Jean SAVOIE        L'ESPRIT APOSTOLIQUE DE POULLART DES PLACES.

                             Conférence à Allex le 2 février 1990           

                              (en suivant le livre du P. Michel)

       

       

 

 

 

 

        PLAN

 

 

       

        I. LA CONVERSION DE POULLART DES PLACES.

                              METTRE SA VIE DANS LA LUMIERE DE LA FOI

       

               A. Recherche de la volonté de Dieu

               B. Une conversion progressive

               C. Moments difficiles.

       

       

        II. LA PRIERE DE POULLART DES PLACES

       

        Analyse de la prière à la Trinité

        - sa prière trinitaire

        - son oraison d'affection

        - sa vie sacramentelle

        - son esprit de pauvreté

        - sa présence globale à Dieu;

       

       

        III. ORIENTATION APOSTOLIQUE AU SERVICE DES PAUVRES.

       

        Introduction: attention à un milieu autre que le sien.

                                                                           Voir les besoins de son temps et y répondre                                                            

                                                                           La France de 1700: Delumeau, Decaux.

                              sens de la vocation sacerdotale pour tous

                              orientation vers le bien général de l'Eglise.

              

               A. La grande misère des pauvres écoliers

                                             il n'y avait pas de séminaire vraiment gratuit

       

               B. Les influences autour de la Fondation du séminaire

                              St-Esprit en Bretagne, l'Aa à Paris, Grignion.

                                            

               C. L'originalité du Séminaire de Poullart des Places.

                              "meilleure réponse au Concile de Trente"

 

 

               D. Les relations de la Communauté du St Esprit avec d'autres Instituts

                                             Servir l'Eglise en servant les projets ecclésiaux des autres.       

       

        CONCLUSION: l'impact laissé par PDP.

                                                            Vers la Congrégation du St Esprit.

       

       

        

       

                                              L'ESPRIT APOSTOLIQUE DE POULLART DES PLACES

 

 

 

 

               Nous sommes portés spontanément à nous souvenir de Poullart des Places comme celui qui est venu en aide à de pauvres écoliers de son temps et qui par là en a fait une communauté qui est devenue la Congrégation du  St-Esprit. c'est vrai; c'est l'oeuvre indéniable qui est restée de lui, mais elle suppose un esprit, une personnalité spirituelle, une orientation personnelle de vie faite de présence à Dieu dans la prière et de présence aux besoins apostoliques de son temps.

               C'est cette aventure intérieure de conversion vers une vie apostolique précise qu'il me semble intéressant de souligner pour entrer un peu dans la personnalité de notre fondateur. Un fondateur n'est pas seulement un initiateur, mais bien plus un inspirateur d'un projet dans lequel d'autres se reconnaissent et le continue. Ce que l'Esprit saint opérait dans le coeur de Poullart des Places était orienté vers la réussite de sa vie par un projet qui intéressait la vie de beaucoup d'autres: non seulement ses compagnons ou ses élèves, mais ses successeurs spiritains et, si un jour il était béatifié, toute l'Eglise elle-même. 

 

 

      Je voudrais dire rapidement d'abord les étapes de ce qu'il appelle sa conversion; m'attarder un peu sur la qualité de sa prière; et dire plus longuement son sens apostolique. C'est ce que Libermann appelle d'un mot: "la vie apostolique", qui est en chacun de nous la vie de sainteté du Christ lui-même. Le P. Libermann s'exprime avec beaucoup de respect sur  Poullart des Places dans le seul passage que nous connaissions où il en parle: "La Congrégation du Saint-Esprit fut fondée en 1703 par M. Poullart Desplaces, de REnnes, dans le but d'élever des ecclésiastiques destinés aux oeuvres les plus délaissées. Longtemps cette oeuvre ne subsista que des aumônes de personnes charitables. Le vénérable fondateur allait lui-même les chercher puis il les servait à ses élèves de ses propres mains et leur rendait les services les plus humbles" (1850 Cité par Coulon p. 663-664)             

 

 

       I. LA CONVERSION DE PDP.           

 

 

   PDP nous parle de sa conversion en termes très forts comme s'il venait  d'une vie vraiment toute opposée à Dieu. De fait il y a une écoute de Dieu de plus en plus profonde qui l'a conduit par étapes successives et rapides à une grande profondeur spirituelle et apostolique en même temps.

 

 

      Pour nous faire une idée il faudrait reconstituer l'ambiance sociale et  spirituelle de cette époque de fin du Grand 16 siècle et début du siècle des Lumières. On peut le voir dans le ton de l'article du Mercure Galant rendant compte du "Grand acte". J'ai senti un peu  cela en voyant le film récent Valmont qui s'efforce de reconstituer cette période. La vie d'un "jeune homme de qualité" sous Louis XIV est faite d'équitation, de chasse, de soirées mondaines, de danse, de bal et de théâtre avec le souci de paraître et d'en tirer gloire. 

 

 

               En 1698, à 19 ans, à la fin de sa philosophie, Poullart veut aller à la Sorbonne et faire carrière; ses parents préfèrent qu'il aille d'abord faire son droit à Nantes. A partir de là, Poullart va se convertir par des dépouillements successifs qui feront de cet homme du monde un homme de l'Esprit:

- dépouillement de son monde bourgeois avec la scène de la robe (1700)

- dépouillement de son monde familial en décidant d'entrer à Louis le Grand

- dépouillement de l'esprit mondain en 1702 avec la prise de soutane

- dépouillement de toute gloire même spirituelle lors de la crise de 1704   

      Voyons cela avec quelques textes: un texte de Thomas et des textes de Poullart lui-même.

        "Il y avait longtemps que M. Des Places méditait le dessein de se donner tout à Dieu; cependant, il avait conservé à l'extérieur et dans ses manières un air fort poli selon le monde. Mais en 1702, il se montra tout autre qu'on ne l'avait vu jusqu'alors; il ne conserva que cette honnêteté, cette douceur et cette gaieté que la vertu demande pour n'être point farouche. On le vit tout d'un coup , au milieu de ce collège si nombreux et où il était si connu quitter tout l'éclat et les manières du siècle pour se revêtir en même temps de l'habit et de la simplicité des ecclésiastiques  les plus réformés. Il ne se mit point en peine de ce qu'on  en pouvait dire." Thomas 272.

 

 

        Lui-même avait écrit quelques mois plutôt: "Perdons respect humain complaisance, faiblesse, amour propre vanité... Qu'on dise tout ce qu'on voudra, qu'on m'approuve, qu'on se moque, qu'on me traite de visionnaire, d'hypocrite ou d'homme de bien, tout cela me doit être désormais indifférent" Ecrits 80

 

 

        Entre ce texte et son changement en 1702, il y a la lecture qu'il a  faite de la vie de Michel le Nobletz par le P. Verjus. Ce prêtre Breton lui  ressemble sur plusieurs points, mais peut-être d'abord par sa volonté de mépriser le monde et de fuir l'esprit mondain. (Michel p. 82)  La conversion de Poullart des Places avait déjà été préparée dans des retraites précédentes: retraite de conversion, retraite d'élection à la façon des Exercices spirituels de St Ignace que nous connaissons bien depuis les retraites du noviciat. A Paris il a fait partie de l'Assemblée des Amis (Aa) société secrète de spiritualité dans les séminaires Jésuites. Plus encore cette conversion subira une autre crise en 1704 lorsqu'il se demandera s'il n'a pas fait fausse route en s'occupant des écoliers.

       

        II. LA PRIERE DE POULLART.

       

      Il est intéressant de relire la prière que Poullart a décidé de dire deux fois par jour dès son entrée au séminaire en 1701 et qui figure dans son règlement particulier. (Les membres de l'Aa devaient avoir chacun un réglement particulier.) Cette prière reflète le fond de son état d'oraison depuis le séminaire jusqu'à la fin de sa vie. Elle est à la fois d'un traditionalisme très commun et d'un sens évangélique très personnel et priant: c'est le propre des saints de se sanctifier par les moyens ordinaires de la vie chrétienne pris au sérieux. Après l'analyse de cette prière nous pourrons dire un mot des grâces d'oraison que reçut Poullart des Places.  

 

 

      Texte de la Prière: Ecrits p. 57 et commentaire.     

1: Invocation générale à la T.S. Trinité : intention de la prière:

               (je vous prie pour votre Gloire, pour moi, pour les autres)

               "Très Sainte et très adorable Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, que j'adore par votre grâce et de tout mon coeur, de toute mon âme et de toutes mes forces, permettez-moi de vous offrir très humblement mes petite prières pour votre plus grand honneur et gloire, pour ma sanctification, pour la rémission de mes péchés, pour la conversion de mon père, de ma mère, de ma soeur, de ma cousine, de tous mes parents, amis, ennemis, bienfaiteurs, et généralement pour tous ceux pour qui je dois vous prier, vivants ou trépassés.

 

 

2: Prière pour lui-même, par le sacrifice de la messe, il demande pour lui:

               d'abord les vertus chrétiennes

               puis la participation aux Mystères du Christ

               puis le sens spirituel et mystique.

 

 

Permettez-moi, mon Dieu, de vous offrir le saint sacrifice de la Messe à cette même intention, et pour qu'il vous plaise de m'accorder, la foi, l'humilité, la chasteté, la pureté d'intention, la droiture dans mes jugements, la grande confiance en vous, la grande défiance de moi-même, la constance dans le bien, la persévérance finale, la douleur de mes péchés, l'amour des souffrances et de la croix, le mépris de l'estime du monde, la régularité pour mes petites règles, votre force et votre vertu contre la tiédeur, contre les respects humains et généralement contre tous vos ennemis; faites-moi encore la grâce, ô mon Dieu, de graver dans mon coeur, par des traits de votre grâce qui soient ineffaçables, la mort et la passion de mon Jésus, sa vie sacrée et sa sainte incarnation, pour que je m'en souvienne sans cesse et que j'y sois sensible comme je dois. Remplissez mon coeur et mon esprit de la grandeur de vos jugements, de la grandeur de vos bienfaits et de la grandeur des promesses que je vous ai faites par votre sainte grâce, pour qu'il m'en souvienne à jamais, vous suppliant de me donner plutôt mille morts que de permettre que je vous sois infidèle. Que les moments perdus de ma vie passée me soient toujours présents à l'esprit, avec l'horreur de mes péchés (quand même j'en devrais mourir de douleur, si cela n'est point opposé à votre sainte volonté) pour que je sois meilleur ménager désormais avec votre sainte grâce de ceux qui me restent.

 

 

3: Demande spéciale plus personnelle de la pauvreté:

               la pauvreté matérielle

               la pauvreté spirituelle

               pour avoir les 3 grâces au dessus de toutes les autres:

                              l'amour de Dieu, l'amour de Marie, vivre dans la volonté de Dieu

 

 

Il ne me reste plus, mon Dieu, à vous demander que la privation entière de tous les biens terrestres et périssables. Accordez-moi donc encore cette grâce en me détachant absolument de toutes les créatures et de moi-même, pour n'être plus inviolablement qu'à vous seul et pour que mon coeur et mon esprit, n'étant plus remplis que de vous, je sois toujours en votre présence comme je le dois. Faites, mon Dieu, que je vous demande cette grâce du plus profond de mon coeur, aussi bien que celle de me charger d'opprobres et de souffrances, afin, mon divin Maître, que me rendant digne d'obtenir de votre infinie bonté votre saint amour, celui de la Ste Vierge, la grâce de connaître et d'exécuter avec une résignation parfaite votre sainte volonté, qui sont les trois grâces que je vous demande par dessus toutes choses, je puisse être prêt de souffrir plutôt la mort de la potence et de la roue, que de consentir à commettre un seul petit péché véniel de propos délibéré; vous suppliant, mon Dieu, de m'humilier par tous les autres endroits qu'il vous plaira; car, pourvu que je ne vous offense point, je ne désire rien davantage et je vous supplie que je ne désire jamais rien autre chose.

 

4: raisons qu'il invoque pour appuyer sa demande à "mon Dieu et mon tout":

               le sacrifice de la messe et aussi le Sang précieux du Christ

               les sacrifices offerts ceux du passé, du présent, du futur

               les communions offertes du passé du présent du futur

               dans la communion de saints, par Jésus, des mains de Marie.

 

 

Je vous demande toutes ces grâces, ô mon Dieu et mon tout, non seulement par le seul saint sacrifice de la messe que j'espère entendre par votre grâce, et par ces petites prières que je vous fais, mais je vous les demande aussi par le Sang précieux que mon aimable Sauveur J.C. a bien voulu répandre pour moi sur l'arbre de la croix, par tous les Saints Sacrifices qui vous ont été offerts jusqu'ici, qu'on vous offre actuellement, et qu'on vous offrira particulièrement, où le corps de mon Jésus sera immolé. Je vous les demande, ces grâces, par toutes les saintes communions qui ont été faites jusqu'ici, qu'on fait dans ce moment et qu'on fera jusqu'à la fin du monde; par toutes les saintes prières qu'on vous a adressées, qu'on vous adresse à présent et qu'on vous adressera, vous suppliant, mon Dieu, pour cela de me permettre de joindre mon intention à celles de toutes ces saintes personnes, auxquelles je vous supplie d'être comme à moi un Dieu de miséricorde dès à présent et éternellement, par le Sang précieux que mon Seigneur J.C., mon cher et unique amour par votre sainte grâce, a bien voulu répandre pour nous et que je supplie la Ste Vierge de vous offrir avec nos coeurs, pour mériter qu'il nous soit efficace; ainsi soit-il."

 

    Grâces d'oraison: cf Michel p. 85.   comparaison avec l'oraison d'affection décrite par Libermann.

       

       

        III. LE SENS APOSTOLIQUE DE PDP.

       

        Introduction: L'attention apostolique: voir les besoins, y répondre.

                                               La situation sociale en France vers 1700.

                           Cf Histoire de la France et des Français A. Decaux

                              Delumeau: Rassurer et protéger. (Photocopies)    

       

       

        A. LA GRANDE MISERE DES PAUVRES ECOLIERS

                              plaie majeure de l'Eglise de France (vers 1700)

                              Joseph Michel Cl.Fr Poullart des Places p.103-127.

       

        En Bretagne: 

1645 fondation du premier séminaire celui de St Méen.

1672 celui de Rennes commence à fonctionner.  les deux étaient séminaires d'ordinands (i.e. pour se préparer à l'ordination. l'évêque de Rennes demandait 12 mois de préparation en séminaire en tout, 3 mois avant les ordres mineurs et 3 mois avant chaque ordre majeur.

        Les pauvres "écoliers" i.e. les pauvres clercs, les séminaristes pauvres, suivaient les cours des Jésuites ou des dominicains et devaient loger en ville comme tout étudiant. Ils avaient donc à trouver les moyens de payer leur pension et cela nuisait à leurs études. Le niveau des études était faible. Beaucoup se présentaient plusieurs fois aux examens pour les ordres.  

               A Rennes il y avait 635 prêtres en 1712, donc plus nombreux qu'aujourd'hui en rapport à la population. Mais beaucoup étaient originaires (de la paroisse) : vivaient dans leur paroisse d'origine, sans se soucier des demandes de l'Evêque.

      En 1684 l'abbé de St Aubin avait ouvert à Rennes un petit séminaire pour pauvres écoliers. Pour y être admis il fallait fournir un "certificat de  pauvreté". Mais ceux qui en sortaient devaient aller là où l'évêque les  envoyait.

PDP franchit bien des fois le seuil de ce Petit Séminaire. Il était dirigé par l'abbé Bellier connu de PDP. En 1698 les Eudistes s'occupèrent de ce séminaire.                 

 

 

       A PARIS: en 1701, brochure de Jacques du DORANLO sur l'éducation des  clercs. Cet avocat devenu missionnaire en Bretagne pendant 20 ans cristalisait tout un courant de pensée qui allait de M. Leuduger, des Eudistes à l'abbé Bellier, et PDP connaissait bien ce dernier. M. Doranlo constatait que les missions n'avaient pas de suite parce que les prêtres des paroisses n'en tiraient pas les fruits faute de bonne formation. Il fallait faire des Séminaires comme le demandait le Concile de Trente, et des séminaires pour les pauvres c'est à dire gratuits pour les séminaristes les écoliers puissent étudier vraiment pendant des années et n'avoir pas à rembourser après. "Les pauvres étudiants sont appelés à participer autant que les riches au sacerdoce du Christ. Rien ne doit donc être négligé pour les en rendre dignes. Il faudra donc leur inculquer les quatre vertus cardinales du sacerdoce: la piété chrétienne, le zèle de la gloire de Dieu, le travail apostolique et la pauvreté de l'esprit. Ces conditions réalisées, les évêques trouveraient des ouvriers propres à toutes les oeuvres du Seigneur ainsi que de bons curés et vicaires de paroisses. On trouverait aussi de bons prêtres pour les missions étrangères: "Il y en aurait plusieurs qui seraient en état d'aller annoncer l'Evangile à ceux qui ne l'ont pas encore reçu. Comment peut-on entendre  qu'il n'y a environ que 72 ouvriers en Chine qui en demanderait des milliers, sans se donner du mouvement pour en former."          

 

 

               La condition des clercs étudiants à Paris était aussi déplorable qu'en province: La vie commune des écoliers y est entièrement opposée à celle que doit mener un jeune homme appelé au sacerdoce. Il y a à Paris un grand nombre de bénéfices  de condition et d'autres qu'on appelle abbés qui s'adonnent à une vie molle qui est souvent une disposition au libertinage  et à l'irreligion. Pour ceux qui n'ont pas de bien, leur vie est quelquefois moins déréglée, mais elle n'est pas plus ecclésiastique: les pauvres cherchent du pain, les autres tâchent d'augmenter leur fortune. Ayant tous pour but d'être prêtres, ils suivent tous des voies qui, dans le fond, devraient les exclure du sacerdoce et qui les en rendent indignes."   

 

 

               De nombreux collèges fonctionnent à Paris sur la montagne Ste Geneviève. En fait ils sont plutôt en décadence. En 1696 la visite de M. Rollin recteur de l'Université oblige à prendre des mesures pour rétablir un minimum de piété (y compris une amende d'un sou pour ceux qui manquent aux prières du matin et soir et messe, 2 sous pour absence le dimanche!)     

               Les séminaires parisiens n'étaient que séminaires d'ordinands. En 1696  Mgr de Noailles archevêque de Paris avait imposé un séjour global de 15 mois dans l'un des séminaires suivants: St-Nicolas du Chardonnet, St  Sulpice, St-Magloire, Bons-enfants, Notre-Dame des vertus, et encore des exceptions étaient prévues.            

 

 

               Pour les pauvr es écoliers, plusieurs efforts avaient été faits.

- le Séminaire des Trente-trois de Claude Bernard 1639 très pauvre il atteignit jusqu'à 33 écoliers. Mais l'esprit de pauvreté ne survécut pas à son fondateur: 20 ans après sa mort il était établi que les écoliers mangent 3 quarterons de viande par jour, mouton ou boeuf, le directeur avait droit à une livre de mouton tous les jours, les jours maigres un plat  de poisson différent des autres; une demie chopine de vin pour les écolier,  une chopine pour l'économe et le cuisinier et deux chopines et demi pour le  directeur. EN 1713 il ne restait que 3 pauvres écoliers et des bousiers. Mais le séminaire subsista jusqu'à la Révolution.                  

 

 

- Les frères de l'Abstinence de René Lévêque séminariste de St Sulpice en 1650; il quitte Paris après son ordination mais son oeuvre continue par un prêtre de la paroisse St Sulpice FRANCOIS DE CHANCIERGUES, d'Uzès qui était entré un an avant dans la communauté des Frères de l'Abstinence où ils étaient six; dix ans plus tard ils étaient 60 répartis en 4 groupes ou petites communautés de la Providence.    

               De Chanciergues avait l'ambition de doter tous les diocèses de France  de petits séminaires institués sur le modèle des communautés parisiennes:    "Petits séminaires pour élever gratuitement et pauvrement, selon l'esprit   du concile de Trente, pendant plusieurs années, les pauvres écoliers destinés au service des paroisses de la campagne" "Le dessein que nous avons en l'établissement de nos petits séminaires ou de nos petites communautés est de réformer le clergé de la campagne, de pourvoir à cet effet les pauvres et petites paroisses de bons curés, les bourgs et gros villages de bons vicaires, chapelains et maîtres d'écoles; on s'applique aussi à former des ouvriers évangéliques pour le Royaume et les pays étrangers;  on élève de bons prêtres pour tous les emplois de l'Eglise qui sont laborieux pauvres et abandonnés... Pour 15 livres par an on fournira les avantages d'un séminaire qui coûte ailleurs 400 livres tous les ans. Par les petites communautés on fournira des prêtres de campagne, des directeurs de petits séminaires, des prêtres demandés par les évêques pour  divers emplois, des missionnaires qui iront instruire les peuples, extirper  l'hérésie au-dedans et au dehors du Royaume et prêcher Jésus-Christ à  toutes les nations de la terre".       

                 L'ambition de M. de Chanciergues ne fut pas trompée: son oeuvre fut    continuée. A paris les communautés furent réunies au Séminaire de St-Louis  qui dura jusqu'à la Révolution. En Province 38 petits séminaires furent  institués sur ce modèle.

 

 

- A St-Sulpice, grâce à la Fondation de bourses, quelques clercs peu fortunés pouvaient se mêler aux abbés de qualité qui payaient 400 livres par an. Mais la direction de St Sulpice (l'Assemblée) refusera toujours de  prendre des pauvres "ce qui n'aurait pu qu'inspirer l'esprit de quêteur et de demandeur qui ne convient nullement à St Sulpice qui a toujours été un esprit de désintéressement." M. Tronson inspira cet esprit pendant près de 20 ans.                 

 

 

- A St Nicolas du Chardonet, M. Boucher demanda aussi de prendre en charge ses pauvres écoliers en 1697; les nicolaites refusèrent de distraire leur propre communauté de ses emplois ordinaires: préparer immédiatement aux saints Ordres. M. Boucher s'adressa ensuite à St Sulpice qui refusa aussi. Sa communauté survivre quand même jusqu'à la révolution sous forme de 18 bour-siers sous le nom de Robertins.                 

 

 

- La Communauté St-Paul dans les dernières années du 17 siècle, qui cesse d'exister en 1714 à la mort de son fondateur.                 

 

 

- A la Sorbonne la coutume était que nombre de docteurs en théologie  prennent en charge un ou deux collégiens plus doués: on appelait ceux-ci les Johannès. Germain Gillot, docteur de Sorbonne, riche de 300.000 livres  employa son revenu et parfois capital à payer des pensions d'écoliers. Il les visitait, contrôlait leur instruction religieuse jusqu'à sa mort en 1688. Son oeuvre continue par Thomas Durieux qui réunit 60 jeunes gens au collège Ste-Barbe, au lieu de payer leur pension ailleurs. Il les avait ainsi en communauté, mais l'orientation déjà janséniste ne fit que s'accentuer; ces Gillotins devinrent à la fin du 17 des propagateurs  énergiques du jansénisme; en 1705 Fénélon écrit au Pape: le mal fait par les Gillotins est incroyable.                 

 

 

- De 1693 à 1700 Grignion de Montfort à Paris mena la vie d'un pauvre écolier. Il était dans la communauté de M. de la Barmondière (st sulpice) mais comme bientôt personne ne payait sa pension il devait être renvoyé et  fut sauvé quand son supérieur le désigna pour aller veiller les morts de la  paroisse St-Sulpice, 3 ou 4 fois par semaine, et cela lui procurait  l'argent de sa pension. Puis Grignon entra à la communauté de M. Boucher, qui ne demandait pas de pension mais la nourriture était comme le reste  "pauvre et dégoûtante"        

 

 

         Ainsi, à la fin du 17 siècle à Paris, contrairement à l'opinion  courante, le problème de la formation du clergé en France était loin d'être  conforme aux exigences du Concile de Trente. On commençait à peine à s'occuper des pauvres écoliers. Presque tous les élèves des grands  séminaires devaient payer leur pension; et dans les communautés la gratuité  n'était jamais complète.        

 

 

       

        B. LES INFLUENCES AUTOUR DE LA FONDATION DE POULLART

                  

 

 

 1.INFLUENCES DE BRETAGNE:

 

 

POURQUOI LE SAINT ESPRIT ET L'IMMACULEE CONCEPTION? Non pas seulement parce qu'il fonde sa communauté aux fêtes de la Pentecôte; mais parce que c'était une dimension spirituelle de sa vie depuis longtemps.

 

 

               a) le P. Le Grand et ses prêtres du Saint-Esprit

 Au 17siècle il y avait  l'Association bretonne des Prêtres du ST-Esprit  du P. Le Grand dont le Manuel (1680) s'intitulait: "l'Institution de la Congrégation des Ecclésiastiques dédiée au St-Esprit sous le titre de son  Epouse sacrée, la sainte Vierge" Les conseils du P. Le Grand, rappellent le  P. Lallemant connu par le P. Nobletz, et annoncent ceux de POullart des  Places: "qu'ils aiment la pauvreté spirituelle comme le fondement de la pauvreté évangélique qu'ils doivent acquérir... Il faut qu'ils soient  aliénés de toute ambition et qu'ils renoncent aux désirs de paraître et de s'élever au dessus des autres. La congrégation du St Esprit fondée à Quimper se répandit au 18 siècle dans tous les diocèses de Bretagne par les diverses retraites des Jésuites.

 

 

               b) La doctrine du P. Lallemant diffusée par Michel le Nobletz, le P. Champion, et par le P. Surin.  L'oeuvre du P. Champion, "évangéliste du P.Lallemant". Il dirigeait des  retraites à Nantes de 1680 à 1701. Pour Lallemant les deux pôles de la vie  spirituelle sont la pureté du coeur et la conduite de l'Esprit saint: être  tellement possédé et gouverné par l'Esprit saint que ce soit lui seul qui conduise toutes nos puissances et tous nos sens et qui règle tous nos mouvements intérieurs et extérieurs, et que nous nous abandonnions      nous-mêmes entièrement par un renoncement spirituel de nos volontés et de    nos propres satisfactions. Ainsi nous ne vivrons plus en nous-mêmes, mais    en Jésus-Christ, par une fidèle correspondance aux opérations de son divin   esprit" (Doctrine spirituelle p. 176 col. Christus 1959) 

    Un autre disciple du P. Lallemant est le P. Surin lui aussi en Bretagne  et Nantes. Ses Lettres spirituelles sont publiées à Nantes en 1695, 1697 et  1700, elles n'ont d'autre but que de développer les effets du St Esprit dans les enfants de Dieu ou la conduite de l'Esprit.

        Poullart des Places était à Rennes dans le collège des Jésuites et  participait à leurs retraites, ainsi qu'à Nantes à cette époque où par ailleurs naissaient des confréries du St Esprit dans plusieurs paroisses de Rennes. Les premières notes de retraites de Poullart des Places et ses prières montrent cette reconnaissance de l'Esprit saint et de  Marie dans sa vie spirituelle.

 

 

 

 

2. L'INFLUENCE DE L'Aa à Louis le Grand. ( l'influence la plus importante)

 

 

               L'Assemblée des amis (Aa) est une société secrète de spiritualité toute apostolique: "l'amour de Jésus ne peut être oisif, il passe du coeur aux mains et de l'affection à l'action". Aussi les membres de l'Aa faisaient du catéchismes aux enfants, visitaient les hôpitaux, et évangélisaient leur milieu de vie. On comprend que Poullart des Places se soit mis à s'occuper des savoyards et des pauvres. L'activité de Poullart est indiquée avant et après la fondation des pauvres écoliers dans un rapport de l'Aa de Paris à L'Aa de Toulouse.

 

 

3. INFLUENCE DE GRIGNION DE MONTFORT DANS LA FONDATION DE PDP.

 

 

    Grignion et Poullart s'était connus et estimés à Rennes. En 1700, Grignion tout jeune prêtre arrive à Nantes, juste après le départ de Poullart. Mais en 1702 Grignion passe l'été à Paris et avec le souhait qu'une communauté de bons prêtres sous l'étendard de la Vierge puisse répondre aux nécessités de l'Eglise et il continuera à penser à cette compagnie de Marie. Claude Poullart était au collège Louis-Legrand et priait deux fois par jour de connaître et d'exécuter la sainte volonté de Dieu. M. Besnard note ceci: "M. des Places sentit que Dieu voulait se servir de lui pour peupler son sanctuaire et pour former à son peuple des maîtres  et des guides. Il compris que pour y réussir il ne pouvait mieux faire que  de continuer à aider de pauvres écoliers à subsister et à les mettre en état de poursuivre leurs études. Il ne se borna pas à ces secours      temporels. Il conçut le dessein de les rassembler dans une chambre où il irait de temps en temps leur faire des instructions et de veiller sur eux."  Le directeur de Poullart des Places approuva le projet et l'économe de  Louis-Le-grand promis d'aider à leur subsistance.   

 

 

     EN 1703 Monfort fait un nouveau voyage à Paris où il arrive dans la 2  quinzaine d'avril. Il méditait toujours son projet. "M. des Places fut celui sur qui il jeta les yeux pour l'exécution de son projet et lui proposa de s'unir à lui pour cette oeuvre. M. des PLaces lui répondit dans la candeur de son âme:   

     "Je ne me sens point d'attrait pour les missions, mais je connais trop le bien qu'on peut y faire pour ne pas y concourir de toutes mes forces et m'y attacher inviolablement avec vous. Vous savez que depuis quelque temps je distribue tout ce qui est à ma disposition  pour aider de pauvres écoliers à poursuivre leurs études. J'en connais plusieurs qui auraient des  dispositions admirables et qui faute de secours, ne peuvent les faire valoir et sont obligés d'enfouir des talents qui seraient très utiles à l'Eglise s'ils étaient cultivés. C'est à quoi je voudrais m'appliquer en les rassemblant dans une même maison. Il me semble que c'est ce que Dieu demande de moi... Si Dieu me fait la grâce de réussir, vous pouvez compter sur des missionnaires. Je vous les préparerai et vous les mettrez en exercice. Par ce moyen, vous serez satisfait et moi aussi. Tel fut le résultat de leur entretien et le commencement de cette union et de ce  rapport qui a toujours subsisté entre la Mission de M. de Monfort et la Communauté de M. des Places" (Besnard  103-104) 

 

 

     C. L'ORIGINALITÉ DU SÉMINAIRE DU SAINT ESPRIT DE PDP (Michel 187)

                              (meilleure réponse au Concile de Trente dit le P. Michel)

              

L'originalité de la Communauté de PDP résultait d'une conception d'ensemble qui par ses exigences de pauvreté des écoliers, de gratuité et de durée des études l'emportait sur tous les séminaires antérieurs.       

 

 

- Un séminaire gratuit pour les pauvres                 

               Les Règlements du Séminaire sont formels: "on n'acceptera que ceux dont on connaît la pauvreté" et personne qui puisse payer ailleurs sa pension. De plus il s'agit d'études à longue durée 6 à 9 ans. La subsistance a été difficile à assurer du temps de Poullart et après. Mais la gratuité était totale et il n'y avait rien à rembourser par la suite (cf Ecrits p.81 note)

 

 

- dans la mouvance des fils de St Ignace                 

               C'est avec grande fidélité que Poullart est les siens ont suivi les Jésuites: pour les études, pour la direction spirituelle, pour les idées contre les Jansénistes et dans la question des rîtes chinois quise discutaient encore (SJ contre MEP). C'est avec les Jésuites une nette fidélité à l'Eglise instituée et au pape. "qui dit Placiste dit quelque chose de pire qu'un Jésuite, si tant est qu'il puisse y avoir quelque chose de pire" disait un pamphlet janséniste (cité par Coulon p. 808). Même après l'expulsion des Jésuites 1767, les spiritains n'iront pas prendre leurs cours en Sorbonne, mais obtiendront de donner eux-mêmes leurs propres cours! ce qui est très exceptionnel. Notons qu'à Louis Le Grand il y avait les Procures des Missions du Canada et de l'extrême Orient; ainsi que l'édition des Lettres Edifiantes sur les Missions.

 

 

- des cours et des études contrôlées et accompagnées                 

               Chaque jour il y avait 3 cours obligatoires et les répétitions à la maison, plus les Disputationes et Thèses, avec les cours complémentaires de chant, de cérémonies, de prédication et de catéchèse. Les répétiteurs rencontraient les professeurs de Louis Le Grand au sujet des élèves.

 

 

- alliance de science et de vertu.                 

               Poullart des Places aimait à dire qu'il redoutait le zèle aveugle d'un prêtre zélé mais ignorant et il craignait pour la foi et l'obéissance d'un prêtre savant sans vertu. La piété sans doctrine peut causer bien du tort à l'Eglise avait dit Michel le Nobletz.

 

 

- mystique de pauvreté.         

               Le désintéressement avait été indiqué comme vertu cardinale pour un prêtre. Poullart des Places s'était réduit à une claire pauvreté matérielle; il avait refusé certains legs en sa faveur. En 1740 les Spiritains refusent un legs qui leur est fait parce que les héritiers naturels sont vraiment pauvres. La pauvreté spirituelle, refus de toute gloire pour mieux accueillir Dieu est souvent soulignée dans les notes de PDP et dans l'esprit du Séminaire. Confiance en la Providence: on se contentera de ce qui sera servi.

 

 

- esprit de famille : souligné dans Coulon: Libermann p.809.

              

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D. RELATIONS DE LA COMMUNAUTE DU ST ESPRIT AVEC D'AUTRES INSTITUTS

               (servir l'Eglise en servant les projets ecclésiaux des autres)

 

 

       - Avec les Jésuites: nous l'avons déjà indiqué.

 

       - Avec Grignion de Montfort (après Poullart Michel p.269)                                    En plus de la visite déjà signalée en 1703 de Grignon à Paris nous savons tout l'appui que trouva Grignion au Séminaire du St Esprit en 1714 où il trouva si fort le souvenir "du saint fondateur" et eut assez de coopération pour continuer son idée de la Compagnie des Prêtres de Marie qu'il appelle parfois et signe lui-même la Compagnie du St-Esprit. Sans les Spiritains la Compagnie de Marie n'aurait probablement pas pu naître.

 

 

       - Avec Jean Baptiste de la Salle (Michel p.225)                   

                              De la Salle fit demander à Poullart en 1708 par l'abbé Clément un véritable jumelage pour réaliser son grand plan de réforme des écoles. Le jumelage n'eut pas lieu; mais Poullart l'avait envisagé et il fournit l'aumônier du noviciat des Frères.

 

 

       - Avec les MEP (Michel    )

                              La collaboration avait commencée chez les Jésuites. les MEP avaient aussi une Aa. Puis il y eut des moments plus délicats comme lors de rîtes chinois où les MEP étaient opposés aux Jésuites. Mais la collaboration fut étroite lorsque MGR DOSQUET, de st Sulpice devenu MEP et évêque au Canada demanda des Spiritains, et pour aller au Canada avec trousseau et voyage payé, il fallait passer par le Séminaire MEP quelques mois (1732) puis en extrême-Orient. Un spiritain deviendra même supérieur de la rue du BAC (Darragon 1752) et à cette époque sur 6 évêques MEP, 4 venaient des spiritains.

 

 

       - Avec les Filles du St Esprit (Michel p.289)                                       

                              C'est un séminariste de Poullart, Allenou de la Ville Angevin, qui deviendra fondateur (certains disent après M. Leuduger) des Filles du Saint-Esprit en leur donnant le Règlement très calqué sur celui de Poullart des Places.

          CONCLUSION:                 

 

 

               Toute la vie de Poul lart des Places, sa fondation, l'histoire de la Congrégation, nous disent qu'il y a un lien direct entre la conversion à Dieu comme pauvreté spirituelle de docilité à l'Esprit, et l'esprit apostolique, le don de soi, l'abandon à une mission évangélique. LIbermann soulignera aussi cela très fortement par sa notion de "vie apostolique" reprise par notre Règle de Vie N4. Le vrai zèle comporte le détachement jusqu'à la pauvreté.

               Michel cite le Sulpicien Constant disant aux ordinands d'Autun vers 1700: "Un vrai prêtre ne veut pas d'autres richesses que son Dieu... Il doit être si libre et si dégagé qu'il soit dans la disposition d'aller au bout du monde si les intérêts de l'Eglise le demandent. Il doit être prêt à être employé dans le lieu le plus pauvre de son diocèse, à demeurer vicaire toute sa vie et à servir une pauvre paroisse, si son évêque croit que cela est important pour le bien du diocèse. Que de tels prêtres sont rares! La plus grande partie de clercs qui se préparent aux Ordres se retireraient s'ils croyaient être obligés à ces choses! (Michel p. 313) Des prêtres vivant de Dieu, des prêtres disponibles, des prêtres apostoliques tout dévoués au bien de l'Eglise: Poullart des Places s'est consacré à former de tels prêtres et de nombreux témoignages nous disent qu'il y a réussi. Nous prions pour que son esprit apostolique reste vivant dans l'Eglise.

 

 

                                                                 Jean SAVOIE        Allex le 2 février 1990

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