainte-Geneviève,  Noël Alexandre, dominicain de la rue Saint-Jacques, Tullou, curé de Saint-Benoît, paroisse du collège Louis-le-Grand,  Guillaume Delamarre, qui succédera à Tullou en 1702. Le jansénisme resurgit donc sous la forme d'un jansénisme gallican. Bossuet, lors de l'Assemblée du Clergé de 1700, parlait du péril manifesté par une infinité d'écrits latins venus des Pays-Bas. Sous l'influence de Bossuet, l'archevê­que de Paris censurera le Cas de conscience. Fénelon, qui soutenait les idées quiétistes de Michel Mélinas (1628-1696) et de Mme Guyon (1648-1717), s'est soumis au pape en 1699, après une controverse célèbre avec Bossuet.

     Parmi les congrégations existantes en 1701, les oratoriens ont été fondés il y a 90 ans (1611) ; les lazaristes, 76 ans (1625) ; les filles de la Charité, 68 ans (1633) ; les sulpiciens, 60 ans (1641) et les eudistes, 58 ans (1643).

     Suite au Concile de Trente, des séminaires d'ordinands se sont mis en place.

 

4) Le monde des arts : Parmi les musiciens du siècle, cer­tains, en 1701, ont déjà fait leurs preuves, tel François Couperin, âgé de 33 ans, organiste du roi depuis le 26 décembre 1693. Georges-Frédéric Hændel et Jean-Sébastien Bach sont, tous les deux, âgés de 16 ans et Jean-Philippe Rameau, de 18 ans. Quant à Henry Purcell, il est mort depuis six ans et Jean-Baptiste Lully, depuis 14 ans.

     Dans le monde de la littérature, Mme de Scudéry meurt le 2 juin 1701 ; Racine est mort depuis deux ans (21 avril 1699) ; Mme de Sévigné et La Bruyère, depuis 5 ans (17 avril et 10 mai 1696) ; La Fontaine, depuis 6 ans (1695) ; Corneille, depuis 17 ans (1er octobre 1684) ; Spinoza, depuis 24 ans (20 février 1677) ; Molière, depuis 28 ans (17 février 1673).

     Voltaire est alors âgé de 7 ans ; Marivaux, de 11 ans ; Montesquieu, de 12 ans ; Pierre Bayle, de 54 ans.

 

5) Le monde scientifique : Leibnitz (1646-1716), mathématicien, philosophe et théologien, vit en Allemagne. Il y a 17 ans que l'Anglais Newton a découvert l'attraction universelle ; 19 ans que l'Anglais Halley a fait connaître sa comète ; 22 ans que le Français Denis Papin a inventé sa marmite ; 25 ans que le danois Römer a déterminé la vitesse de la lumière.

 

_


 

-III-

Bibliographie succincte

 

Cette bibliographie est volontairement succincte. Elle donne quelques ouvrages de référence, anciens ou récents, sur la France des XVIIe et XVIIIe siècles, eux-mêmes abondamment fournis en indications bibliographiques. Mais autour de Poullart des Places, elle n’hésite pas à donner quelques titres plus spécialisés auxquels se réfèrent les études publiées en ce volume ou qui aideront précisément à les comprendre. Cette bibliographie suit l’ordre alphabétique des auteurs dans chacune de ses sections.

 

 

A/- Ouvrages d’ensemble sur la période

 

1. Contexte général

 

Bluche (sous la dir. de F.), Dictionnaire du Grand Siècle, Paris, Fayard, 1990.

Chaunu (P.), La Civilisation de l’Europe classique, Paris, Arthaud, 1966.

CHAUNU (P.), La Civilisation de l’Europe des Lumières, Paris, Arthaud, 1971 (Rééd. en poche, sans ill., Paris, Flammarion, coll. Champs, 1997).

Hazard (P.), La Crise de la conscience européenne (1680-1715), Paris, 1935, rééd. Paris, Fayard, 1978, 3 vol.

Lachiver (M.), Les Années de misère. La famine au temps du Grand Roi, 1680-1720, Paris, Fayard, 1991.

MUCHEMBLED (R.), L’Invention de l’homme moderne. Sensibilité, mœurs et comportements collectifs  sous l’Ancien Régime, Paris, Fayard, 1988.

Pillorget (R.) et Pillorget (S.), France baroque, France classique, 1589-1715, tome I : Récit ; tome  II- Dictionnaire, Paris, Robert Laffont, 1995 (coll. “ Bouquins ”).

ROCHE (D.), La France des Lumières, Paris, Fayard, 1993.

Viguerie (J. de), Histoire et dictionnaire du temps des Lumières, 1715-1789, Paris, Robert Laffont, 1995 (coll. “ Bouquins ”).

 

2. Histoire religieuse

 

Armogathe (J.-R.), Le Quiétisme, Paris, P.U.F., 1973 (“ Que sais-je ? ”)

Châtellier (L.), La Religion des pauvres. Les missions rurales en Europe et la formation du catholicisme moderne, XVIe-XIXe siècle, Paris, Aubier, 1993.

Cognet (L.), Le Jansénisme, Paris, P.U.F., 5e éd. 1985 (“ Que sais-je ? ”).

Degert (A.), Histoire des séminaires français jusqu’à la Révolution, Paris, Beauchesne, 1912, 2 vol.

Hildesheimer (F.), Le Jansénisme, Paris, Publisud, 1994.

Latreille (A.), Delaruelle (E.), Palanque (J.-R.), Histoire du catholicisme en France, tome 2 : Sous les rois très chrétiens, Paris, Spes, 1960.

Lebrun (sous la dir. de F.), Du christianisme flamboyant à l’aube des Lumières, XIVe-XVIIIe siècle, Paris, Le Seuil, 1988 (Histoire de la France religieuse, sous la direction de Jacques Le Goff et René Rémond, t. 2).

LEBRUN (F.), Être chrétien en France sous l’Ancien Régime, 1516-1790, Paris, Le Seuil, 1996.

LoupÈs (P.), La Vie religieuse en France au XVIIIe siècle, Paris, SEDES, 1993.

Orcibal (J.),Saint-Cyran et le jansénisme, Paris, Le Seuil, 1965.

Préclin (E.), Jarry (E.), Les Luttes politiques et doctrinales aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Bloud et Gay, 1955-1956, 2 vol. (Histoire de l’Eglise… Fliche & Martin, tome 19).

Quéniart (J.), Les Hommes, l’Eglise et Dieu dans la France du XVIIIe siècle, Paris, Hachette, 1978.

Taveneaux (R.), Le Catholicisme dans la France classique (1610-1715), Paris, SEDES, 1980, 2 vol.

Taveneaux (R.), La Vie quotidienne des jansénistes aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Hachette, 1973.

VENARD         (M.) dir., L’Âge de raison (1620/30-1750), Paris, Desclée, 1997 (t. 9 de l’“ Histoire du christianisme ” sous la direction de J.-M. Mayeur, Ch. et L. Pietri, A. Vauchez, M. Venard).

Viguerie (J. de), Le catholicisme des Fançais dans l’ancienne France, Paris, Nouvelles Editions Latines, 1988.

 

3. Théologie et spiritualité

 

Bremond (H.), Histoire littéraire du sentiment religieux en France depuis la fin des guerres de Religion jusqu’à nos jours, Paris, Bloud et Gay, 1916-1936, rééd. Armand Colin 1967-1971, 12 vol.

Calvet (J.), La Littérature religieuse de François de Sales à Fénelon, Paris, Del Duca/Hachette, 1956.

Cognet (L.), Crépuscule des mystiques. Le conflit Fénelon-Bossuet, Tournai, Desclée de Brouwer, 1958.

Cognet (L.), De la Dévotion moderne à la Spiritualité française, Paris, Fayard, 1958.

Cognet (L.), La Spiritualité moderne. I. L’essor : 1500-1650, Paris, Aubier, 1966 (Histoire de la spiritualité chrétienne, sous la dir.Louis Bouyer, Dom Jean Leclercq, Dom François Vandenbroucke et Louis Cognet, tome 3).

Deville (R.), L’Ecole française de spiritualité, Paris, Desclée, 1987 (Bibliothèque d’histoire du christianisme, 11).

 

 

B/- Poullart des Places

 

1. Biographies

 

Congrégation du Saint-Esprit, Biographies (1703-1808), Paris, 30, rue Lhomond, 1909.

Eschbach (A.), La Vie et l’œuvre de Claude-François Poullart des Places, fondateur de la Société du Saint-Esprit, précurseur du Vénérable François-Marie-Paul Libermann, Rome, Via Santa Chiara, 42, 1916.

Farragher (S. P.), Led by the Spirit, The Life and Work of Claude Poullart des Places, founder of the Congregation of the Holy Spirit, Dublin, Paraclete Press, 1992.

“ Joseph Michel (1912-1996), historien spiritain ”, Mémoire Spiritaine, n° 4 (2e semestre 1996), p. 49-154.

Le Floch (H.), Note pour la nouvelle édition de la  “ Vie de C. F. Poullart des Places ”, Roma, Tipografia Agostiniana, 1915, 34 p. (“ Cette communication est entièrement privée ” H. L. F.).

Le Floch (H.), Une vocation et une fondation au siècle de Louis XIV : Claude-François Poullart des Places, fondateur du séminaire et de la Congrégation du Saint-Esprit (1679-1709), Paris, Lethielleux, 1906 ;  nouvelle édition, 1915.

Michel (J.), Claude-François Poullart des Places, fondateur de la Congrégation du Saint-Esprit, 1679-1709, Paris Editions Saint-Paul, 1962.

RIAUD (A.), Claude-François Poullart des Places, Fondateur de la Congrégation du Saint-Esprit, 1679-1709, Paris, Les Frtaternités du Saint-Esprit, 30, rue Lhomond, 1985 (En 110 pages, “ adaptation dégagée de tout l’appareil d’érudition ” des ouvrages précédents).

 

 

2. Rennes et Paris

 

Biver (P. & M.-L.), Abbayes, monastères et couvents de Paris, Paris, 1970.

Biver (P. & M.-L.), Abbayes, monastères et couvents de femmes à Paris, Paris, 1975.

Boinet (A.), Les Eglises parisiennes, Paris, Editions de Minuit, 1958-1964, 3 vol.

Croix (A.), Cultures et religion en Bretagne aux 16e et 17e siècles, Rennes, Apogée/Presses Universitaire de Rennes, 1995.

Delumeau (dir.), Le Diocèse de Rennes, Paris, Beauchesne, 1979 (Histoire des diocèses de France, 10).

EXPERT (Chanoine L.), La Vierge noire de Paris, Notre-Dame de Bonne Délivrance, Paris, Desclée de Brouwer [1934].

Hillairet (J.), Dictionnaire historique des rues de Paris, Paris, Editions de Minuit, 2e éd. 1964, 2 vol.

La Montagne Sainte-Geneviève, deux mille ans d’art et d’histoire, Exposition janv.-mai 1981 (mairie du 5e arrondissement, musée Carnava-let), Paris, éd. Ville de Paris, 1981.

Le Grand Siècle au Quartier Latin,  Exposition sept.-oct. 1982 (mairie du 5e arrondissement, musée Carnavalet), Paris, éd. Ville de Paris, 1982.

MARIE-ANDRE, La Vierge noire de Paris, Châtelaine de Neuilly, Notre-Dame de Bonne Délivrance, Paris, P. Lethielleux, 1958.

Michel (J.), Histoire missionnaire du Diocèse de Rennes, Paris, Alsatia, 1938.

 

3. Le milieu jésuite

 

Châtellier (L.), L’Europe des dévots, Paris, Flammarion, 1987.

Dainville (F. de), L’Education des Jésuites (XVIIe-XVIIIe siècle), Paris, Editions de Minuit, 1978, 2e éd. 1991.

Dhotel (J.-C.), Les Jésuites de France : chemins actuels d’une tradition sans rivage, Paris, Desclée de Brouwer, 1987.

Dupont-Ferrier (G.), La vie quotidienne d’un collège parisien pendant plus de trois cent cinquante ans : Du Collège de Clermont au Lycée Louis-le-Grand (1563-1920), Tome I : Le Collège sous les Jésuites, 1563-1762 ; Le Collège et la Révolution, 1763-1799, Paris, De Boccard, 1921.

Louis le Grand, 1563-1963. Etudes, souvenirs, documents, Paris, 1963.

Michel (J.), Aux origines de la Congrégation du Saint-Esprit, L’Influence de l’Aa, Association secrète de piété, sur Claude François Poullart des Places, Paris, Beauchesne, 1992.

Poutet (Y.) et Roubert (J.), Les “ Assemblées ” secrètes des XVIIe-XVIIIe siècles en relation avec l’Aa de Lyon : Edition critique des Annales d’une Aa lyonnaise, Plaisance, édit. Divus Thomas, 1968.

 

4. Amitiés et influences

 

Besnard (C.), Vie de M. Louis-Marie Grignion de Montfort, Rome, Centre international montfortain, 1981, 2 vol. (Documents et Recherches, IV et V).

Blain  (J.-B.), Abrégé de la vie de Louis-Marie Grignion de Montfort, Rome, Centre international montfortain, 1973 (Documents et Recherches, II)

Guitteny (B.), Grignion de Montfort, missionnaire des pauvres (1673-1716), Paris, Editions du Cerf, 1993.

Pérouas (L.), Grignion de Montfort. Les pauvres et les missions, Editions du Cerf, 1966.

Poutet (Y.), Le XVIIe siècle et les origines lasalliennes. Recherches sur la genèse de l’œuvre scolaire et religieuse de Jean-Baptiste de La Salle (1651-1719), Rennes, Imprimeries Réunies, 1970, 2 vol.

Poutet (Y.), Jean-Baptiste de La Salle aux prises avec son temps. Recueil d’études lasalliennes, Cahiers lasalliens n° 48, Rome, 1988.

 

 

c/- La Congrégation du Saint-Esprit

 

Coulon (P.), Brasseur (P.) (dir.), Libermann, 1802-1852. Une pensée et une mystique missionnaires, Paris, Le Cerf, 1988.

Ernoult (J.), Les Lieux spiritains en France, Paris, Congrégation du Saint-Esprit, 30, rue Lhomond, 1992 (édition par photocopie).

Koren (H. J., C.S.Sp.) et Carignan (M., C.S.Sp.) (Ed., Introduction et texte annoté par), Les Ecrits spirituels de M. Claude-François Poullart des Places, fondateur de la Congrégation du Saint-Esprit ; Henry J. KOREN C.S.Sp., S.T.D. (Edited by), The Spiritual Writings of Father Claude Francis Poullart des Places, Founder of the Congregation of the Holy Ghost, Duquesne University, Pittsburgh, Pa. ; Editions E. Nauwelaerts, Louvain, Belgique ; Editions Spiritus, Rhenen, U., Hollande, 1959, 297 p. (Duquesne Studies, Spiritan Series, 3).

Koren (H. J., C.S.Sp.), The Spiritans. A History of the Congregation of the Holy Ghost, Duquesne University, Pittsburgh, Pa., U.S.A. ; Editions E. Nauwelaerts, Louvain, Belgique ; Editions Spiritus, Rhenen, U., Hollande ; 1958, XXIX-639 p. (Duquesne Studies, Spiritan Series, 1).

Koren (H. J.), Les Spiritains. Trois siècles d'histoire religieuse et missionnaire. Histoire de la congrégation du Saint-Esprit, Paris, Beauchesne, 1982.

Koren (H. J.), To the Ends of the Earth, A General History of the Congregation of the Holy Ghost, Pittsburgh, Duquesne University Press, 1983.

Legrain (M.), Une union de congrégations au XIXe siècle : le Saint-Esprit et le Saint-Cœur de Marie. Etude historique et canonique, Paris, Institut catholique, 1965 (thèse dact.).

[Libermann], Notice sur la Congrégation du Saint-Esprit et de l’Immaculé Cœur de Marie, et sur ses œuvres, Paris, mai 1850, in P. Coulon, P. Brasseur, op. cit., p. 661-669.

RATH (J. T.), Geschichte der Kongregation vom Heiligen Geist (1703 -1980), Knechtsteden, Missionsverlag, 1972-1986, 5 vol.



[1] Cette chronologie reproduit, mais avec plus de détails,  celle parue dans A Paris sur les pas de Claude-François Poullart des Places, Maison mère, Paris, avril 1996.

[2]. Voir illustration et encadré sur Notre-Dame de Bonne Délivrance, p. ***-***.

1 - Martinets : surnom donné aux externes des collèges, les comparant aux oiseaux du même nom, pour les différencier des internes et demi-pensionnaires, plus stables.

[4]- Cf. ci-dessous ce qui est dit de la communauté Sainte-Barbe.

[5]. Voir plus bas les différents postes occupés par ce personnage.

Retour Index'Poullart'