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Présent à tous, 24h/24
Carrefour, commune de 800 000 hab. venus des
campagnes pour survivre à 8 km de Port-au-Prince. Le P.
Jeanrilus Excellus anime la paroisse Notre-Dame du Perpétuel Secours de
Côte-Plage. Plus de 60 000 sinistrés y vivent sous
tentes
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Sous un toit de tôle entouré de
tentes, 200 personnes prient le chapelet avant la messe de 6 heures. À l’entrée, les
chrétiens passent dans un pédiluve et un service santé leur désinfecte les
mains avec un produit chloré. Prévention choléra oblige. Les gens prient pour
la paix et la santé. À l’homélie, Jeanrilus parle, lui aussi, du séisme de
2010, du choléra actuel et des élections présidentielles à l’issue incertaine.
Nombreuses communions. En fin de messe, tous défilent pour une 2e quête en
faveur de la construction de la nouvelle église.
Nous faisons le tour des
quartiers de la paroisse. La chapelle de l’Immaculée-Conception est noyée dans
une mer de tentes. Un monsieur âgé demande des dollars. Ses voisins expliquent
qu’il est un peu dérangé depuis le séisme. Il ne sait plus combien il a perdu
de personnes de sa famille. Il y a 10 camps comme celui-ci dans une seule rue
de la paroisse. Le collège privé Catherine-Flon déplore 600 jeunes tués par le
séisme. Toute une série de maisons sont marquées « à détruire ».
Vu l’état des bâtiments, on y a inscrit la sentence. Mais les gens continuent
d’y habiter, ne sachant où aller.
Quartier Rail. Sur d’anciennes
mangroves, en bord de mer, un habitat hétéroclite sur tas d’immondices
traversés d’égouts débordants et puants. Les chrétiens prient sur un
mini-terrain donné par un voisin. Ils espèrent une chapelle (coût : 15 000 €,
les prix des matériaux ont doublé depuis janvier 2010).
Des WC, cahutes de toile, tombent direct dans l’eau de la plage où se baignent
des enfants. Les regards des jeunes sont lourds. Quand Jeanrilus nous présente,
les visages s’ouvrent. Sa pastorale de proximité lui fait rencontrer une foule
de gens qui viennent lui exposer leurs problèmes et demander de l’aide.
Problèmes souvent insolubles.
Jeanrilus projette de construire
un centre pour les enfants malnutris. Mais il manque de moyens et ne peut
espérer aucun appui de la mairie qui ne fait rien pour personne. «
Plus de 60 000 personnes s’entassent
dans les camps sur ma seule paroisse, dit-il. Et depuis novembre dernier, il y
a l’épidémie de choléra. »
Jeanrilus est arrivé en 2007. Il
raconte : avec mon confrère Reynold, nous avons visité les gens, à pied,
quartier par quartier, en partageant les repas quand nous étions invités.
Beaucoup de gens ont trouvé la paroisse. De nouveaux groupes sont nés. Ils sont
aujourd’hui plus de 40 dont 8 chorales, beaucoup de laïcs, de jeunes. J’aime à
signaler le groupe Justice et Paix qui accompagne tous ceux qui ont des
problèmes à régler avec leurs papiers ou au tribunal. La construction de
l’église qui continue, c’est grâce à tous ces gens qui se motivent malgré le
peu qu’ils ont. Je peux dire moi aussi que c’est souvent eux qui
m’évangélisent, me poussent à avancer. Seul depuis août 2010, je m’implique dans les camps sans
pouvoir y changer grand-chose. Les sinistrés demandent beaucoup et on les
comprend. Ils croient que, prêtre, je peux résoudre tous leurs problèmes. Les
ONG sont là. Les gens savent qu’elles collectent de l’argent en parlant de la
situation d’Haïti. Mais ils ne voient rien changer dans leurs conditions de
survie qui dure depuis trop longtemps. La Croix-Rouge haïtienne a distribué des
bâches.
Food for the Poor, de la
nourriture, et la Caritas diocésaine, de l’eau, une seule fois. Depuis, plus
rien. La paroisse et les enfants ont organisé un Noël pour les plus nécessiteux
venus de partout. Quand les pauvres mettent leurs petits moyens ensemble, ils
arrivent à aider plus pauvres qu’eux.
Pour qu’Haïti change, il nous
faut un dirigeant conscient et honnête. Le gouvernement actuel est fait
d’inconscients qui défendent une classe possédante au détriment de la majorité.
Ils veulent rester au pouvoir le plus longtemps possible malgré la grogne de la
population. Certains ont déjà mis en place des milices armées au cas où il leur
faudrait s’imposer par la force.
Le séisme a été dévastateur parce
que la plupart des constructions ne respectaient aucune norme. Et ça continue.
Les gens recommencent à construire n’importe comment. Qui les en empêche ? Qui les conseille ? Nous manquons de
personnes responsables. Prêtre, je suis assistant social, psychologue,
conseiller technique dans une foule de domaines qui ne sont pas de mon ressort.
Les religieux restent-ils la voix
des sans-voix comme en 1980 ?
Les évêques observent. Ils ne s’expriment ni assez ni assez clairement.
Quelques confrères prêtres me permettent de trouver des critères d’action.
Il faut prier, d’accord. Mais
annoncer l’Évangile, c’est d’abord s’engager pour les plus pauvres. Pas besoin
de jumelles pour les voir en Haïti, ils envahissent même mon petit espace de
vie !
Les 2 projets que nous,
spiritains, élaborons à Furcy et Pont-Sondé sont justifiés et viables. Je vais
y envoyer des jeunes pour qu’ils acquièrent un métier. C’est ce qui manque le
plus en Haïti. Le collège Saint-Martial est indispensable à Port-au-Prince. Pas
pour former des élites comme par le passé. Les élèves d’aujourd’hui sont ceux
des quartiers pauvres. Eux aussi ont le droit à une éducation de qualité.
En 1990, les Pères Antoine
Adrien, Max Dominique et William Smart m’ont marqué par leur engagement
crédible et cohérent. Aujourd’hui, peut-être encore plus qu’hier, si les
pauvres veulent trouver un appui, il leur faut s’adresser à l’Église. Le monde
politique est fait d’hommes trop corrompus. Quand ils te donnent 5 gourdes
(GHT)
1, c’est pour que tu le dises au micro pour que tous le
sachent et demain votent pour eux. Je ne veux pas de lien avec des personnes
qui t’enchaînent pour la suite.
1 1 € = 56,75 gourdes
haïtiennes (GHT). Les Haïtiens commercent également en dollar haïtien :
1 H $ = 5 GHT !